La chambre d’agriculture veut « un climat plus serein »

par Béatrice Millésime 25 novembre 2011

A quelques jours de la visite de Nicolas Sarkozy dans le Gers, prévue pour mardi 29, et de l’organisation d’une table-ronde sur l’agriculture, à laquelle participera le président de la chambre d’agriculture, Henri-Bernard Cartier a décidé de s’adresser à la société civile. Pour éviter de nouvelles levées de boucliers, comme celles provoquées dernièrement par les projets de poulaillers industriels, il propose un pacte de confiance avec les consommateurs.

C’est lors de la session de la chambre d’agriculture, qui s’est tenue ce vendredi 25, qu’Henri-Bernard Cartier a officiellement lancé sa démarche « pacte de confiance ». Ce genre de démarche n’est pas nouveau dans le monde agricole, la FNSEA avait notamment placé son dernier Congrès sous le même thème, mais rien de tel n’a jamais été entrepris dans le Gers. Le président de la chambre d’agriculture s’en explique.

Route 124 : Pourquoi lancer cette année l’idée d’un pacte de confiance ?
Henri-Bernard Cartier : Cette idée fait suite à ce que nous venons de vivre dans le Gers [avec les projets de poulaillers industriels de Vivadour, ndlr]. Si nous ne voulons pas aller vers une opposition systématique, il faut ouvrir des dialogues et mettre en place les moyens pour y parvenir. Il y a des organisations élues dans ce département, où l’on affirme des choses par rapport aux enjeux de notre métier. Il faut que nous soyons capables d’en parler à l’extérieur. L’agriculture et l’agroalimentaire représentent 44 % de l’emploi dans le Gers. 30 % du chiffre d’affaires de ce département provient de l’agriculture. Le problème est que la réalité de l’agriculture a changé plus vite que son image. Il faut que l’agriculture ait des projets et qu’elle les explique. Nous sommes très heureux d’accueillir de nouvelles populations dans le Gers mais il ne faut pas que cela soit un frein au développement économique de ce département. Pour cela, il faut parler. Si nous ne prenons pas la main, d’autres le feront.

Quelles formes va prendre ce nouveau dialogue ? Est-ce que vous allez créer de nouvelles rencontres à l’instar de la Journée du Nouvel Arrivant ?

H.-B. Cartier : Rappelons que le Gers est le premier département à avoir lancé cette Journée du Nouvel Arrivant. Nous avions déjà conscience du fossé existant entre nous et la population. Cette opération continuera, mais elle n’a lieu qu’une fois par an. Il nous faut autres choses. Nous verrons quelle forme prendra ce pacte de confiance, nous allons y travailler. Ce qui est certain c’est que cela passera par un document dans lequel nous dirons ce que nous voulons promouvoir. Nous irons au devant de toutes les bonnes volontés : les politiques, les environnementalistes (1), les consommateurs. Notre objectif est d’établir un dialogue et traiter la problématique sous trois aspects : économique, social et environnemental. Nous aspirons à un climat plus serein. Dans le même temps, il y a des trains qui passent et nous souhaitons monter dedans.

Quand ce document doit-il voir le jour ?

H.-B. Cartier : Nous allons travailler sur la maquette avec la chambre d’agriculture et les organisations économiques. Il n’y a pas de calendrier. Nous procéderons étape par étape.

La Fnsea a également proposé un pacte de confiance en avril dernier et Orama (*) avait fait la même chose en 2009. Est-ce le succès de ces démarches, si succès il y a, qui vous poussent à faire de même ?

H.-B. Cartier : En tant que vice-président d’Orama, j’ai participé à la mise en place du pacte de confiance auquel vous faites allusion, et, en effet, on commence à en voir un peu les retours même si cela ne peut être comparable avec notre démarche puisque cela se passait au niveau national. Un travail a été fait auprès de mouvements écologistes mais aussi beaucoup d’écrivains qui écrivent sur l’agriculture, et on s’est rendu compte que les choses pouvaient évoluer. Je pense que c’est le moment opportun pour tisser des liens.

(*) Union regroupant plusieurs associations (de blé ou de maïs) de la Fnsea.



(1) Le collectif « Bien vivre dans le Gers » estime, dans un communiqué, que ce pacte de confiance arrive bien tard, après que le préfet du Gers a autorisé la construction de deux poulaillers industriels.

« On impose et on propose de discuter en pleine confiance après ! » s’indigne le président du collectif Jean-Bernard Lecroix. « Nous avions proposé la mise en place d’une table ronde afin de favoriser une réelle concertation et des échanges de points de vue sur l’avenir de l’agriculture gersoise et la réelle nécessité de relancer une production industrielle de poulets standards. Comment peut-on proposer de signer un pacte de confiance avec les opposants et les agriculteurs gersois quand on a refusé jusqu’à présent d’entendre leurs arguments ? » Pour Jean-Bernard Lecroix : « Il y a sans aucun doute un fossé entre l’agriculture que défend obstinément Monsieur Cartier et les Gersois. Mais, bien heureusement il n’y a pas de fossé entre les agriculteurs et les Gersois. Beaucoup sont opposés à l’industrialisation de notre agriculture et la subissent dans leur exploitation. » Et de poursuivre : « On voudrait nous faire signer un pacte de confiance, quelle ironie, les conditions sont loin d’être réunies et nous continuerons à nous opposer et à dénoncer les projets de Vivadour ainsi que ceux à venir tirant l’agriculture gersoise vers des productions industrielles de bas de gamme. »



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