Lire les articles
TERRITOIRELire les articles
AGENDALire les articles
SUR LA ROUTELire les articles
PAUSELire les articles
NO COMMENTLire les articles
Au nombre de 224 pour certains syndicats, 250 pour d’autres, les producteurs laitiers sont plus de 300 à être comptabilisés dans le Gers par la direction départementale de l’agriculture. Cette différence tient apparemment au fait que les services de l’Etat ne sont pas toujours informés des cessations d’activité. Pour certains, elle est le signe d’un malaise évident dans la filière laitière, que les réunions et accords passés n’ont pas réussi à tempérer. L’un des derniers en date : le plan d’accompagnement laitier, élaboré cet été par le gouvernement. A peine lancé, ce plan pointe déjà des insuffisances. Alors que l’enveloppe affectée au département est pour l’heure de 37 000 euros, il en faudrait 200 000 pour répondre aux besoins des 80 exploitants qui ont été déclarés éligibles à cette aide exceptionnelle. Un complément est attendu, mais sans grande conviction.
Le Gers produit chaque année quelque 65 millions de litres de lait. A la fin du mois d’août, la direction départementale de l’équipement et de l’agriculture (DDEA) avait recueilli 40 souhaits de cessation totale ou partielle d’activité, représentant 6,6 millions de litres. Si leur objectif est de toucher des indemnisations, les cédants ne sont en aucun cas assurés d’y parvenir. Il faut pour cela que d’autres producteurs – régionaux - achètent leurs quotas, ce qui est loin d’être gagné vu la conjoncture actuelle. « L’an dernier, les 26 éleveurs laitiers qui s’étaient fait connaître auprès de nos services ont tous été indemnisés », explique-t-on à la DDEA. « Mais sur cette campagne, nous ne sommes guère optimistes. » A moins que l’Etat fasse un geste et indemnise tout le monde en plus des indemnisations exceptionnelles dégagées dans le cadre de son plan laitier. On n’en est pas là. Pour l’instant, l’indemnisation est fixée à 15 centimes le litre pour les 100 000 premiers litres, 8 centimes pour les 50 000 suivants, 5 centimes pour les 50 000 qui suivent et ainsi de suite jusqu’à 1 centime. Le maximum d’indemnisation pouvant être touché est de 25 000 euros.
« Nous souhaitons des aides directes aux producteurs », indique le président du Modef. « C’est indispensable sur le court terme. Ces aides devraient être de 500 euros par vache plafonnés aux 50 premières vaches et être dégressives ensuite. » Pour André Belvèze, « il faut que l’Etat prenne en charge les cotisations MSA et les emprunts d’intérêts et que les banques autorisent un report. » Sur le plus long terme, le Modef souhaite la fixation d’un prix du lait rémunérateur, qu’il évalue à 40 centimes le litre, alors qu’aujourd’hui il se situe entre 26 et 28 centimes. Ce prix de 40 centimes avait été atteint en 2007 alors que la quantité écoulée était moindre. « Les quotas sont un régulateur du marché. Si on les supprime, les producteurs vont se mettre à produire énormément, et cela à des prix dérisoires. »
L’augmentation significative du prix du lait est également l’une des propositions phare de la Confédération paysanne, qui se satisfait de voir Bruno Le Maire enclin à l’établissement d’une régulation européenne encadrée par les pouvoirs publics. Le syndicat a dernièrement eu l’occasion d’expliquer quelle différence il faisait entre une régulation et une maîtrise des marchés. Il souhaite le maintien d’un système de maîtrise publique et demande également que soit remise en cause la décision de supprimer les quotas à l’horizon 2015. Sur le long terme, la Confédération paysanne préconise une adaptation de l’offre et de la demande européenne, et une répartition équitable des volumes entre régions. Pour ce qui est des mesures d’urgence, elle propose de revoir à la baisse les volumes produits par exploitation afin de baisser les stocks, et de le faire « de façon différenciée en fonction des volumes actuels pour préserver les petits et moyens producteurs », comme l’explique Jean-Claude Chatillon, le porte-parole de la Confédération paysanne du Gers. Cette mesure permettra, selon le syndicat, « d’obtenir un prix plus rémunérateur ».
La suppression des quotas est également au centre des préoccupations de la Coordination rurale qui estime dangereux l’abandon d’un tel outil de régulation mais qui estime nécessaire de l’améliorer. « Nous avons une mauvaise gestion des quotas en Europe », souligne Thierry Guilbert, le président de la CR32. Le syndicat propose de prendre modèle sur le Canada et de mettre en place une gestion souple, « au mois », des quotas laitiers en fonction des besoins du marché. « Les quotas étaient une bonne chose mais il aurait fallu qu’ils soient en corrélation avec le marché. Avec la crise, la consommation a diminué mais les quotas sont restés les mêmes. » Et c’est ainsi que les prix canadiens étaient 10 centimes plus élevés l’an dernier que les français (45 centimes contre 35). Maintenir une production de lait de qualité tout en assurant un prix stable et surtout équitable pour les producteurs, telles sont les deux propositions majeures de la Coordination rurale. « Les prix sont garantis jusqu’à la fin du mois de novembre, ensuite ils devraient remonter un peu autour de 30 centimes. » Mais cela restera toujours insuffisant. « Il faut atteindre les 35 centimes pour couvrir les frais, et on ne parle pas encore de gagner de l’argent. » Et d’ajouter : « Certains évoquent une année blanche, nous, nous disons d’accord mais il faut qu’il y ait les prix derrière. Lorsqu’un transformateur achète le litre 26 centimes, il revend le demi-écrémé 55 centimes à un hypermarché qui le vend 10 centimes de plus au consommateur. » La coordination rurale se dit par ailleurs opposée à l’idée de contrats liant producteurs et industriels.
L’ idée d’instaurer une année blanche sur le plan bancaire, fiscal et social a été lancée par la FDSEA et les Jeunes Agriculteurs qui ont multiplié les opérations coups de poing au cours des dernières semaines pour demander une régulation du marché et des prix rémunérateurs. Sans attendre la réunion du 5, ils en appellent à une journée morte à Auch, le 12 octobre, à laquelle ils espèrent rallier le plus grand nombre de personnes, y compris des commerçants. Pour mémoire, la FNSEA avait été la seule à signer avec le gouvernement « l’accord du 3 juin » qui a prévu un prix moyen situé entre 262 et 280 euros pour 1.000 litres, et posé les jalons d’une contractualisation entre producteurs et transformateurs.
Partagée par la France et l’Allemagne, cette idée de contrats a été reprise dernièrement par la commissaire européenne à l’agriculture, à la plus grande satisfaction du ministre Bruno Le Maire. Mariann Fischer Boel a par contre indiqué sa volonté de ne pas fléchir sur les quotas laitiers qui n’ont, selon elle, aucun avenir et qui devront être supprimés comme prévu en 2015. Selon Bruno Le Maire, les quotas pourraient être remplacés par des volumes indicatifs de production de lait. Le volume souhaitable de lait serait défini à l’échelle européenne, permettant ainsi de donner des indications de prix.
Sortira-t-il quelque chose de la réunion du 5 octobre, réunion que certains syndicats qualifient déjà de « grande messe » ? Entre léger espoir et désillusion, les producteurs sont en tout cas très remontés. De nombreuses manifestations sont prévues ce lundi à Bruxelles