Mieux que la 124... la route 66

par B.M 21 novembre 2008

Patrice Maïni est installé depuis 14 ans sur la route 124, à Gimont. Il gère la dernière station-service avant Toulouse, comme cela est indiqué bien en vue devant son commerce. La RN 124, il l’a vu changer au fil des années, et l’image qu’elle donne aujourd’hui n’est pas celle qu’il préfère. L’activité est en baisse, les perspectives peu enthousiasmantes. Pour lui comme pour les autres détaillants, l’avenir est morose. Il sera d’ailleurs bientôt le dernier petit commerce à proposer de l’essence à Gimont. Alors, quitter le Gers ne le dérangerait pas plus que ça. Il partirait même demain si la possibilité lui était donnée de vivre aux Etats-Unis. Un pays pour lequel il voue une véritable passion et où se trouve une route autrement plus attrayante à ses yeux que la route 124. La route 66.

« En 2010, je serai le dernier » regrette Patrice Maïni. « Les deux autres stations-services de Gimont auront fermé. » Pourtant, ce n’est pas le trafic qui manque sur la commune. Les voitures sont au contraire de plus en plus nombreuses à circuler sur la route nationale, mais elles ne s’arrêtent pas. D’autres surfaces de vente les captent. « Le passage a augmenté de manière significative depuis trois-quatre ans, mais nous devons faire face à la concurrence des grandes surfaces. » Une concurrence qu’il juge « déloyale » à cause des prix pratiqués. C’est également à ces grandes surfaces que se sert la population locale, qui représentait jusqu’il y a peu une clientèle fidèle. « Cela n’existe pas en Espagne par exemple. Vous ne voyez pas de grandes surfaces qui vendent de l’essence. »
Selon Patrice Maïni, les normes européennes « très exigeantes » ne lui facilitent pas non plus la vie. « On nous demande d’installer des cuves à double paroi, en cas de fuite. Cela coûte cher. Moi, je les ai déjà, donc ça va, mais ce n’est pas le cas de tout le monde. » La dernière station-service entre celle de Patrice Maïni et Toulouse était située à l’Isle-Jourdain, elle a fermé en décembre de l’année dernière. « On travaille tous de moins en moins » déclare-t-il.

Pour attirer le chaland, Patrice Maïni a créé une petite boutique de produits régionaux à l’intérieur de sa station. Vins de région, conserves à base de canard, l’espace a ouvert il y a deux ans. Mais cela ne suffit pas à combler le manque à gagner. Se voit-il quitter la route 124 dans un avenir proche ? « S’il le faut, je le ferai, je n’hésiterai pas. » Et si cette décision pouvait le conduire outre-atlantique, elle serait encore plus facile à prendre.

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La route 66 a été une source d’inspiration pour la création de l’enseigne

Patrice Maïni voue une vraie passion pour les Etats-Unis. A deux reprises, il s’est rendu sur la route 66. « Je ne l’ai pas faite dans sa globalité, je suis allé de Santa Monica à Amarillo dans le Texas. » Mais cela a suffit pour ancrer le mythe. La route 66 l’a d’ailleurs inspiré pour réaliser l’enseigne de son commerce, baptisé « Gers Route 124 ». Patrice Maïni est également un amateur de vieilles voitures américaines. Il a acheté une Ford Pick Up qu’il a costumisé aux couleurs de sa station service et il a disposé plusieurs voitures de collection miniatures dans son magasin. Un pan de mur est également tapissé de plaques d’immatriculation achetées aux Etats-Unis, et d’autres sont mises en vente.

« Evidemment cela ne se fera jamais car on ne pourra jamais se le permettre », conclut-il en revenant sur terre. Alors, au moins que les choses n’empirent pas. « Nous ne savons pas exactement ce qu’il va advenir de la RN 124. Personne ne nous en parle et on est donc informés par le bouche à oreille. On nous parle de déviation vers Samatan d’ici dix ans. Si on est déviés, on ne s’en sortira pas. »