Qualité de l’eau (II) : une interview de Francis Daguzan

par Béatrice Millésime 16 mars 2009

Maire de Troncens, vice-président du conseil général en charge des affaires hydrauliques, président de la Compagnie d’aménagement des coteaux de Gascogne, qui gère notamment le système Neste, Francis Daguzan occupe également le poste de vice-président de Trigone, en charge de Trigone Eau. Il répond à nos questions sur Gers Amont, la qualité de l’eau gersoise, l’enjeu « eau potable » ou encore le schéma départemental de l’eau.

Route124 : Quel bilan faites-vous de l’action test Gers Amont ?
Francis Daguzan : Je ne vais pas tirer de bilan de l’action test car cette action court toujours. Le PAT (1) est venu poursuivre cette action, mais les contrats passés avec les agriculteurs pour tester de nouvelles méthodes culturales et améliorer la qualité de l’eau sont toujours en cours. On peut toutefois indiquer, à ce stade, que si quelques évolutions en matière d’utilisation de pesticides peuvent être notées, on ne peut pas les affirmer. Les mesures prises s’inscrivent dans la durée.

Cette action est-elle allée assez loin ?
Quand on lancé l’opération, on ne savait pas si les agriculteurs allaient adhérer aux objectifs. Il a fallu la vendre, sur le terrain. Et puis, nous sommes allés bien au-delà de l’agriculture, nous avons travaillé avec les collectivités, et l’on a considérablement réduit le volume des intrants de ce côté-là.

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Francis Daguzan

Le fait d’englober également les zones non agricoles, n’était-ce pas une manière de mieux faire accepter l’action aux agriculteurs ?
Il a tout de suite paru évident que les collectivités et les particuliers devaient être impliqués. Ce n’était absolument pas pour faire passer la pilule aux agriculteurs. Tous les utilisateurs de produits phytosanitaires devaient être impliqués.

Sans parler de résultats, quel est votre ressenti sur les conséquences de l’action ?
Les coopératives ont joué le jeu et les intrants ont baissé de façon importante, remplacés par des rotations de culture. L’action test a eu une attractivité financière indéniable, grâce à l’aide de l’Agence de l’eau. Les agriculteurs ont vu qu’ils pouvaient travailler différemment sans perdre de l’argent. L’action test était plus intéressante financièrement que le PAT.
D’un point de vue du ressenti, il est certain que l’on y gagne. Mais nous n’avons pas d’éléments aujourd’hui pour dire que, grâce aux MAE et aux rotations, il y a moins de saletés dans l’eau. Il faudra arriver au terme des cinq ans de l’action test et des cinq ans du PAT pour arriver à donner des résultats. D’un point de vue politique, on a le sentiment que c’est vers là qu’il faut aller. Je me base pour dire cela sur des choses réelles qui ne se pratiquent pas forcément dans le cadre de Gers Amont.
Je vous donne pour exemple mon expérience personnelle. Je fais partie de ces agriculteurs des années soixante-dix à qui l’on a demandé de produire et qui ont constaté une augmentation du rendement. Et puis mon fils est arrivé, avec des techniques différentes. Il n’est pas agriculteur bio, mais il travaille avec des techniques simplifiées. Il ne laboure plus, par exemple et pendant les trois ou quatre première années, le seul engrais qu’il a utilisé, c’était de l’azote. Sinon il utilisait de la farine d’os.

Pensez-vous que l’on s’oriente vers un changement généralisé des pratiques agricoles ?
Pour amener un agriculteur à changer de pratique, il faut qu’il y ait un effet d’entraînement. Il faut que les agriculteurs voient des exemples. Mais l’action Gers Amont est regardée de près et même les plus contestataires commencent à dire que finalement ce n’est pas trop mal. Ils voient que ça marche aussi bien, peut-être mieux. Alors évidemment, cela implique des approches différentes, parfois du matériel différent. Tout n’est pas transposable, mais j’ai le sentiment que l’on s’oriente vers cette direction. Une chose est sûre et nécessaire : il faut trouver une autre solution que les produits phytosanitaires.

N’y aura-t-il pas au terme des cinq ans que dure l’action test un problème financier puisque les agriculteurs ne seront plus aidés ?
Effectivement, l’aspect financier peut freiner. A nous de faire en sorte que l’action test permette à l’agriculteur de vérifier que même sans aide, ça passe quand même. Il faut que, à la sortie de l’action test, on arrive à avoir le même revenu. Pour moi, c’est évident.

Le PAT se caractérise par des MAE plus contraignantes et des aides moins importantes. Aura-t-il une réelle incidence ?
Le PAT permet surtout de capter un nombre d’agriculteurs nouveau après l’action test. Il vient en complément de cette action même s’il est moins intéressant financièrement. Il apporte des choses différentes en terme d’organisation.
Quoiqu’il en soit, la seule action publique qui puisse avoir une incidence sur le comportement des agriculteurs, c’est la PAC.

Certains critiquent le fait que les agriculteurs paient peu de redevances à l’Agence de l’eau et que les pollueurs ne sont, au final, pas les payeurs.
On ne peut pas faire payer que les agriculteurs, il y aussi les consommateurs. Sinon, on dit on supprime les méchants, et c’est tout. Dans l’approche de la problématique environnementale, il faut raison garder. Environnement social et environnement économique vont de pair.

Quelle est votre opinion sur l’agriculture bio ?
Je dis qu’il faut pouvoir en vivre. Le bio est quelque chose dont on rêve et moi le premier. Mais les filières sont inexistantes et la grande distribution a le monopole. Bref, tout est à inventer.

Qu’apporte le schéma départemental de l’eau ?
Le schéma départemental d’eau potable a été adopté par le conseil général, il a été monté en partenariat avec l’Agence de l’eau et on a essayé de le proposer à l’ensemble des communes qui produisent de l’eau potable.
Le schéma a défini des zones de production, il a constaté que par rapport aux problématiques et aux normes d’aujourd’hui, on avait un nombre de stations de pompage trop important et qu’il fallait tendre vers un regroupement.

Pourquoi avoir créé Trigone Eau ?
La deuxième idée de ce schéma a été de créer un syndicat mixte, ce que nous avons fait avec Trigone Eau, pour permettre aux petites unités, qui n’ont pas la capacité de se réunir, d’adhérer à Trigone pour porter leur projet.
Le premier souci que nous avions concernait l’optimisation des crédits. Le conseil général et l’Agence de l’eau ont voulu vérifier qu’on n’allait pas financer deux stations lorsqu’il était possible d’en avoir une seule. Cela permet aussi d’avoir des unités de production plus pointues. Pour certains, Trigone Eau répond à une attente. Mais personne n’est obligé d’adhérer.

Les usines existantes sont-elles suffisamment efficaces pour traiter l’eau ?
On est sur un système de distribution d’eau sur lequel on note beaucoup de fuites. Il faut faire des économies d’eau. Il faut refaire les réseaux, améliorer les stations. A terme, toutes les stations nécessitent une réfection. Le schéma, justement, élabore différentes pistes pour une durée d’investissement qui peut aller jusqu’à vingt ans par exemple. Toutes les stations méritent d’être améliorées à court ou moyen terme. La durée de vie d’une station est d’une vingtaine d’années.

Que dire de l’eau potable ?
La qualité de l’eau est aussi l’objectif numéro un du schéma départemental. Il faut une qualité de l’eau au robinet irréprochable et que le prix soit en harmonie. On est obligés d’avoir autour de la station une protection du périmètre de captage, au cas où il y ait une pollution accidentelle. On est obligés de créer un réservoir. Cela représente un coût important. L’objectif est de redonner de la qualité à l’eau brute, et il nous faut pour cela travailler en amont des rivières. On travaille avec les départements limitrophes.

Le système Neste (2) est-t-il viable encore longtemps ?
Le système Neste a été lancé sous Napoléon III, ce n’est donc pas nouveau. L’idée est de prélever des volumes d’eau pour desservir toutes les rivières du Gers sauf une, l’Adour. Au total, ce sont 17 rivières départementales qui sont alimentées par le canal. Sans lui, on manquerait d’eau. Le canal a 150 ans, il est bien entretenu par le CACG (3), c’est le seul cordon ombilical qui nous relie à l’eau. Cette gestion du canal a un coût. Ceux qui paient sont ceux qui ont des contrats de restitution, soit à 95 % des agriculteurs pour l’irrigation. Aussi, lorsque j’entends qu’il faut supprimer l’irrigation, moi je réponds que cela signifie des charges supplémentaires pour les collectivités locales.

Défendez-vous le projet de barrage de Charlas ?
Oui et il n’est pas prêt de se faire. Le conseil général de Haute-Garonne ne le souhaite pas, pour des raisons de risque sismique. Mais ce qu’il faut savoir c’est que le fait que nous soyons raccordés à la Neste par un canal pose également un problème sismique. Je souhaiterais que soit trouvée une solution. Si ce n’est pas Charlas, que ce soit autre chose.

(1) Programme d’action territorial.
(2) Une partie des eaux pyrénéennes de la Neste (affluent de la Garonne) sont détournées pour alimenter artificiellement les rivières gersoises.
(3) Compagnie d’Aménagement des Coteaux de Gascogne.



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