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Catastrophiques au niveau national, les chiffres du chômage le sont évidemment moins dans le Gers, un département rural qui fait office de privilégié par les temps qui courent. Pour autant, les derniers chiffres de l’emploi ne sont pas bons. Licenciements économiques, baisse de l’intérim, contrats de travail plus courts, taux de chômage en hausse, la crise est là.
« Le Gers est relativement épargné, tout comme l’est d’ailleurs la région Midi-Pyrénées comparée à d’autres régions, mais il y a quand même des difficultés, on ne peut pas le nier. » Catherine Guilbaudeau est la directrice territoriale du Pôle emploi pour le Gers et les Hautes-Pyrénées. Les effets de la crise, elle les constate depuis le début de l’année 2009. « Il y a eu un effet à retardement dans le Gers. D’autres départements ont ressenti des difficultés dès l’année dernière. » C’est le cas notamment des Hautes-Pyrénées, où « la situation est nettement plus compliquée ». Fin avril, le taux de chômage y était ainsi de 9,3 %, contre 5,5 % dans le Gers et 7,9 % en Midi-Pyrénées.
Depuis le mois de janvier, le Gers a connu de nombreux licenciements, « une cinquantaine chaque mois », jusqu’au mois de mai où ce chiffre est tombé à 19. « Tout peut basculer d’un mois sur l’autre, mais ce que l’on peut dire pour l’instant, c’est que la tendance est en train de se stabiliser. » Reste à savoir comment se passera l’été. Les statistiques du greffe d’Auch confirment les difficultés. Le tribunal de commerce a enregistré 211 radiations entre les mois de janvier et avril 2009, contre 183 sur la même période de 2008, et 53 procédures collectives (redressement ou liquidation) ont été ouvertes contre 27 l’an dernier.
« Ce que nous constatons également, c’est une baisse importante de l’activité intérimaire » indique Catherine Guilbaudeau, « et le fait que les contrats se raccourcissent. De six mois, ils sont passés à trois ou quatre, y compris dans le secteur agricole. »

Les critères de référence pour évaluer le nombre de chômeurs ayant été modifiés en février, pour s’aligner sur les définitions du Bureau international du travail, le Pôle emploi se base toujours pour l’instant sur les précédentes catégories pour élaborer des comparaisons. Ainsi, à la fin du mois d’avril, les chômeurs gersois de catégorie 1 étaient 23 % de plus qu’un an plus tôt. Une hausse assez proche de celle enregistrée en Midi-Pyrénées (+ 25,7 %). Le Pôle emploi d’Auch en comptabilisait 2351 (+ 24,80%), celui de l’Isle-Jourdain 1044 (+ 28 %) et celui de Condom 1198 (+ 16 %).
La conjoncture conduit-elle les agents du Pôle emploi à conseiller davantage de créations d’entreprises, et vanter notamment les mérites du nouveau statut d’auto-entrepreneur pour faire baisser les chiffres du chômage ? « La création d’entreprise est l’un des parcours que nous proposons aux demandeurs d’emploi, avec le suivi mensuel personnalisé notamment », précise Francis Lordon, directeur adjoint du Pôle emploi Midi-Pyrénées Ouest. « Evidemment que nous l’encourageons, mais cela n’est pas pour faire baisser à tout prix les chiffres du chômage. Une personne qui crée une entreprise ne sort pas tout de suite de la demande d’emploi. »
Le Pôle emploi compte, par contre, mettre un coup d’accélérateur sur les formations, et les adapter davantage aux besoins des entreprises, car « même en temps de crise, certaines offres ne sont pas satisfaites ». Un travail en commun avec le conseil régional est en cours pour lancer des appels d’offres à la rentrée et mettre en place des programmes de formation avant la fin de l’année. Avec une possibilité d’accès individuel.
Le Pôle emploi capte entre 25 et 30 % du marché des entreprises (1). Entre les mois de janvier et mai, le nombre d’offres enregistrées (3512) étaient en baisse de 2 % par rapport à 2008, et sur le seul mois de mai, cette baisse était de 4,2 %. Les CDI pâtissent le plus de la conjoncture. Au nombre de 835 depuis le début de l’année, ils sont en chute de 10,9 %. A contrario, les offres d’emplois saisonniers ou temporaires sont en hausse respective de 2,6 % et 4,5 %.
Ces chiffres sont à mettre en parallèle avec le nombre de déclarations préalables à l’embauche faites à l’Urssaf. A la fin du mois de mai, hors intérim, ces DPE étaient en hausse de 13% dans le Gers, alors qu’une baisse était enregistrée en Midi-Pyrénées (-1,8 %), et au niveau national (- 5,4 %). « Peut-être peut-on expliquer cela par un nouvel effet à retardement, mais cela n’est qu’une hypothèse. Quoiqu’il en soit, cela concerne essentiellement des entreprises de services, à la personne ou aux entreprises » précise Catherine Guilbaudeau.
Depuis le plan de relance de l’Etat et l’annonce d’une enveloppe permettant la création d’emplois aidés supplémentaires, les contrats aidés ont été multipliés par deux ou trois en l’espace de quelques semaines. « Nous avons une action pro-active vers les entreprises pour leur proposer ce genre de contrats » explique la directrice territoriale. Au nombre de 44 fin mai, les CIE (Contrat initiative emploi) sont passés à 98 mi-juin. Les CAE (Contrat d’accompagnement dans l’emploi) sont passés de 205 à 259 sur la même période, et les contrats d’avenir de 35 à 56. Ces contrats sont destinés aux bénéficiaires de minima sociaux. Depuis le début de l’année, ce sont 258 bénéficiaires du RMI qui ont été placés, 173 chômeurs depuis plus de deux ans et 258 femmes au chômage depuis plus d’un an (2).
Avec 3182 sorties depuis le mois de janvier, le Gers se caractérise par « un turn over important », comme l’indique Catherine Guilbaudeau. Mais sortir des statistiques du chômage ne signifie pas pour autant avoir trouvé un emploi. Seules 738 personnes ont ainsi été embauchées, alors que dans le même temps, ce sont plus de 1379 personnes qui ont été radiées : 1153 parce qu’elles n’avaient pas actualisé leur situation et 226 parce qu’elles n’avaient pas répondu à une convocation.
Le refus des pratiques de contrôle sur les chômeurs a été l’une des revendications de la grève des agents « Pôle emploi » ce jeudi 18 juin. Les besoins en effectifs en était une autre (3). Selon Catherine Guilbaudeau, 8 personnes vont être embauchées dans le Gers et rejoindre les 88 agents du Pôle emploi. Ces agents gèrent chacun entre 120 et 130 dossiers. Pour faire face aux charges nouvelles de travail (hausse des demandeurs et des contrats aidés, incitations à l’embauche de jeunes voulue par le gouvernement), le Pôle emploi va faire appel à une aide extérieure, des opérateurs privés « qui seront pour beaucoup des agences d’intérim », indique la directrice territoriale. « Ils nous aideront à faire un suivi personnalisé, nous leur confierons des demandeurs pour une période de six mois, et nous les rémunérerons pour cela. »
D’ici la fin de l’année, « nous pratiquerons l’entretien unique. Tous les agents seront formés pour cela. » La fusion Assédic-Anpe sera alors matérialisée à Auch par l’inauguration d’un nouveau bâtiment, route de Tarbes. Les agents quitteront les anciennes agences Anpe et Assédic de la place de la Trompette et de la ZI Engachies. Ouverture prévue à l’automne.
(1) Le Pôle emploi passe la moitié de son temps à travailler sur l’offre d’emploi. Les agents du Gers ont ainsi effectué 753 visites d’entreprises depuis le début de l’année, avec pour objectif de faire le point sur les recrutements, fidéliser les clients mais aussi en trouver de nouveaux.
(2) Ont également trouvé un emploi : 207 personnes de plus de 50 ans, 92 travailleurs handicapés, 63 jeunes et seulement 32 cadres.
(3) Une partie des agents du Pôle emploi était en grève ce jeudi 18 juin. Tirant un bilan complètement négatif de la fusion Anpe-Assédic, les grévistes ont condamné l’accueil unique, la dégradation des conditions de travail, l’appel à des opérateurs privés, l’insuffisance des recrutements.