Planter des arbres sur le champ

par Béatrice Millésime 6 mai 2009

Le Gers n’a pas attendu la tempête Klaus pour manquer d’arbres. En 2007, l’Insee fixait à 17% le taux de boisement dans le département, soit le taux le plus faible de la région, et 20 % des surfaces boisées se situaient hors forêts. Si les avis divergent quant au nombre d’arbres mis à terre en janvier dernier, la nécessité de replanter fait l’unanimité. Tempêtes mises à part, l’activité agricole est pour beaucoup dans la disparition des arbres au cours des dernières décennies. Aussi, l’une des idées répandues aujourd’hui est de replanter dans les champs.

Associer sur une même parcelle une production agricole et la plantation d’arbres est le principe de l’agroforesterie. Pratique ancienne pour bon nombre de pays, elle a longtemps été pénalisée en France par la PAC (politique agricole commune) qui excluait les arbres des surfaces agricoles subventionnées, poussant les agriculteurs à pratiquer des arrachages. Depuis 2006, les choses ont changé. La réglementation européenne encourage non seulement la mise en place de parcelles agroforestières mais prévoit également une aide à leur entretien. A la fin 2008, les surfaces d’agroforesterie en France atteignaient les 168 000 ha. Le Gers en comptabilise 120.

Intérêt environnemental

« Nous avons vingt ans de recul mais nous nous considérons encore en phase de démarrage. » Créée en 1990, l’association Arbre & Paysage 32 est le moteur du développement de l’agroforesterie dans le département. Son directeur, Alain Canet, s’emploie à informer et convaincre les acteurs socio-professionnels, et les agriculteurs en particulier, des nombreuses vertus de l’arbre. L’association a beau avoir été créée par des agriculteurs et compter 750 adhérents, le message a parfois du mal à passer. « La profession n’est pas encore entrée dans une phase active », indique Alain Canet. « Les bandes enherbées c’est bien et nécessaire mais il faut désormais aller plus loin. »

Vingt-cinq agriculteurs ont franchi le pas et d’autres projets sont en cours, couvrant une soixantaine d’hectares. « Pour l’instant, nous n’avons pas été porteurs de démarche particulière concernant l’agroforesterie », explique Jean Bugnicourt, chef des services techniques à la Chambre d’agriculture. « Nous relayons l’information et apportons des éléments d’explication. Il est néanmoins fort probable que l’on ait prochainement des actions incitatives. » La chambre d’agriculture s’intéresse ainsi de près à la plantation d’arbres dans les parcours de volailles. « Toutes les chambres de la région ont participé à une étude sur l’amélioration de ces parcs clôturés où sont élevés, en plein air, canards et oies », poursuit Jean Bugnicourt. « L’implantation de haies ou d’arbres est une possibilité d’aménagement. »

L’arbre et la haie représentent tous deux un enjeu équivalent. Qualité du sol, de l’eau, biomasse… il faut 1 ha de bois pour arriver à la même efficacité que 2,5 km de haies. Depuis sa création, Arbre & Paysage a permis la réalisation de 800 km de haies dans le département. Alain Canet considère néanmoins qu’il « faudrait faire quatre fois plus ». C’est dire ce qu’il reste à faire en matière d’agroforesterie. « Le message commence à être bien reçu depuis deux ou trois ans, et la demande a été plus forte cette année. » Mais on est loin du compte.

Le principe de l’agroforesterie consiste en la plantation de rangées d’arbres au milieu des champs, des arbres tous les 8 mètres et des rangées espacées de 25 à 50 mètres pour ne pas pénaliser les cultures. La densité varie entre 40 et 80 arbres par hectare. Pour les défenseurs de cette activité, l’impact est immense sur la protection du sol, l’épuration de l’eau, la biodiversité, la production de biomasse. Grâce à leurs racines, les arbres jouent le rôle de filtre, capable de stocker le carbone et de limiter la pénétration des intrants dans le sol. Ils ont également comme intérêt de fournir de nouveaux habitats à la faune. De quoi intéresser fortement les chasseurs (*). Quant au rendement de la parcelle, il devrait s’en trouver renforcé. Sur le long terme.

Incertitudes financières

La dimension économique de l’agroforesterie est certainement un obstacle à son développement. D’après l’association Arbre & Paysage, si l’agriculteur doit s’attendre à une perte de 5 % en début d’activité, il peut compter, à terme, sur une augmentation de 30 % de son rendement. Il est en effet admis qu’une parcelle mêlant arbres et cultures est plus rentable qu’une parcelle de cultures classiques. Tout le problème réside dans la notion de « terme » justement. Au lieu d’avoir un retour immédiat sur investissement, l’agriculteur doit patienter le temps d’un cycle de l’arbre. Entre vingt et trente ans. Une vraie révolution pour une profession habituée à des rotations courtes. Par ailleurs, l’agriculteur, qui s’engage, opte pour une production à dimension industrielle, qu’il ne connaît pas forcément.

Rentabilité à long terme, métier nouveau, il est facile de mesurer le chemin restant à parcourir pour développer l’agroforesterie. Sans compter que la réglementation n’est pas encore au point sur le sujet. Si les parcelles arborées sont éligibles aux DPU (droits à paiement unique) depuis 2006, elles le sont dans la limite de 50 arbres par hectare. Au-delà, seules les parties réellement cultivées sont prises en compte pour l’attribution des aides, à moins qu’un arrêté préfectoral en décide autrement. Par ailleurs, les mesures de soutien à l’agroforesterie n’ont pas été retenues par la France dans son PDRH (programme de développement rural hexagonal) qui couvre la période 2007-2013.

Les collectivités sont donc souvent sollicitées pour développer cette activité. C’est le cas de la Région et du Département, qui subventionnent notamment Arbre & Paysage pour ses actions de communication et de formation. L’association, qui s’engage à former et suivre pendant trois ans les agriculteurs, a notamment travaillé avec les communes situées dans le nord-ouest du département. « Les agriculteurs sont ici de plus en plus intéressés par les aspects environnementaux, notamment pour les problèmes d’érosion liés aux sables fauves », explique un animateur de l’association « Pays d’Armagnac ». Mais pour que l’agroforesterie se développe, il faudra qu’ils acceptent « de voir diminuer leurs revenus dans un premier temps ».

Le conseil général a également introduit l’agroforesterie dans son Agenda 21. La plantation de 100 ha d’arbres y est prévue sur deux ans, moyennant un coût de 150000 euros dont 30 000 E financés par le département. Ce programme est pour l’instant qualifié d’expérimental. Les indicateurs de suivi concernent l’amélioration des parcelles sur le plan agronomique, le rendement des cultures et le revenu des agriculteurs. Tout un programme, effectivement.


(*) La Fédération des chasseurs du Gers suit avec attention le développement de l’agroforesterie. Dans son Schéma de gestion cynégétique, qui date de mai 2008 et qui court sur 6 ans renouvelables, elle préconise notamment une extension de la collaboration entre agriculteurs et chasseurs « afin d’orienter le monde agricole vers un concept d’agriculture durable considérant à la fois l’environnement et la biodiversité pour aboutir à une meilleure qualité des espèces et des habitats ». « Si on peut améliorer l’image de l’agriculture au travers de la chasse, ce sera gagné », indique Serge Castéran, le président des chasseurs.

La Fédération travaille depuis plusieurs années sur des programmes de plantation de haies et de jachères fleuries. Elle a notamment signé une convention de partenariat avec la chambre d’agriculture et la direction départementale de l’agriculture. Objectif : recréer un environnement favorable pour faire en sorte que le petit gibier revienne.

« Ce qui intéresse les chasseurs, c’est évidemment de chasser une grande diversité d’espèces », souligne Serge Castéran. « Et ce qui importe pour la petite faune, c’est la multiplication des linéaires de cultures. »



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