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Les trois-quarts de la consommation d’eau dans le Gers proviennent des eaux de surfaces, et la totalité de ces eaux est polluée.
Préserver la qualité des rivières et réduire in fine la facture d’eau est l’enjeu des prochaines années, avec en toile de fond un objectif de taille : la réduction des produits phytosanitaires dans les rivières gersoises. Une action a été lancée en 2005 sur la rivière Gers et ses affluents pour améliorer la qualité des eaux. Reconduite pour cinq ans en 2008, elle pose d’ores et déjà certaines questions. Quel en est le bilan à ce jour ? Peut-on s’attendre à une baisse de la pollution de l’eau ? L’objectif de réduire de 40 % l’utilisation des pesticides peut-il être atteint ?
Le Gers est le premier département couvert par l’Agence de l’eau Adour-Garonne (1) à avoir fait l’objet d’un programme d’actions visant à réduire la pollution des eaux de surface. Depuis 2005, une opération est conduite dans le sud du département, entre Chélan et Preignan, pour traiter la problématique « phytosanitaire » dans la rivière Gers et ses affluents, le Sousson, le Cédon et l’Arçon.
Une première action, dite « action-test Gers Amont », a été menée entre 2005 et 2007, et a concerné 54 communes et 700 exploitations agricoles. L’enjeu était de réduire la pollution diffuse, c’est-à-dire la pollution ponctuelle, avec des rejets bien identifiés. Si une partie de ces rejets émanait clairement des zones non agricoles, la grande majorité provenait des champs. Réduire la pollution sur le bassin versant du Gers en amont d’Auch revenait donc, prioritairement, à sensibiliser les agriculteurs à de nouvelles pratiques agricoles (2).
Reconduite l’an dernier, l’action-test s’est transformée en programme d’action territoriale (PAT), couvrant la période 2008-2012. Plus drastique que l’action-test, ce PAT vise non seulement une réduction de la pollution de l’eau mais surtout une réduction de l’utilisation des pesticides. Une différence qui n’est pas que sémantique.
« Gers Amont » mobilise de nombreux partenaires (3), parmi lesquels l’Agence de l’eau, qui finance l’opération, le conseil général qui la porte, mais aussi la chambre d’agriculture, les coopératives, les associations, les communes, les syndicats de rivières, les pêcheurs… et bien sûr les agriculteurs.
Dès 2006, la chambre d’agriculture a organisé des réunions décentralisées pour expliquer l’enjeu de l’action-test aux 700 exploitants présents sur le secteur. 120 ont fait le déplacement, 138 ont accepté qu’un diagnostic de leurs pratiques soit effectué et 126 ont décidé de modifier ces pratiques. Un seul d’entre eux est passé à l’agriculture biologique.

Sur les 37 000 ha de surface agricole utile, que couvre l’action Gers Amont, 6500 ha ont fait l’objet de nouvelles méthodes de travail. Les agriculteurs se sont engagés pour cinq ans, sur une ou plusieurs mesures agro-environnementales (MAE), avec des incitations financières à la clef (4). Dix MAE leur ont été proposées et deux d’entre elles ont été retenues.
La première, dite « zéro labour » visait un travail du sol simplifié, afin de ne pas favoriser l’érosion. La seconde, dite « rotation longue » tendait à diversifier les cultures, le problème du secteur Gers Amont étant la monoculture maïs, qui occupe 8 500 ha.
Cette dernière MAE a été la plus utilisée. Elle a englobé les trois-quarts des aides financières versées aux exploitants par l’Agence de l’eau. « 3,8 ME d’aides ont été distribués dans le cadre des MAE, explique Franck Solacroup, adjoint au directeur de la délégation régionale de l’Agence. Nous avons décidé de mettre un taux de financement élevé et de dédommager les agriculteurs à hauteur de 70 %, pour ne pas que le côté financier soit un facteur limitant. » Le montant moyen annuel par exploitation a dépassé les 6 000 euros.
L’Agence a également financé, à hauteur de 2 ME, des projets d’investissement indispensables pour pouvoir s’engager dans une MAE : achat de matériels adaptés, mise aux normes des locaux phytosanitaires, etc.
Qui dit MAE ne dit pas pour autant diminution significative des pesticides. Dans le cas du « zéro labour », le problème de la propagation des mauvaises herbes reste posé. La meilleure solution serait de broyer, mais ce n’est « pas toujours possible » reconnaît un acteur de « Gers Amont ». « Alors, c’est sûr, on utilise toujours le glyphosate, mais comme il n’est pas utilisé sur un sol nu, c’est moins gênant. L’important est de maintenir une couverture végétale, pour protéger le sol. C’est un mal pour un bien. Mais il n’y a pas de solution miracle. »
Quant à la solution qui consiste à diversifier les cultures, elle a pour principal avantage de diversifier les intrants utilisés. Comme le maïs, les autres cultures que sont le colza, le blé ou le soja, induisent également l’usage de pesticides, mais la multiplication des molécules et leur utilisation à des périodes différentes de l’année permettent d’éviter les pics de pollution dans les rivières. Résultat : des pics moindres mais une présence toujours importante de pesticides dans l’eau.
« Les MAE qui pouvaient avoir des incidences réelles n’ont pas été prises car elles impliquaient trop de changements dans les pratiques » constate Martine Delmas, présidente des Amis de la Terre. « Il faudrait faire des rotations de culture plus longues, réintroduire des légumineuses qui fixent l’azote, réintroduire des prairies, des luzernes. » Et d’ajouter : « Malgré les millions dépensés en études et en subventions, on a vu que le nombre de molécules dans les eaux n’a pas reculé, au contraire. »
Le nombre de prélèvements dans les eaux brutes a considérablement augmenté depuis le lancement de l’action-test. Avant 2006, ils étaient au nombre de 19 par an, réalisés essentiellement par la Ddass. Et depuis, ils sont au nombre de 100, réalisés, toujours dans les mêmes proportions par la Ddass, et pour le reste, par le service de l’eau du conseil général.
Les prélèvements sont principalement réalisés entre les mois d’avril et août, sur 10 points différents. Ils le sont à raison d’une fois tous les 15 jours, Depuis 2006, 8000 données ont ainsi été collectées, et 42 molécules de pesticides détectées. A des taux plus ou moins élevés. Les limites en matière de qualité de l’eau destinée à la consommation humaine sont : 0,1 microgramme par litre (µg/l ) par substance active et 0,5 microgramme par litre pour le total des molécules.
Le bilan des prélèvements montre que 26 % des molécules détectées n’ont jamais dépassé le seuil de 0,1 µg/l ; 36 % ont occasionnellement des taux supérieurs, mais sont globalement peu présentes dans l’eau (moins de 20% de détection) ; 19 % sont également peu présentes dans l’eau mais souvent dosées à des concentrations supérieures à 0,1 µg/l avec parfois un pic de concentration important (5).
Les 19% restant posent de gros problèmes : non seulement, les molécules en question sont très souvent détectées (l’herbicide métolachlore peut être présent dans plus de 80% des échantillons), et le sont à des taux de concentration élevés, mais certaines d’entre elles sont interdites à la vente (6). C’est le cas notamment de l’atrazine, un désherbant du maïs interdit en France depuis 2003.
« L’atrazine était un produit très bon marché qui a encore été autorisé en Espagne pendant trois ans après que la France l’aie interdit » indique Gilbert Laniès, agent technico-commercial chez Vivadour. « Est-ce pour cela que l’on en retrouve encore, parce que certains ont des stocks ? Est-ce qu’il y a des filières spéciales ? Je ne crois pas. Les matières actives se concentrent-elles longtemps dans les sols ? Ce serait étonnant. »
D’après les acteurs interrogés, il semble bien difficile de savoir qui utilise les produits interdits et ce, même si ces derniers sont toujours détectés au même point de sortie.
Impossible également, de tirer, à ce jour, un bilan des prélèvements et de comparer les prélèvements d’une année sur l’autre. « C’est beaucoup trop tôt », explique-t-on au conseil général et à l’Agence de l’eau. « La pluviométrie est trop changeante d’une année sur l’autre pour faire un bilan sur trois ans. » Et lorsque celle-ci est relativement semblable, comme cela a été le cas entre 2007 et 2008, « les résultats sont à modérer car ce ne sont pas les mêmes laboratoires qui ont fait les analyses. » Un bilan sera donc fait au terme du PAT.
Si l’action-test n’était accompagnée d’aucun objectif chiffré, le PAT vise la réduction de 40 % des produits phytosanitaires au bout de cinq ans.
Le nombre de MAE pouvant être retenues par les agriculteurs a été revu à la baisse et leur contenu axé uniquement sur la diminution ou la suppression des herbicides. Elles sont par ailleurs moins incitatives financièrement. De 137,20 euros par hectare et par an sur cinq ans pour une MAE « rotation longue », les aides sont passées à 87 euros.
Résultat : seuls 5 exploitants ont souscrit une MAE en 2008, représentant une surface de 90 hectares.
« L’agriculteur qui s’engage aujourd’hui prend des risques plus importants qu’hier, explique Alexandre Sansonnette, chargé de mission Agronomie-Environnement à la chambre d’agriculture. La baisse de l’utilisation des phytosanitaires peut être considérée comme un facteur de risques plus élevés. Une possible baisse de la productivité. » Dans un contexte où les prix à la tonne des céréales ont augmenté, les exploitants sont moins enclins à s’engager sur cinq ans. Ils sont d’ailleurs moins nombreux à pouvoir le faire. Le territoire éligible aux nouvelles MAE a été réduit, et concentré principalement sur la zone maïsicole du Sousson et du Cédon. 120 agriculteurs sont concernés, soit une surface agricole de 3 900 ha.
« Nous partons du principe que nous sommes là pour accompagner nos adhérents y compris en terme de sensibilisation aux problématiques environnementales » souligne Gilbert Laniès, de Vivadour. « Le problème des dernières MAE est qu’elles sont très contraignantes. On n’a pas de solutions techniques pour baisser de 40 % l’utilisation de phytosanitaires sans que cela ait des conséquences économiques. On conçoit qu’il faut atteindre cet objectif mais on ne sait pas comment le faire sans pertes financières. Une première chose à faire est d’utiliser les produits dans les meilleures conditions. » En tenant compte de la pluviométrie, des conditions de température, des modes d’application et du stade de ces applications. Des conditions qui ne sont pas toujours respectées.
Quant à la perte de résultats qu’induirait inéluctablement pour Vivadour la baisse de 40 % des produits phytosanitaires, Gilbert Laniès souligne : « Notre but est que le niveau de production soit le même. Mais notre rôle peut changer également, être davantage axé sur le conseil. On s’adaptera de toute façon. C’est sûr que nous subirons des pertes dans un premier temps, mais c’est le sens de l’Histoire. »
(1) http://www.eau-adour-garonne.fr/
(2) Les communes ont également fait un diagnostic de leurs pratiques et les agents communaux ont été formés à de nouvelles méthodes de travail.
(3) Toutes les personnes sollicitées ont accepté de répondre à nos questions, à l’exception de la Ddass, qui a pourtant fait l’objet de demandes d’interview répétées depuis le mois de janvier.
(4) Mises en place au niveau européen, les mesures agro-environnementales recouvrent toutes les mesures visant à introduire, ou maintenir, des pratiques agricoles respectueuses de l’environnement.
(5) Aclonifen, alachlore*, carbofuran*, diuron, linuron, métabenzthiazuron, nicosulfuron, triclopyr.
(6) Acétochlore, AMPA (métabolite de dégradation du glyphosate), atrazine *, bentazone, diméthénamide, glyphosate, métolachlore*, tébuconazole*.
Les molécules soulignées sont interdites et l’astérisque indique les plus toxiques.