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Yannick Haenel : une bonne histoire ne fait pas un bon livre

par Béatrice Millésime 9 septembre 2009

Le livre de Yannick Haenel est étonnant. Mi fiction mi témoignage, il évoque la vie et le combat de Jan Karski, résistant polonais, missionné en 1942 pour alerter les Alliés des atrocités commises par les Nazis en Pologne. L’étonnement que procure ce livre ne vient pas des faits historiques auxquels il fait référence. Même s’il est bon de les rappeler et d’informer ceux qui l’ignorent, ce n’est pas un secret que les dirigeants américains étaient au courant très tôt de l’extermination juive et de l’existence des camps.
Non, l’étonnement vient de la construction même de ce livre estampillé « roman ». Après une première partie consacrée à la retranscription de l’interview de Jan Karski par Claude Lanzmann dans son film Shoah, de longues pages viennent résumer le livre de Jan Karski écrit en 1946, « Mon Témoignage devant le monde : Histoire d’un État secret ». Le roman ne fait son apparition que deux chapitres et 115 pages plus tard, sous la forme d’un monologue. Yannick Haenel se met à la place du résistant. Il raconte ses peurs, ses souffrances et dénonce. Les Américains, les Alliés, l’humanité toute entière. Certaines phrases font mouche, mais l’ensemble est lourd, le ton lasse. Le sujet est fort mais Yannick Haenel n’émeut pas. Jan Karski, lui, a ému tous ceux qui l’ont vu, dans Shoah, incapable d’affronter ses souvenirs vieux de trente-cinq ans.

« Jan Karski » de Yannick Haenel, 186 pages, Gallimard, 16,50 euros.

Extrait du film de Claude Lanzmann.

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