Les agriculteurs interpellent
les parlementaires

par Béatrice Millésime 13 novembre 2009

Après les dernières manifestations coups de poing organisées par les Jeunes agriculteurs et la FDSEA, le ton de ces derniers, bien que ferme, était beaucoup plus modéré devant les parlementaires gersois, ce vendredi 13 novembre. Presque didactique, le discours tenu par les organisations syndicales a été étayé de nombreux chiffres et développements, afin d’expliquer « ce que c’est qu’être exploitant » aujourd’hui. Objectif : que les députés relaient leurs propos aux plus hautes autorités de l’Etat.

C’est sur l’exploitation de Christophe Artigau, à Montaut les Créneaux, que se sont retrouvés élus et professionnels. Jeune agriculteur ayant repris l’exploitation de son père, à la fin de l’année 2006, Christophe Artigau a démarré son activité dans un contexte favorable avant de déchanter rapidement. « L’exploitation était saine lorsque je l’ai reprise », précise-t-il. « Or, entre 2007 et aujourd’hui, mes revenus ont diminué de moitié. Si, en 2007, nous avions des prix rémunérateurs, il nous est aujourd’hui impossible de dégager un revenu digne. » Son exploitation s’étend sur 130 ha, dont 100 ha dédiés aux céréales, tandis que le reste est consacré à l’élevage de 15 vaches. Alors que les revenus ont chuté de 50 %, les charges, c’est-à-dire les intrants, ont augmenté de 16 % depuis 2006 et « mon revenu se dissout à la vitesse grand V. On a un besoin urgent en trésorerie ».
Le plan Sarkozy ? De la poudre aux yeux, selon Christophe Artigau qui, en tant que jeune agriculteur, bénéficie déjà de certains avantages annoncés par le président de la République, comme les prêts à taux bonifiés ou le remboursement de la TIPP. « Si je dois en tirer un bénéfice, il sera de 800 euros à l’année. Qu’est-ce que je vais faire avec ça ? » La FDSEA et les JA estiment que le Plan Sarkozy engendrera une aide moyenne de 1300 euros, « soit au plus 1/10e du manque ».

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Henri-Bernard Cartier face à Philippe Martin et Françoise Castex

Sur le seul département du Gers, le manque à gagner pour le blé est estimé à 36 ME, 17 ME pour le tournesol, 8 ME pour le lait et 7 ME pour la viticulture.

Les agriculteurs disent avoir travaillé, en 2009, pour rien ou pas grand chose. D’où leur désir, réitéré, de bénéficier d’une année blanche. Selon eux, près de 39 % des exploitations dégagent moins que le RMI (*) et 14 % se situent entre le RMI et le SMIC.

Aymeri de Montesquiou étant retenu par ailleurs, les parlementaires présents, les socialistes Philippe Martin, Gisèle Biémouret, Françoise Castex et le PRG Raymond Vall, ne pouvaient être dans une meilleure posture que celle consistant à critiquer les politiques agricole gouvernementale et européenne.
« Nous sommes très préoccupés par les problèmes agricoles et nous ne manquons pas d’interpeller le ministre à ce sujet » a indiqué Raymond Vall avant d’ajouter : « Vous n’avez pas besoin de prêt mais d’argent. » Pour Gisèle Biémouret, l’une des solutions serait de « relocaliser les productions ». La député européenne Françoise Castex a déclaré que « l’on est en train de décommunautariser la PAC » et qu’il faut « donner les moyens à l’Etat d’avoir des usines en France qui produisent des engrais ». Quant à Philippe Martin, il a notamment critiqué « les rendez-vous manqués » de l’Etat. Que ce soit la venue reportée du ministre Mercier ou le discours sur l’agriculture que Nicolas Sarkozy n’a jamais tenu jeudi 12. « Nous sommes avec vous. Ce n’est pas dans la nature des agriculteurs de quémander. Mais il faut savoir que les élus qui défendent la ruralité sont de plus en plus rares à l’Assemblée. Ce sont de plus en plus les élus urbains qui dictent leur loi. »

Parlementaires et agriculteurs sur la même longueur d’onde ? Henri-Bernard Cartier a jeté un voile sur cette apparente entente cordiale. Courroucé, le président de la chambre d’agriculture du Gers a dit vouloir mettre les élus devant leurs responsabilités. « Nous ne nous sentons pas soutenus par nos élus locaux » a-t-il lancé. « Des libéraux, il n’y en a pas qu’à droite. Il y a une constante à droite comme à gauche. »

Pour Henri-Bernard Cartier, au-delà des charges à la hausse et des prix à la baisse, « il y a également les contraintes environnementales qui plombent l’agriculture française (…) Il faut que l’on soit compatible partout, mais il n’y a que nous qui le faisons. Les Américains n’ont pas les mêmes obligations, on va importer des poulets de Thaïlande sans droits de douane, on peut donner des tas d’exemples. Nous travaillons à flux tendu. Tant que la production ne sera pas stabilisée, nous serons en déficit permanent. » Et d’ajouter : « Il faut repenser l’agriculture. Nous sommes des citoyens et donc concernés comme tous par les réalités environnementales. Nous ne les refusons pas mais nous avons des contraintes réglementaires alors que nous sommes dans une compétition internationale où les autres pays ne les respectent pas. Nous avons un boulet au pied. »

De son côté, Christophe Lenaerts, le président des JA a déploré le fait que « les directives européennes sur l’environnement sont à chaque fois durcies par la France » et Rémy Fourcade, le président de la FDSEA, a eu la formule suivante : « Les agriculteurs sont pris entre deux feux : les libéraux et les environnementalistes. » Dernier sujet « environnemental » qui fâche : la taxe carbone. Pour l’instant, les agriculteurs ignorent encore quel en sera le mode de calcul mais ils s’en désolent d’avance. « Ce sera une charge supplémentaire » a reconnu Philippe Martin. « Vous paierez doublement, en tant qu’agriculteur et en tant que citoyen. »

(*) pour chacune de leur UTH, unité de travail humain.



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