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Ecocert n’a plus rien à voir avec le mouvement associatif agrobiologique des années 1970 dont elle est issue. Née de la scission de l’Association des Conseillers en Agriculture Biologique, l’ACAB, qui avait été créée en 1978, la société est devenue une multinationale présente dans 90 pays, en Europe, en Afrique, sur le continent américain (Canada, Brésil), et en Asie (Chine, Japon). La maison-mère, située à l’Isle-Jourdain, possède des parts dans 21 filiales. Le chiffre d’affaires enregistré au niveau mondial s’est élevé à 22 ME en 2009 soit une augmentation de près de 19 % par rapport à 2008. Il a été de 12 ME en France.
Spécialisée dans le contrôle et la certification bio, Ecocert a délivré quelque 15 000 certifications à des producteurs ou transformateurs français au cours de l’année 2008, près de 18 000 en 2009. Dans le Gers, ce sont 165 producteurs et 41 transformateurs qui se sont engagés sur la voie de la conversion bio en 2009, et ils sont 56 depuis le début de l’année 2010. Comme les autres départements français, le Gers enregistre une tendance à la hausse des certifications. Cette hausse est de 20 % au niveau national, entre 10 et 15 % dans le département.
« Nous avons assisté à une vraie accélération au niveau des conversions en 2009 » indique le directeur Philippe Thomazo. « Cela se ressent également depuis le début de l’année 2010, puisque nous avons enregistré 3000 nouvelles demandes », tout territoire confondu. Cette hausse des demandes est bien évidemment liée aux objectifs du Grenelle de l’environnement, qui vise à tripler les surfaces bio en France en les passant de 2 à 6 % des SAU, et au déplafonnement des aides à la conversion.
Depuis l’an dernier, le Gers est l’un des cinq départements qui concentre le plus de surfaces bio en France, soit 15 570 ha, derrière le Maine-et-Loire (17 178), la Drôme (25 940), l’Aveyron (26 315) et la Loire-Atlantique (27 886). Cela représente 263 exploitations et 3,3% de la surface agricole utilisée, contre 2,46% au niveau national. Par ailleurs, Midi-Pyrénées arrive en tête des régions avec 77 385 ha de surfaces bio en 2009.
D’après l’Agence Bio, ce sont 3 769 nouvelles exploitations qui se sont engagées en bio en 2009 en France, où sont désormais recensés 16 446 exploitations agricoles bio, (+23,7% par rapport à 2008) et 677 513 hectares de terres (+16%).
« Tout cela vient des consommateurs, poursuit Philippe Thomazo. Sans parler d’engouement, on peut dire que la tendance à acheter du bio est assez forte sur les quatre dernières années. Le bio a continué de croître malgré la crise économique. » Toujours d’après l’Agence bio, les ventes de produits bio sont estimées à 3MdE en 2009, soit une augmentation de 400 ME par rapport à 2008 et de 1,4 MdE par rapport à 2005.
Ecocert profite donc logiquement de cette tendance bio qui, aux yeux du directeur, n’a rien d’évident pour les agriculteurs. « Les aides ne font pas tout. Le bio reste contraignant. Il faut saluer les agriculteurs qui s’engagent dans une conversion. Elle exige une grande traçabilité, un travail plus technique, elle implique un suivi au plus près des cultures, des visites de champs le plus souvent possible, une utilisation spécifique de produits non chimiques pour ne pas endommager les terres. »
La plupart des agriculteurs qui optent pour une agriculture biologique sont déjà en activité. Pour passer en bio, il leur faut convertir leurs terres, et compter trois ans pour y parvenir. Un temps jugé indispensable pour nettoyer les terres de tous les résidus de pesticides. Les agriculteurs qui prennent contact avec Ecocert reçoivent en retour un questionnaire dans lequel il leur faut préciser les caractéristiques de leur exploitation, le plan des parcelles, leur projet de conversion. Ils reçoivent ensuite un devis et un contrat. Une fois celui-ci signé, la période de conversion est lancée.
Les ingénieurs agronomes et les inspecteurs d’Ecocert se succèdent auprès de l’exploitant pour contrôler les démarches effectuées et la conformité de ces dernières aux exigences européennes. Le coût de la prestation d’Ecocert et de la certification dépend du type d’activité, de la taille de l’exploitation. « Il faut compter entre 300 et 400 euros par an pour une démarche de certification » indique Philippe Thomazo. Selon la complexité de la conversion, le coût peut être de plusieurs milliers d’euros.
Une fois la certification obtenue, les agriculteurs continuent d’être contrôlés. Ils le sont en général une fois et demi par an : un audit est programmé chaque année et un autre se fait à l’improviste tous les deux ans. La certification se renouvelle annuellement.
En 2009, dix opérateurs gersois ont décidé de rompre leur engagement auprès d’Ecocert. « Les gens qui choisissent d’arrêter sont une infime minorité » précise le directeur. « Ils représentent entre 1 et 2 % de nos clients. La plupart du temps, l’arrêt de l’activité est lié à un départ en retraite, au fait que la personne n’a pas trouvé de circuit de distribution ou que les contrôles de nos inspecteurs sont positifs. » Et qui dit contrôle positif dit contamination par une molécule interdite en agriculture biologique.
Les contaminations recherchées sont celles de molécules actives (pesticides, OGM…), particulièrement sensibles lorsque la production est mixte (bio d’un côté, non bio de l’autre). Si la réglementation européenne interdit la présence d’OGM dans les produits bio, elle le fait selon des critères identiques à ceux de l’agriculture conventionnelle. L’Europe considère qu’un produit peut être considéré sans OGM à partir du moment où il en contient moins de 0,9 %. Au-delà de ce taux, le produit est déclassé, que la contamination soit fortuite ou non. Pour les contaminations comprises entre 0,1 % et 0,9 %, il faut que l’agriculteur justifie d’une contamination fortuite ou techniquement évitable et assure Ecocert de tout mettre en œuvre à l’avenir pour éviter que cela ne se reproduise.
« Les contaminations sont en général accidentelles. Très peu de produits bio sont concernés par ce genre de contamination » assure Philippe Thomazo.
Ecocert emploie 218 personnes en France dont 142 travaillent au siège de L’Isle-Jourdain, dans l’un des deux bâtiments en bois construits au lieu-dit Lamothe. Par manque de place, des préfabriqués ont également été installés. Comme la société prévoit de nouvelles embauches d’ici la fin de l’année, la construction d’un nouveau bâtiment sera lancée fin 2010, début 2011.