Michel Doligé : « Il n’y a pas d’entreprises qui marchent mal du fait de la crise en Midi-Pyrénées »

par Béatrice Millésime 2 novembre 2008

Michel Doligé est président de la chambre de commerce et d’industrie du Gers mais aussi président régional de la Banque Populaire occitane. C’est sous cette double casquette qu’il a répondu à nos questions, portant notamment sur la conjoncture économique. Michel Doligé a déjà eu l’occasion de le dire : le Gers ne connaît pas la crise. Un discours qu’aime à railler Philippe Martin. Pour le président du conseil général, la crise dans le département est comparable « au nuage de Tchernobyl qui s’est arrêté à la frontière ». Cela fait sourire Michel Doligé, mais il persiste et signe : tout va bien !

Route124 : Vous avez déclaré voilà quelques semaines que la crise ne touchait pas le département. Faites-vous le même constat aujourd’hui ? Certains secteurs comme le BTP connaissent quand même des difficultés.
Michel Doligé : Ce que je sais, c’est qu’il n’y a pas actuellement de sociétés mal en point dans le Gers. Je visite chaque mois huit entreprises et toutes recherchent du personnel, sans aucune exception.

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Effectivement, le bâtiment va souffrir mais ce ne sont pas de grosses entreprises. Toutes les sociétés de l’aéronautique marcheront très bien en 2009 et au-delà car elles ont du travail pour des années avec Airbus. Il a déjà été créé 8500 emplois dans le secteur aéronautique en Midi-Pyrénées et en Aquitaine, et il est question d’en créer 20 000 autres dans les dix ans qui viennent. Il ne faut pas oublier que l’aéronautique est la première industrie gersoise avec le bois.

Vous êtes donc pleinement confiant dans l’avenir.
Je ne ressens aucune inquiétude. Il n’y a pas d’entreprises qui vont mal, et si c’est le cas, ce n’est pas à cause de la crise mais plutôt d’une mauvaise gestion. C’est tout simplement que le chef d’entreprise n’est pas bon. Des exemples récents l’ont montré.

Ce que vous entendez dans les médias sur le plan national vous agace ?
Lorsque je fais des réunions en tant que directeur régional d’un groupe bancaire, je dis à ceux qui s’inquiètent : arrêtez de regarder la télévision, ne lisez plus les journaux. Tout ce que l’on entend sur les banques est faux. Idem concernant les entreprises. Il n’y a pas de problèmes. Il n’y a pas d’entreprises qui marchent mal du fait de la crise en Midi-Pyrénées. Je parle ici des PME, je ne parle pas des TPE , des commerçants, où des artisans. Dans l’artisanat, il y a plus de casse.

A propos des banques, que vous inspire la création d’une cellule d’observation au niveau préfectoral ?
On se croirait en Russie. Il faut lire la lettre de mission de François Fillon. C’est quelque chose.

Mais concrètement, comment cela va-t-il se passer ?
Concrètement ? Et bien c’est simple, on ne va rien dire. On va répondre : « secret professionnel ». Il y a toujours des entreprises qui vont se plaindre : telle banque ne m’a pas prêté, mais si c’est le cas, cela n’a rien à voir avec la conjoncture actuelle. Le prêt aurait été refusé à n’importe quelle période. Au niveau de mon groupe, on doit faire 3% de prêts de plus que l’an dernier. Alors…

Comment avez-vous accueilli l’aval donné par la Commission nationale d’équipement commercial au projet Portes de Gascogne ?
J’ai toujours été contre ce projet. Je continue donc à l’être. Ils vont construire un truc énorme qui va faire du mal à tous les commerçants de L’Isle-Jourdain à Auch. Rien que le centre Leclerc d’Auch table sur une perte de 5 % de sa clientèle. Ça va faire du mal.

Vous avez décidé voilà quelques mois de ne plus participer à la Commission départementale d’équipement commercial, mais comment expliquez-vous les changements opérés par la loi de modernisation de l’économie et la création de Commission où les organismes consulaires ne seront plus présents ?
Effectivement, j’ai décidé de ne plus siéger à la Cdec et je n’y vais plus depuis le 1er septembre. A partir du 1er janvier prochain, les Cdec seront remplacés par des Cdac, des Commissions départementales d’Aménagement commercial, et les chambres de commerce n’auront plus le droit à la parole. Nous l’avons appris dans le cadre du projet de loi. Rien de plus. Je n’ai pas d’explication à cela si ce n’est que Nicolas Sarkozy veut nous construire plein de magasins partout en France.

Le Gers manque quand même de magasins, d’enseignes.
Oui, des magasins de vêtements, d’électroménager, et je souhaite que ce genre d’enseignes s’installe dans le Gers. Mais certainement pas des magasins alimentaires. Lorsque je siégeais à la Cdec, c’était simple, tout ce qui était projet alimentaire je votais contre. Je votais en faveur de projets qui apportaient quelque chose. Le problème du Gers est qu’il n’y a pas assez d’habitants. On n’attire pas les grandes enseignes.

Concernant la RN 124, quel est l’objectif de la CCI en matière d’aménagement de part et d’autre de cet axe ?
C’est évidemment de faire venir des entreprises. Nous venons de créer un syndicat mixte, à l’initiative de la CCI, avec les communautés de communes d’Auch, Gimont, L’Isle-Jourdain et de Pujaudran, ainsi que le conseil général. C’est tout récent, il a été créé le 27 octobre. Le but est de travailler ensemble et partager les frais et les entrées d’argent. Il est détenu à 40 % par le conseil général, 10 % par la CCI et les communautés de communes se partagent le reste. Nous comptons faire la même chose à l’ouest du département.

Et la RN 21 ?
Là aussi les choses bougent. Nous avons eu une réunion mercredi 29 à Tarbes, nous ce sont toutes les CCI concernées par ce projet de deux fois deux voies en partenariat privé/public, que ce soit Limoges, Périgueux, Agen, Auch ou Tarbes. Nous nous réunirons encore le 1er décembre, mais cette fois avec les conseils généraux, les préfets, les maires. Cela fait deux ans que nous sommes sur ce projet et nous y travaillons depuis un an très sérieusement.

Vous le voyez aboutir ?
Il nous faut convaincre Jean-Louis Borloo, ça bloque au niveau de l’Etat. Mais nous nous battrons.

Comme la RN124, c’est un projet de longue haleine.
Pour la RN124, il faudra encore deux plans avant que tout se termine. Pour la RN21, si c’est un partenariat avec le privé ça pourra aller plus vite.

Allez-vous vous représenter à la présidence de la CCI au terme de votre mandat ?
Celui-ci se termine en 2009, et oui, je me représenterai. Vous savez, comme je dis souvent, je dois être le seul président de chambre consulaire en France à ne pas prendre un centime. Pour être libre, pour dire ce que je pense. Et je ne m’en prive pas.




Vos commentaires :

1. Envoyé par Thérèse Titeux, Accueil Immobilier Gersois à Gimont.
« La crise ne touche pas notre département. Je suis ravie de l’apprendre car j’avais l’impression de la subir de plein fouet. Il est rassurant de se dire que cela ne touche que mon entreprise, je n’ai qu’à remettre en question ma façon de la gérer ! Je vais de ce pas, malgré la conjoncture et le travail de sape des médias, faire revenir les acquéreurs dans mon agence immobilière ! Plus sérieusement, Mr Doligé accepte de considérer que les artisans, commerçants et TPE ont effectivement de grosses difficultés. Mais comme pour beaucoup de ses semblables, ça ne porte pas à conséquence pour l’économie locale, régionale ou nationale : nous sommes tellement petits : 1 salariés, 2,3,4 ? nous ne représentons rien. Pourtant, il me semble que c’est une erreur car les TPE sont nombreuses et, représentant le plus grand nombre de salariés, souhaiteraient être considérées et assistées et non pas abandonnées comme quantité négligeable. »



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