Photovoltaïque : les centrales au sol en stand-by

par Béatrice Millésime 15 avril 2011

Décidée en décembre dernier, la suspension de l’obligation d’achat de la production photovoltaïque par EDF, pour les non-particuliers, a pris fin début mars, au moment où un décret est venu fixer de nouvelles règles pour la filière. Outre une baisse de 20 % des tarifs pour les installations de moins de 100 kW, le décret prévoit la mise en place, dès cet été, d’appels d’offres pour les projets de plus de 100 kW. Evidemment touchées, les centrales au sol sont en stand by.

Certaines centrales sont déjà connues et bien avancées, d’autres sont en cours d’instruction. Au total, le Gers recense une quinzaine de projets de centrales au sol qui ne sont pas tous certains d’aboutir. La société Neoen, qui portent des projets à Bajonette (16 ha) et Montégut (17 ha) ne cache ainsi pas son scepticisme. Entre le moratoire de trois mois décidé en fin d’année dernière, et le décret du mois de mars qui prévoit des appels d’offres pour la fixation des tarifs, à partir de cet été, la société dit manquer de visibilité. « Les dossiers sont suspendus. Nous attendons de connaître le prochain cadre réglementaire des tarifs et évaluer la faisabilité de nos projets. D’ici là, nous ne pouvons avancer. »

Alors que ministère de l’Environnement oppose une fin de non recevoir à toute question sur le cahier des charges des futurs appels d’offres, les professionnels expriment leur mécontentement. « Aucune des revendications de la profession n’a été retenue par le gouvernement » s’insurge un chef de projet de Cegelec. « Nous avons du mal à croire à ces fameux appels à projets, et devant les incertitudes, même juridiques, qui sont les nôtres, nous avons du mal à avancer. » Le projet de centrale mené par Cégelec à Valence-sur-Baïse, de 23 ha et d’une puissance de 8,8 MWc, est ainsi dans l’attente. « Tout ce qui concerne ce dossier est pour l’heure confidentiel » explique-t-on à Cégélec. « Il va se faire, c’est certain, mais avec les nouvelles mesures gouvernementales, nous ne pouvons donner une date. Même les centrales qui n’étaient pas concernées par le moratoire, comme c’est le cas à Valence, sont en suspens. Les futurs appels d’offres rendent difficile tout démarrage de travaux. »

La question ne se pose pas à Miradoux où la centrale, en construction depuis plusieurs mois, n’est pas concernée par les changements tarifaires. Etendue sur 18,5 ha et d’une puissance de 7,9 Mwc, elle sera mise en service en juin (1). « Malgré tout, les choses n’ont pas été faciles pour cette centrale non plus » souligne-t-on à Cégélec. « Les décisions gouvernementales successives depuis l’an dernier ont eu de nombreux impacts. Tout est plus difficile aujourd’hui car tout le monde se méfie. Est-ce que le porteur de projet n’a pas triché ? Est-ce que les délais seront respectés ? Il faut savoir que les projets qui ne sont pas touchés par les changements tarifaires devront être mis en service d’ici mars 2012. Les banques deviennent frileuses. Elles envoient des avocats pour faire des contrôles. Pour Miradoux, par exemple, nous n’avons plus été financés entre la mi-décembre et la fin janvier. Le temps que ces contrôles se fassent. »

Guère plus informée que les autres, la société Valéco, qui mène un projet à Condom, est elle aussi dubitative. « Le gouvernement a estimé que la croissance du photovoltaïque était trop importante (2), que le coût était trop élevé pour les contribuables à travers la CSPE, la contribution au service public de l’électricité, mais la tendance à la baisse des tarifs vers laquelle nous nous orientons avec le système d’appels d’offres ne va-t-elle pas induire un recours plus important aux panneaux chinois alors que c’est entre autre l’achat de ces panneaux qui était reproché à la filière ? » s’interroge un dirigeant. En attendant d’y voir plus clair, la société espère l’obtention imminente du permis de construire. D’une surface de 18 ha, la centrale de Condom constitue pour l’instant le projet le plus important du Gers, avec une puissance de 9,8 MWc.

Les autres centrales, actuellement en instruction, se situent à Jégun : projet de 7 ha porté par la société Soleil du Midi ; Cazaubon : projet de 9 ha porté par la société Volta Equipement au nord ouest de la commune sur une ancienne peupleraie dévastée par la tempête Klaus (puissance : 3,3 MWc) ; Mirande et Roquelaure : deux projets de 13 ha et 5 ha portés par la société Luxel. A Mirande, la puissance prévue est d’environ 7MWc et à Roquelaure, elle est de 3MWc. Dans un cas comme dans l’autre, l’enquête publique est attendue pour la fin 2011.

Quant au projet de centrale mené par la société Juwi EnR à Sarraguzan, il porte sur une surface de 9 ha, une puissance de 3,3 Mwc et une énergie produite de 3,7 MkWh par an. Le permis de construire a été déposé fin 2010 et une mise en service est espérée pour l’année 2013. « Nous en saurons un peu plus sur le calendrier dans les prochains mois » indique un responsable de l’entreprise. « Pour ma part, je ne suis guère optimiste sur la procédure des appels d’offres. On nous annonce un cahier des charges pour cet été mais il ne m’étonnerait pas que celui-ci soit repoussé à la rentrée. Cela ferait des appels d’offres pour la fin de l’année, mais quel sera le délai d’obtention ? Sans compter qu’il y a la présidentielle. Bref, tout ceci est une façon de prolonger le moratoire. » Et d’ajouter : « Il va nous falloir trouver un compromis, pour l’obtention de nos appels d’offres, entre des prix suffisamment bas pour être retenus et assez hauts pour être rentables. Quoiqu’il en soit, les appels d’offres ne porteront pas uniquement sur des critères de prix, ils devront également répondre à des critères environnementaux. »

Le projet de la société Juwi EnR ne manque pas de considérations environnementales. Si elle est acceptée, la centrale sera construite sur d’anciennes terres agricoles, en friche et accusant un fort déficit hydrique. Le volet environnemental du projet prévoit de renaturer une ancienne zone humide de 1500 m2 et d’y réintroduire certaines espèces animales. Le volet agricole est quant à lui double. D’une part il est prévu l’installation d’un jeune agriculteur qui diversifierait son actuelle activité maraîchère en faisant de l’élevage bio d’ovins sur la zone ; d’autre part, le projet permettrait au propriétaire actuel du site, éleveur de canards, de doubler son cheptel et de diversifier son activité en vendant du canard prêt à gaver et en créant un gîte qui lui permettrait de faire connaître ses produits finis. Les panneaux solaires seraient installés à 1m10 du sol, ce qui permettrait aux bêtes de circuler dessous. Des espaces seraient également créées entre des rangées de panneaux.

Parallèlement à ces projets au sol, la préfecture instruit une demande de permis de construire pour 2,8 ha de serres à Laujuzan. Tous projets confondus, les services de l’Etat avaient en instruction 28 dossiers au 12 mars.
Au total, sur les 421 dossiers de permis de construire déposés dans le Gers, 244 ont été acceptés et 149 refusés.

(1) Une journée portes ouvertes a été organisée le lundi 9 mai.
(2) Le décret du mois de mars 2011 limite à 500 MW le volume annuel d’installations dont 200 MW pour les centrales au sol.



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