Les entreprises de TP interpellent les élus

par B.M 2 juillet 2010

Dans un courrier adressé fin juin à 500 maires et présidents de regroupements intercommunaux de Midi-Pyrénées, la Fédération régionale des travaux publics somme les élus d’engager des projets routiers afin de permettre au secteur, bien mal en point, de s’en sortir. Sans cela, « nos entreprises prendront alors les mesures qui s’imposent », déclare la FRTP. Sous-entendu, elles seront amenées à licencier.

La Fédération des travaux publics de Midi-Pyrénées a adressé fin juin un courrier à tous les maires de plus de 2000 habitants (une douzaine dans le Gers) ainsi qu’aux présidents des intercommunalités régionales, afin de « tirer la sonnette d’alarme » sur la situation économique des entreprises de ce secteur. Quelque 500 élus ont reçu la missive dans laquelle le président de la Fédération régionale, Bruno Cavagné, ne mâche pas ses mots et menace : « Si les collectivités locales sont contraintes de renoncer à investir durablement dans les infrastructures publiques, que ce soit dit clairement. Nos entreprises prendront alors les mesures qui s’imposent. Elles arrêteront de faire le dos rond et d’encaisser les coups, elles ne reporteront plus l’adaptation du personnel au marché. Les unes seront amenées à se séparer, sans gaieté de cœur, d’une partie de leur personnel, les autres à mettre la clé sous la porte, laissant des familles entières sur le carreau. »

Durcir le ton, mettre « les collectivités locales face à leurs responsabilités », voilà le but de la FRTP. « Il faut mobiliser les élus » explique un responsable régional. « Nous nous rendons compte que les communes sont de plus en plus frileuses. C’est pourquoi nous nous adressons aux élus, ils ont de l’argent. Et ils en auront encore pour au moins les deux ans qui viennent puisqu’ils ne perdront pas d’argent en 2010 et 2011 à cause de la réforme de la TP. On verra alors ce qu’il se passera en 2012. »

Le chiffre d’affaires des entreprises de TP dépend à 73 % de la commande publique, à 54 % des communes et intercommunalités. D’après une enquête réalisée par l’institut BVA pour le compte de la FRTP, 100% des entreprises régionales sondées jugent leur santé financière inquiétante (1), les deux-tiers ont un carnet de commandes inférieur à 3 mois, les trois-quarts n’envisagent aucun recrutement pour les deux ans à venir et un quart envisage même une baisse des effectifs permanents. Quant aux pertes d’emplois, elles sont estimés à un millier sur trois ans.

« Il faut que les élus lancent des travaux, la population est demandeuse. » L’enquête BVA fait en effet apparaître que sur les 300 personnes interrogées, 80 % estiment que les élus doivent continuer à investir.

Cet appel de la FRTP ne vise pas uniquement les grands axes. La Fédération souhaite mobiliser « les élus de toutes les communes » sans exception, et dénonce une certaine « frilosité » parmi les élus « des petites communes ».

Concerné au même titre que les autres départements par cet appel du pied sans ménagement, le Gers n’est pas en manque de projets. Le doublement de la RN 124 mobilise de nombreux fonds publics, des zones d’activités sont amenées à se développer de parts et d’autres de cet axe, à l’autre bout du département se trouve la bretelle autoroutière contournant la commune de Barcelonne-du-Gers, sans oublier des réfections de routes ici ou là. Mais cela n’est pas suffisant aux yeux de la FRTP. D’autant que les entreprises régionales, et gersoises en particulier, ne bénéficient pas toujours de ces chantiers.

Lors d’une récente réunion organisée (début juin) à Auch par la Fédération gersoise du BTP (2), certains entrepreneurs se sont en effet plaints de la concurrence déloyale que leur font subir certains grands groupes, originaires d’Aquitaine notamment, « qui font travailler des sous-traitants roumains ». « Lorsqu’il y a appel d’offres, nous recevons les dossiers plus tard que certains autres ou l’on nous donne différents prétextes lorsque notre dossier n’est pas retenu » a lancé un chef d’entreprise avant d’ajouter : « Beaucoup d’entreprises souffrent dans le département où l’on crée pourtant des emplois, où l’on participe à la vie locale en sponsorisant le rugby. » Et d’ajouter : « S’il était possible, non pas de nous privilégier, mais de faire au moins attention à l’origine de l’entreprise, ce serait bien. »

Tous secteurs, bâtiments et travaux publics, confondus, le Gers a connu, au cours des derniers mois, une baisse de l’intérim et une hausse des dépôts de bilan. « Mais dans l’immense majorité des cas, il s’est agi de petites entreprises dont les trois-quarts avaient déjà des difficultés avant la crise » a tempéré le préfet du Gers lors de cette même réunion. Egalement présent, le maire de Auch, Franck Montaugé, a demandé aux chefs d’entreprise « de faire du lobbying auprès de l’Etat pour que les collectivités locales aient encore longtemps une capacité de financement. » Tandis que Philippe Martin assurait : « Tout ce nous pourrons économiser, nous le mettrons sur l’investissement. Mais ce qui paralyse les collectivités locales, c’est le manque de lisibilité. »

Un discours que dénonce aujourd’hui la FRTP. « Par leur immobilisme, les élus paralysent l’emploi », reproche-t-elle, tout en reconnaissant une part de responsabilité à l’Etat. « Ce n’est ni le prix du pétrole, ni les cours de la bourse, ni la demande internationale qui conditionnent notre activité mais bel et bien les choix de l’État et des collectivités locales. »

(1) Le nombre de réponses obtenues dans le Gers est trop faible pour qu’un zoom puisse être réalisé sur ce département « sans trahir le secret statistique et la confidentialité des entreprises », explique la FRTP. Les données sont donc régionales.
(2) Organisée début juin, cette réunion avait pour thème « Quels projets pour le Gers sur les 4 prochaines années ». Outre des entrepreneurs et les représentants de la FFB, étaient présents le préfet du Gers Denis Conus, le maire de Auch et le président du conseil général.





Vos commentaires :

  1. Envoyé le 6 juillet par jeanlecep@.... :

    « Cette crise va obliger les "responsables" publics à devenir conscients que l’argent de leurs budgets vient toujours de la même source....c’est à dire de l’impôt collecté... sur les entreprises privées.
    Cela obligera également les "responsables" privés à arrêter leurs magouilles que ce soit en distribuant à certains décisionnaires public... ou en "tapant" comme des sourds sur des devis qui défient l’entendement...
    Le mot de la FIN.... :
    "Dieu rit de ceux qui déplorent les effets dont ils chérissent les causes" (Bossuet).
    CQFD... »



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