Qualité des eaux : le Gers a du pain sur la planche

par B.M 19 novembre 2009

L’Agence de l’eau Adour-Garonne a adopté lundi 16 novembre son nouveau schéma directeur d’aménagement et de gestion des eaux (Sdage), avec pour objectif d’atteindre un état des eaux satisfaisant en 2015 pour près de 60% des masses d’eau. La particularité rurale du Gers l’éloigne un peu de cet objectif et l’horizon 2021 a été retenu pour ce département. Les ambitions du Sdage sont d’atteindre une qualité des eaux optimale quel que soit le département (26 sont concernés) en 2027.

Le précédent et premier Sdage, induit par la loi sur l’eau de 1992, avait vu le jour en 1996. Depuis, une directive cadre sur l’eau a été prise par l’Union européenne en 2000, et a imposé aux Etats membres d’atteindre un bon état écologique des eaux souterraines et superficielles en 15 ans. La France a voté une nouvelle loi sur l’eau en 2006, prenant en compte la directive cadre europénne, et le Grenelle de l’Environnement est passé par là avec l’objectif affiché d’optimiser l’état des deux-tiers des masses d’eau de surface d’ici à 2015. Le nouveau Sdage élaboré par l’Agence de l’eau tient compte de ces objectifs tout comme des moyens d’y parvenir. Il a une durée de 6 ans et devra être révisé en 2015 pour la période 2016/2021.

Comme l’avait indiqué le Grenelle de l’Environnement, avoir une eau de qualité nécessite une réduction drastique des pollutions diffuses et donc des pesticides, des nitrates et de tout produit dangereux. Tel est donc le premier objectif du Sdage 2010-2015 de l’Agence de l’eau Adour-Garonne. Le Gers est bien évidemment concerné par ces enjeux de pollution et fait même partie des zones de vigilance. L’objectif est de parvenir à une réduction des pollutions de manière drastique. Empêtrés dans leurs difficultés financières, les agriculteurs ont encore dit récemment « tout le bien » qu’ils pensaient des contraintes environnementales. Et ce ne sont pas les récentes MAE, (mesures agro-environnementales), peu avantageuses financièrement, qui devraient changer les choses. Devant l’ampleur de la tâche, le Gers a obtenu un délai supplémentaire pour améliorer la qualité de ses eaux. Au lieu de 2015, il a jusqu’en 2021, et devrait mettre un place, pour y parvenir une structure de pilotage regroupant les services de l’Etat, les collectivités locales, les agriculteurs, etc.

La réduction de la pollution n’est pas le seul objectif du SDAGE. Les deux autres sont la restauration du fonctionnement naturel des milieux aquatiques via des opérations de protection et d’entretien, et le maintien d’une quantité d’eau suffisante dans les rivières et les nappes, que ce soit en été ou à l’automne. Le Gers est bien évidemment concerné au plus haut point par ces deux derniers objectifs. « Il existe beaucoup de cours d’eau où il est important de rendre le caractère naturel », explique-t-on à l’Agence de l’eau. « La particularité du système Neste et de l’alimentation artificielle des cours d’eau rend difficile le retour à un caractère naturel. Il faut, pour y parvenir, utiliser des techniques végétales pour solidifier les berges, retrouver des zones naturelles d’expansion de crues. » Des objectifs que l’Agence de l’Eau ne considère absolument pas comme insurmontable smême si elle reconnaît que le défi sur les pollutions diffuses est grand dans le Gers. « Nous comptons sur une responsabilisation collective pour y parvenir et pour qu’il n’y ait pas de contentieux avec l’Europe comme c’est le cas en Bretagne avec les nitrates. »

A noter que les associations de protection de l’environnement ont voté contre ce SDAGE. Pour elles, le schéma ne comporte "rien de précis, de concret" pour réaliser des économies d’eau ; il vide de sa substance le principe pollueur payeur ("la formulation a été changée après arbitrage de la Commission Planification du 20 octobre 2009") ; il s’apparente plus, selon elles, à un effet d’annonce qu’à une volonté de mettre en place des mesures réellement contraignantes et ces mesures "restent trop vagues" ; et pour finir, elles considèrent que "les campagnes de sensibilisation, d’aimable pédagogie en direction de certaines corporations sont sans efficacité : progression des zones nitrates et des zones phytosanitaires".
Déçues, les associations ont déploré, lors du vote, les "blocages corporatistes" qui empêchent la mise en place de moyens juridiques suffisants "pour atteindre le bon état qui est exigé par la directive cadre sur l’eau."

 



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