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La société Boucou Recyclage avait depuis 2008 la volonté de réaliser deux centres de traitement de déchets, à Betcave-Aguin et à Clermont-Pouyguillès. Son rachat, en juillet par la société Paprec, donne un peu de répit aux riverains, avant, craignent-ils, d’autres inquiétudes. Quant à la société Delta Déchets, qui avait un projet de décharge à Aubiet, elle a baissé les bras après des mois de procédure judiciaire. A la plus grande joie de VVV 32 (Verts Vallons Vivants).
« Pour l’instant tous les projets sont gelés. La priorité est donnée au redressement de l’entreprise en difficulté, à la préservation des emplois, au renouvellement des contrats et à la dynamique commerciale. » La société Paprec qui a repris cet été l’entreprise Boucou Recyclage, alors en redressement judiciaire, n’en dira guère plus sur l’avenir des sites gersois censés accueillir des déchets… déchets dont elle préfère rappeler la non-dangerosité. « L’ancienne direction avait acquis un terrain d’une centaine d’hectares qu’elle destinait à de l’enfouissement de déchets de classe 2, en clair des gravats, matière sans incidence sur l’environnement », explique la société Paprec. « Il y avait aussi un projet de biocarburant et l’aménagement d’un deuxième site de classe 2. »
Dans l’attente d’une prise de décision plus claire de la part de l’entreprise Paprec, l’Association de « sauvegarde de Moncorneil-Grazan, Betcave-Aguin et leurs environs » reste très inquiète. Les riverains du centre d’enfouissement de déchets ménagers de Moncorneil subissent déjà les nuisances de celui-ci, il n’aimerait pas avoir à supporter en plus celles d’une décharge industrielle. « On ne peut pas reprocher à Trigone, qui gère le CET de Moncorneil, de ne pas faire son travail, ils traitent et font les choses au-delà de ce qui leur est imposé par la loi, mais il y a des odeurs, provenant aussi bien des ordures elles-mêmes que du gaz qui s’échappe des déchets. Ca sent parfois très fort », explique Elisabeth Bilhot, la présidente de l’association. Un centre de stockage industriel provoquerait d’autres formes de nuisances, mais elles ne seraient pas mieux supportées par les riverains. « Il y aurait beaucoup de trafic et donc du bruit, de la poussière. »
La promesse de vente signée par la société Boucou lui laissait un délai de trois ans pour mener à bien ses projets. Il reste encore près de deux ans à Paprec pour les faire aboutir. « Tout cela est très inquiétant », souligne Sylviane Baudois, secrétaire de l’association. « D’autant que Paprec a une solidité financière que n’avait pas Boucou et qu’ils ont les moyens de verser, aux vendeurs, les indemnités annuelles qui leur sont demandées dans le compromis de vente. »
L’association, qui a obtenu en juin de Trigone l’organisation de commissions de travail pour suivre l’évolution du CET de Moncorneil, dont la saturation est annoncée pour 2014, aimerait désormais que soit organisée une grande table-ronde regroupant tous les acteurs du département, privés comme publics. Cette table-ronde pourrait aboutir à l’édification d’une liste de terrains gersois pouvant être proposés aux industriels. « A côté des grandes voies routières et surtout éloignés le plus possible des maisons », déclare Elisabeth Bilhot. « C’est le problème de ce département, les industriels peuvent s’installer où ils veulent. »
Même si elle reste également vigilante, l’association VVV 32 (Verts Vallons Vivants) qui bataille depuis 2005 contre le projet de centre d’enfouissement de la société Delta Déchets à Aubiet se retient pour ne pas crier victoire. Une étape de taille a été franchie ces derniers jours avec le retrait de la société. Celle-ci a profité d’une énième confrontation devant la justice, début juillet, pour faire part au juge de son désir de renoncer au projet. Le juge a accepté la renonciation et ouvert une période de deux mois au cours de laquelle il était possible de faire appel. Cette période est aujourd’hui terminée. Et les Aubiétains se retrouveront le 3 octobre pour fêter l’événement.
« C’est une avancée, et nous sommes très contents » explique Vincent Labédan, co-président de VVV 32. « Mais, tout n’est pas gagné pour autant. » Les contrats signés entre la société et les propriétaires privés en 2004 ne peuvent plus s’appliquer, mais ils restent valables jusqu’en 2012. « A ce jour, l’affaire est bien compromise, mais nous ne sommes pas à l’abri d’un nouveau rebondissement. » Il suffirait qu’il n’y ait plus d’opposition familiale au projet pour que tout redevienne possible.
Betcave et Aubiet mis à part, les autres projets privés du département concernent notamment la ville d’Auch, où la société Covalrec vient d’obtenir l’autorisation de s’agrandir et la société Delile celle d’exploiter une déchetterie industrielle sur le site de l’ancienne usine Ferso. A Lahitte, le projet de décharge de déchets inertes qui avait vu le jour est pour l’heure ajourné, après un refus de la préfecture en juin, et celui de Lannepax devrait se concrétiser d’ici quinze jours. Ce dernier projet n’est pas aussi important en quantités et en surfaces que ceux de Betcave et Aubiet : 2000 tonnes par an contre 120 000, 1 hectare contre 100. Il concerne une installation de stockage de déchets inertes d’amiante, au sujet de laquelle l’exploitant se veut rassurant. « Quand on parle d’amiante, on pense à Jussieu, mais ici, seules sont concernées les plaques en fibres cimentées où l’amiante est liée » indique Georges Marie, gérant de la Sarl MG32. « Il faut s’attendre à deux camions par semaine, donc des nuisances faibles. Quant aux conditions d’enfouissement, qui se fait dans de l’argile pure, elles sont très strictes. Il s’agit de déchets inertes donc sans réaction chimique. » Une association locale, « Bien vivre à Lannepax », veille au grain.
Trigone n’a pas souhaité faire de commentaires particuliers sur les projets de décharge privés. Dans la droite ligne de ce qui a été prévu en juin, il réunira une commission de travail le 20 octobre prochain, au cours de laquelle il présentera son programme de prévention des déchets. Des déchets qui restent quasi-exclusivement ménagers. « Gérer les déchets industriels n’est pas notre objectif premier, mais si cela le devient, on pourra les absorber », indique Jean-Christophe Vergnes, le directeur. « Pour l’instant, nous nous focalisons sur notre compétence, notre objectif étant de maîtriser parfaitement cette filière et être autonome. » Sans se soucier des projets privés alentours qui « n’ont pas de conséquences pour Trigone ».