La difficile coexistence des cultures OGM et non-OGM

par La rédaction 4 juin 2009

« La coexistence entre cultures OGM et non-OGM n’est possible qu’en employant des distances d’isolement importantes ou des zones de production dédiées. » Telle est l’une des conclusions du programme européen Co-Extra (coexistence et traçabilité), présentée mardi 2 par Yves Bertheau, directeur de recherche à l’Inra et coordinateur du programme lancé il y a quatre ans. Le but de ce programme était de voir comment faire coexister les cultures OGM et celles qui ne le sont pas, et aborder la question de la traçabilité des OGM dans l’alimentation animale et humaine.

Voici quelques extraits du rapport final de l’Inra :

- Les sources principales de présence fortuite, d’OGM vers le maïs non-OGM, à la récolte restent les impuretés des semences, la pollinisation croisée, et le transfert par les machines. Les teneurs moyennes potentielles de présence fortuite se produisant à diverses étapes pendant la production agricole peuvent rester conformes au seuil européen de 0.9 % d’étiquetage (1). »

- Les résultats de Co-Extra démontrent que la teneur finale en OGM dans le produit final reste semblable à celui de la teneur initiale dans les semences pour les variétés courantes d’OGM (mais différera avec les OGM à empilages de gènes), elle dépend fortement des conditions locales de production (coïncidence ou non de floraison, localisations des champs et conditions climatiques…).
- D’un point de vue légal et économique, des politiques publiques de recherche devraient être développées.

- La pureté des semences est de la plus grande importance pour assurer la coexistence au champ. Le seuil de présence fortuite dans les semences devrait non seulement être inférieur au seuil d’étiquetage de 0,9% mais également laisser suffisamment de marge de sécurité pour rendre possible la coexistence au champ.

- D’une manière générale, les compagnies européennes n’ont pas encore été confrontées à la coexistence OGM / non-OGM car la production européenne d’OGM est actuellement limitée et la plupart du temps, sinon complètement, utilisée en alimentation animale. Les produits dérivés pour animaux n’étant pas étiquetés, la coexistence n’est donc actuellement pas un problème.

- Il paraît difficile de mettre en pratique une coexistence entre produits OGM et non-OGM dans les mêmes filières quand la pression OGM est forte. Elle est seulement viable d’un point de vue économique s’il existe une différentiation de prix entre les deux types de produits sur le marché. Ce n’est pas toujours le cas, et en conséquence certains opérateurs ont donc cessé d’opérer une ségrégation entre les aliments OGM et non-OGM à destination des animaux.

- Les consommateurs européens des pays étudiés acceptant rarement des produits OGM dans leur alimentation, ils se refusent dès lors à payer pour une différentiation de produits étiquetés comme contenant des OGM au-dessous du seuil d’étiquetage de 0.9%. En dehors des bénéfices, tels que ceux liés à la tolérance aux herbicides, à de meilleurs rendements ou à de plus fortes teneurs en certaines substances, identifiés pour les agriculteurs et semenciers, lors de la production et de la transformation de variétés OGM, les consommateurs considèrent les éventuels avantages apportés par les OGM comme tout à fait vagues, immatériels et difficilement convaincants.

- Les opérateurs emploient un seuil pratique (généralement à 0.1%) bien au-dessous du seuil d’étiquetage européen à 0.9%, pratique commune à d’autres secteurs relevant d’un seuil de sécurité ou de qualité. Cette observation de la réalité prouve que la coexistence entre agriculteurs n’est possible qu’en employant des distances d’isolement importantes ou des zones de production dédiées.

(1) Tout produit contenant plus de 0,9 % d’OGM autorisés doit être étiqueté.



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