Tempête Klaus : l’heure est à la reconstitution des parcelles

par Béatrice Millésime 4 décembre 2009

45 millions de m3 de bois, dont 39 millions de m3 de pin des Landes… Tel est le bilan des parcelles sinistrées par la tempête Klaus, tiré au niveau gouvernemental pour tout le Sud-Ouest dans la cadre du plan chablis 2009, et approuvé l’été dernier par la commission européenne. D’après certains élus, le Gers a été le territoire le plus sinistré après les Landes et la Gironde, mais pour autant, on n’en sait pas plus aujourd’hui qu’hier sur l’étendue des dégâts dans le département.

« A ce jour aucune évaluation départementale en tonnage ou en nombre de propriétés touchées n’est fiable », explique-t-on à la DDEA (1). « L’échantillonnage pratiqué par l’IFN (2) ne lui permet pas de descendre en dessous de l’échelle des grandes régions forestières. Les dégâts sont assez irréguliers mais l’évaluation régionale de l’IFN est extrapolable au département. » L’évaluation régionale en question a été faite sur une superficie de 2,6 millions d’hectares. Dans cette zone, où la forêt de production couvre 20 % du territoire soit 513 000 hectares, la surface touchée par la tempête a été de 60 000 ha, soit 12 % de la superficie forestière. Jusqu’en janvier dernier, le Gers comptabilisait 81 700 ha de forêts. Si l’on extrapole, cela ferait plus de 9800 ha touchés…
Les seules informations précises sur le sujet concernent les peupliers. Les professionnels de la filière s’accordent pour dire que 700 ha ont été détruits dans le Gers, correspondant à un volume de 100 000 m3 et 16% de la surface de la ressource. Par contre, pour ce qui est des résineux, la DDEA propose là aussi de faire une extrapolation au niveau du Gers des données recueillies en Aquitaine. L’évaluation régionale de l’IFN région aquitaine estime que 46 % de la superficie forestière ont été détruits par la tempête.

Quels que soient les chiffres, le constat est là : le bois est encore à terre dans la plupart des parcelles touchées. Malgré les prêts bonifiés mis en place pour aider les opérateurs forestiers à stocker ou transporter le bois (3), les résultats sont encore timides. Trois dossiers ont été déposés par des entreprises gersoises, et les opérateurs régionaux pouvant intervenir sur les volumes gersois ne se sont pas précipités. « Aucune commune n’a trouvé preneur », indique Michel Dayman, maire de Maupas et président de l’association des communes forestières du Gers. « Nous avons des contacts réguliers avec des entreprises, nous avons passé une convention avec le syndicat Ariège Valbois, mais rien n’a été fait pour l’instant. Il y a entre 4000 et 5000 tonnes de bois à terre. » Côté propriétaires privés, les choses ont davantage avancé mais restent insuffisantes. D’après Michel Combe du Centre régional de la propriété forestière, sur les 40 Mm3 de bois qui se sont retrouvés par terre, une dizaine ont été exploités, c’est-à-dire coupés et évacués. « C’est une course contre le temps », indique-t-il. « Plus le temps passe, plus les bois s’abîment. »

Nouveau président de la Coopérative gersoise des producteurs de bois, Christophe Rande estime que la situation est non seulement pénible mais également durable. « Nous continuons à couper, à tronçonner, mais on le fait pour peu de clients et à très petits coûts. » Les scieries de proximité n’achètent plus rien, l’Espagne, le Portugal ou l’Italie achètent de moins en moins, « nous avons noué des contacts avec des sociétés en Bourgogne ou dans l’Hérault, mais tout cela se fait au coup par coup. » D’ici l’année prochaine, certains propriétaires de parcelles non exploitées devront se faire une raison. Pour pouvoir bénéficier des aides au repeuplement, ils n’auront peut-être plus le temps de vendre leur bois.

C’est en effet une nouvelle phase qui s’annonce aujourd’hui, celle du nettoyage et de la reconstitution des parcelles. Un arrêté a été pris le 28 septembre dernier par le préfet de région pour lancer cette phase et fixer les conditions d’attribution des aides. Celles-ci seront attribuées aux propriétaires privés ou publics (en dehors de l’Etat) à condition que le taux de destruction soit égal ou supérieur à 40 %. « Si la surface est moindre, on considère que la parcelle peut rester en l’état », indique un responsable de la direction régionale de l’alimentation, de l’agriculture et de la forêt.
Les parcelles n’ayant pas encore été exploitées sont également concernées par les aides publiques. La surface minimale par propriétaire et par projet a été fixée à 4 ha. Elle est abaissée à 1 ha pour le peuplier et le noyer s’il s’agit d’un propriétaire privé, à 2 ha s’il s’agit d’un regroupement de propriétaires. Le montant minimal de l’aide par projet est fixé à 1000 euros (4). Une fois l’aide obtenue, les travaux nécessaires à la reconstitution devront être faits dans un délai de cinq ans. Dix dossiers ont été pour l’instant reçus par la DDEA, représentant une surface de 78 ha. On ignore à ce jour combien de surfaces sont éligibles dans le Gers. Selon la DDEA, « les opérateurs annoncent des fourchettes assez larges allant de 200 à 1200 ha sur deux ans. Le dispositif est récent et les bénéficiaires potentiels n’ont pas encore tous arrêté leur choix. »

La dotation 2009 pour le département avoisine les 300 000 euros. Dans son Plan chablis, l’Etat a prévu une enveloppe de 415 millions d’euros pour cette phase de reconstitution. De son côté, la commission européenne vient de décider d’attribuer une aide de 109,4 ME (5) pour le Sud-Ouest, mais à ce jour on ignore combien pourrait revenir au Gers.

(1) Direction départementale de l’équipement et de l’agriculture.
(2) Inventaire forestier national.
(3) Les aides mobilisables étaient destinées à la création d’aires de stockage, au transport de bois et à la création de postes de techniciens tempête. Un technicien a ainsi été embauché dans le Gers. Les opérateurs devaient s’engager à traiter un minimum de 10 000 tonnes de feuillus ou 50 000 t de résineux.
(4) Voir notice d’information ci-dessous.
(5) Cette aide est mobilisée à travers le Fonds de solidarité de l’Union européenne (FSUE) dans le but de « compenser les dépenses publiques engagées au titre des interventions de première urgence », indique la commission européenne.

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Notice d’information



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