« Le bio, c’est un autre monde »

par Béatrice Millésime 15 juin 2011

Michel Lascours est installé dans le Gers depuis 1991. Il exploite 80 ha en fermage dont 50 ha sur Endoufielle et 30 ha répartis entre Lias et Cazaux-Savès dont 8ha est en propriété. Il cultive majoritairement des céréales (orge, blé dur, avoine, triticale) et 2 ha sont consacrés à des cultures légumières : ail, oignon, échalotes, etc. Michel Lascours a entamé la conversion biologique de ses légumes voilà deux ans, et a poursuivi l’année suivante pour une partie des surfaces céréalières, 50 ha exactement. « Les 30 ha restant ont des voisins trop proches, la conversion n’est pas possible. » explique-t-il. « Pour les parcelles en conversion, j’ai implanté des zones tampons, de l’herbe, pour les protéger. »

Qu’elle concerne la production légumière ou les céréales, la conversion en bio durera deux ans. Au terme de cette période, les récoltes seront certifiées par Ecocert. Michel Lascours obtiendra une licence d’engagement au respect du mode de production biologique. Elle lui sera renouvelée tous les ans après contrôle.

« Cela faisait déjà longtemps que je cherchais à quitter l’agriculture conventionnelle, mais c’est la demande de la clientèle qui m’a définitivement décidé. C’est elle qui a accéléré mes démarches. » Notification à l’Agence bio, choix de l’organisme certificateur, audit, dossier auprès de l’Adasea (Association départementale pour l’Aménagement des Structures des Exploitations Agricoles), demandes d’aides financières, les démarches pour convertir une exploitation en agriculture biologique ne sont pas insurmontables ; elles n’en restent pas moins très codifiées. « Le cahier des charges est très précis » explique Michel Lascours. « Il fixe comme règles de ne plus employer de produits de synthèse, de travailler avec des semences non traitées. »

Des aides financières sont prévues par la politique agricole commune. Annuelles et renouvelables, elles sont pour l’heure garanties jusqu’à la réforme de la PAC en 2013. Michel Lascours perçoit 200 E l’hectare pour les céréales et 300 E pour les légumes.

Selon lui, se lancer dans l’agriculture biologique revient à pénétrer dans « un autre monde ». Il faut accepter certaines difficultés, une nouvelle manière de travailler, quelques remises en cause. « On ne raisonne plus à la parcelle et à l’année comme on le fait en agriculture conventionnelle » précise-t-il. « On raisonne plutôt de manière globale et sur plusieurs années ; on prévoit des rotations avec des légumineuses ce qui permet de fertiliser les sols. Sinon, il faut utiliser des engrais organiques, à base d’algues ou notamment. »

Michel Lascours privilégie des rotations sur cinq ans « car elles ont un grand impact agronomique. » « On peut mettre de la féverole, ensuite du blé ou du triticale, puis du soja, du tournesol et ensuite de la luzerne qui va régénérer le sol et apporter de l’azote. »

Michel Lascours le reconnaît : cultiver des céréales bio n’est pas toujours simple, notamment pour une céréale comme le blé, qui est une culture difficile car elle nécessite une grande maîtrise de l’enherbement. « Globalement, il faut compter 20% de travail en plus lorsque l’on produit de l’agriculture biologique » affirme-t-il. « Le travail est plus technique, le bio demande beaucoup de maîtrise et d’observation. » Il faut également envisager l’idée qu’une partie des récoltes puisse être perdue du fait des ravageurs, des maladies.

Produire bio demande enfin d’investir dans certaines machines (bineuse, herse étrille) pour assurer le désherbage mécanique. Cela a un coût, « mais lorsque l’on regarde ce que coûtent les pesticides, cela n’a rien de comparable » souligne l’exploitant. « En 2009, sur mes 80 ha, j’ai dépensé 19 000 euros de produits phytosanitaires. C’est d’ailleurs une des raisons pour lesquelles j’ai choisi de passer au bio. A l’inverse, l’achat d’une herse étrille coûte 8000 euros et cet achat est financé à 40 % par le PVE, le plan végétal pour l’environnement (*). »

Michel Lascours est pleinement confiant quant à la viabilité financière de sa future exploitation bio. Il ne montre non plus aucun signe d’inquiétude quant aux nouveaux défis techniques qui se présentent à lui. « On essaie beaucoup de choses quand on fait du bio, on réfléchit, on échange, on essaie. Je me demande par exemple en ce moment si la traction animale ne serait pas intéressante pour l’entretien des 2ha en cultures légumières. »

(*) Le PVE est un dispositif national visant à subventionner des agro-équipements environnementaux.