Libertas : stopper « le nivellement par le bas »

par Béatrice Millésime 18 mai 2009

Créée par le MPF (Mouvement pour la France) de Philippe de Villiers et le CPNT (Chasse Pêche Nature et Traditions), la liste Libertas se targue d’être présente dans les 27 pays de l’Union européenne et rassembler des élus de droite comme de gauche. Son ambition pour les élections européennes : avoir des élus dans tous les pays et devenir une force de propositions. Son cheval de bataille : la mise en place de barrières douanières et la fin des délocalisations.

« Nous ne sommes pas souverainistes, nous sommes pour le juste-échangisme. » Tête de liste dans le Sud-Ouest, Eddie Puyjalon considère que la création de l’Europe s’est faite beaucoup trop vite, au détriment des citoyens. « On aurait dû faire l’Europe à cinq, puis à quinze, mais surtout attendre que ça marche avant d’élargir. » La liste Libertas rassemble des élus de droite et de gauche, animés par le même idéal : la fin du libre-échangisme. « C’est cela qui nous démarque des autres », poursuit Eddie Puyjalon. « La volonté de protéger nos salariés, nos traditions. »

Défendre le service public

La liste Libertas se pose en défenseur des libertés individuelles. « Nous ne comprenons pas le discours incohérent des autres listes politiques », souligne Eddie Puyjalon. « Nous remarquons que les Verts ou les socialistes critiquent les délocalisations mais ne proposent pas le rétablissement des barrières douanières. » Et pourtant, cela est encore possible. « Il n’y a que le vélo pour être protégé par des barrières douanières. Et pourquoi ? Tout simplement parce que la Chine le surtaxe à hauteur de 50 %, le Vietnam de 34 %. On n’a pas de délocalisation car ce ne serait pas rentable. Cela n’a pas de sens. »

Incompréhensible également, selon le mouvement, les discours tenus sur l’aménagement du territoire. Et cela ne date pas d’hier. Quilès et la réforme des services postaux, Gayssot et la libéralisation du fret ferroviaire, « les exemples de l’échec des politiques, même de gauche, ne manquent pas ». « Et puis, il ne faut pas oublier que 95 % des textes européens sont votés par le PPE, donc la droite et par le parti socialiste européen. Ils ont soutenu toutes les directives de libéralisation. »

Pour Christian Touhe-Rumeau, maire de Mouchan encarté CPNT, la défense du service public est plus que jamais d’actualité à l’aube d’une nouvelle ère parlementaire européenne. Lui qui n’a cessé de défendre le bureau de Poste de sa commune depuis 2001, fait le constat suivant. « Que ce soit sous le gouvernement Jospin, sous celui de Raffarin, et depuis, je n’ai pas vu de différences entre la gauche et la droite en matière de défense du service public. Il faut que nous nous battions régulièrement au niveau local. » Les transports ne sont pas mieux lotis, selon l’élu. « Le Gers est le seul département de Midi-Pyrénées à ne pas être relié à Toulouse par une voie rapide. Côté transports ferroviaires, ce n’est guère mieux. Le conseil régional investit mais c’est le contribuable qui paie, et puis la ligne TER est laissée à l’abandon. » Quant aux transports routiers, ils sont eux aussi « soumis à la libéralisation. » Pour Eddie Puyjalon, il est inadmissible de voir que « les chauffeurs qui travaillent sous un régime étranger ont le droit de faire du cabotage », c’est-à-dire charger et décharger à plusieurs reprises. « Dans la mesure où ils ne parlent pas français, il est difficile de communiquer, et par ailleurs, ils ne sont absolument pas formés. Ils sont incapables de dire ce que représente un chargement de 10 m3. » Pour la tête de liste Libertas, les entreprises de transport françaises sont mises à mal par cette « concurrence déloyale ». « Nos sociétés ont été demandeuses de progrès, et les voilà en concurrence avec des personnes qui n’ont pas de formations. Il ne s’agit ni plus ni moins qu’un nivellement par le bas ». Nivellement qu’il dit retrouver dans les produits alimentaires. Que ce soit le poulet lavé à la javelle ou le vin rosé issu du mélange des vins blancs et rouges.

Rééquilibrer les aides de la Pac

En matière agricole, les propositions du mouvement Libertas se résument en deux mots : rééquilibrage et coherence. « Il faut évidemment une meilleure répartition des aides », indique Christian Touhe-Rumeau. « Mais aussi, aller vers davantage de produits de qualité. » Les membres de la liste Libertas ne décolèrent pas contre Michel Barnier. « Le ministre de l’Agriculture a demandé à Frédéric Nihous (Président de CPNT, ndlr) de faire un dossier sur la revalorisation agricole. Il a travaillé pendant six mois, a fait le tour de France, a rencontré tous les acteurs du monde rural et fait des propositions pour diversifier les revenus. Or, le dossier est dans les tiroirs depuis le mois de juin de l’année dernière. Alors qu’il avait été jugé excellent au départ. Tout cela pour ne pas gêner le ministre dans sa campagne européenne. »

Pour le maire de Touchan, « le problème est celui des technocrates de Bruxelles qui n’y connaissent rien. Libertas propose un rééquilibrage des aides de la Pac en faveur des cultures traditionnelles, biologique notamment. « Tout le monde sait que les céréaliers se partagent le maximum », ajoute Eddie Puyjalon. « Trop de syndicats restent encore asservis au pouvoir en place. Aussi, si nous sommes élus, nous surveillerons la répartition des fonds. Mais il faut que tout cela se fasse en cohérence. L’Europe ne peut pas d’un côté demander aux agriculteurs de faire des efforts et de l’autre les mettre en concurrence avec des pays qui ne respectent pas les mêmes règles. »

Les élus de la liste Libertas devraient également porter un regard attentif aux OGM. Le maire de Mouchan s’est battu à plusieurs reprises dans le passé contre les essais clandestins. « J’ai même pris des arrêtés à ce sujet, ce qui m’a conduit devant les tribunaux. » Sans aller jusqu’à soutenir les faucheurs volontaires, Christian Touhe-Rumeau n’admet pas que certains défendent, à ce stade des recherches scientifiques, les essais en plein champ. « Que l’on développe la recherche, bien sûr, mais en milieu confiné. Tant que l’on n’en saura pas plus sur les risques sanitaires et environnementaux, tant que les scientifiques ne seront pas d’accord entre eux, il faudra une réglementation forte sur le sujet. » Pour le maire de Mouchan, les agriculteurs sont aujourd’hui dans l’expectative. « Mais si demain, on leur prouve que les OGM ne sont pas nocifs, il seront prêts à l’utiliser. »



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