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Entre le projet des Portes de Gascogne et la loi de modernisation de l’économie, les commerçants de l’est du département s’interrogent. Qu’en sera-t-il du petit commerce dans les dix prochaines années ? Certes, le commerce de ce secteur n’est pas le plus mal en point dans le Gers mais cela n’enlève rien aux inquiétudes. Et ce n’est ni l’extension annoncée de la zone Pont-Peyrin, ni les projets de zones d’aménagement le long de la RN 124 qui sont faits pour rassurer.
Aucune étude récente n’analyse le comportement d’achat des Gersois. La dernière date de 2001 et c’est cette même étude qui a été reprise dans le schéma de développement commercial de 2004. L’évasion était alors estimée à 18 % sur l’ensemble du Gers : 8 % pour l’alimentaire, 24 % pour la culture et les loisirs, et 29 % pour l’équipement à la personne. La CCI se prépare à lancer une nouvelle enquête auprès des ménages en 2009. Aura-t-elle des conclusions différentes de celles de 2001 ? En matière de culture et d’équipement de la personne, les enseignes ne se sont pas multipliées. Loin s’en faut. Leur rareté est toujours criante. Alors, les projets commerciaux qui s’annoncent ici ou là, au premier rang desquels le projet des Portes de Gascogne, ne peuvent qu’inquiéter les petits commerces de l’est du département. Validé le 21 octobre par la CNEC (1), ce projet n’a pas fini de faire parler de lui.
« Nous sommes très inquiets » explique Danièle Marion, la présidente de l’association des commerçants de l’Isle-Jourdain, « L’Islaction ». « Si ce projet des Portes de Gascogne se fait, nous allons énormément souffrir. Ici à l’Isle-Jourdain mais pas seulement. Blagnac également et bien d’autres. »
Auch ne sera pas en reste. Le schéma de développement commercial de 2004 a montré que les habitants de Masseube, Mirande ou même Lombez, ne se déplaçaient guère vers Toulouse pour faire leurs courses. Lorsqu’ils ne trouvaient pas leur bonheur près de chez eux, ils cherchaient ailleurs dans le département. Sous-entendu à Auch.
A la CCI, certains pensent que les Portes de Gascogne engendreront une perte de la clientèle sur Auch d’au moins 5 % pour une enseigne comme Leclerc. Personne à la direction de l’hyper n’a pu valider ce chiffre. Et chez Carrefour, on estime qu’il est beaucoup trop tôt pour tirer des plans sur la comète.
Quoiqu’il en soit, le projet de Plaisance-du-Touch fait toujours des mécontents. Le collectif citoyen « Non aux Portes de Gascogne » vient de fêter son 400e adhérent et cela est sans compter sur les nombreux élus qui ont manifesté leur opposition au projet. « 115 des 117 communes alentour ont dit non » souligne Progreso Marin, le président du Collectif. Relativement confiant, ce dernier pense d’ailleurs « que le projet ne se fera pas ». Pas question néanmoins de baisser la garde. Commerçants et artisans toulousains ont décidé de se pourvoir en cassation suite à la décision de la CNEC. De son côté, le collectif prévoit une réunion le 7 décembre au cinéma Utopia de Tournefeuille, avec la projection d’un film sur la grande distribution, et une grande marche début 2009.

« C’est un projet obsolète, dépassé, qui ne correspond plus à ce qu’il se fait aujourd’hui. La tendance est plutôt au rapprochement des consommateurs et des producteurs, comme on le voit avec les Amap (2) par exemple. Elle n’est pas à des projets aussi immenses, impliquant la circulation de milliers de voitures. »
Pour Progreso Marin, « la CNEC a pris une décision à la va-vite sans avoir à sa disposition l’avis du maire de Toulouse et des autres maires. De plus, pour pouvoir se faire, le centre doit obtenir le déclassement de deux routes départementales. Or, le conseil général n’est pas d’accord. » Et le président du collectif de « faire parler son subconscient », comme il le dit en souriant : « S’il se fait, les ravages seront grands, en particulier à l’Isle-Jourdain, qui se trouve à une portée de fusil de ce projet. »
Bien que L’Isle-Jourdain soit un secteur actif sur le plan commercial, les commerçants, qui disent avoir déjà énormément souffert avec le projet commercial de Blagnac, craignent le pire. « Il y a eu des enquêtes sur le sujet » explique Danièle Marion. « Un emploi créé en grande distribution, ce sont deux emplois supprimés en périphérie. » Depuis le mois d’octobre, 36 commerces de L’Isle-Jourdain se sont associés pour créer une carte d’abonnement collective. Une manière de faire bloc.
Outre le projet Portes de Gascogne, la loi de modernisation de l’économie n’est pas faite pour rassurer les commerçants. Cette loi prévoit de ne plus soumettre les projets commerciaux à autorisation à partir de 300 m2 comme jusqu’ici, mais à partir de 1000 m2. Ce qui laisse craindre une multiplication des hard-discounts. « Ce serait une catastrophe si de telles enseignes s’installaient encore » s’inquiète Danielle Marion. Cette loi doit normalement entrer en vigueur au mois de janvier prochain, mais pour l’heure, aucun décret n’est paru. Il semble même qu’une grande confusion règne au niveau du gouvernement, où il est bien difficile d’obtenir des renseignements sur les changements à venir en matière d’urbanisme commercial. Bizarrement, ce n’est d’ailleurs pas auprès du secrétariat d’Etat en charge du commerce que l’on obtient quelques bribes de réponses, mais auprès du secrétariat d’Etat en charge de l’Industrie et de la consommation.
Dans ce contexte-là, le préfet du Gers n’a évidemment pas encore pris l’arrêté de composition de la Commission départementale d’aménagement commercial, qui remplacera la CDEC (3) actuelle. Ce qui est sûre, c’est que la CCI n’en fera plus partie.
Pendant que le petit commerce est aux aguets, Pont-Peyrin poursuit son développement. Cette zone d’activités a inauguré son deuxième tronçon, samedi 8 novembre. D’une surface de 14 ha, Pont Peyrin II réserve 6 ha aux commerces. Il est prévu que le magasin Champion du centre-ville se déplace vers cette zone pour se transformer en un Carrefour Market de 3000 m2, et s’entourer d’une galerie marchande de 300 m2. Déménagement également prévu pour un Logimarché, qui deviendra un Bricomarché, ainsi que pour l’enseigne « Chaussures du Château », autour de laquelle graviteront également quelques boutiques. 40 % des 6 ha sont déjà vendus. Les premières ouvertures se feront fin 2009, début 2010.
La communauté de communes a d’ores et déjà engagé une troisième phase d’aménagement. Pont-Peyrin III aura une surface de 14 ha, dont 10 ont d’ores et déjà été acquis. Un mix activités/commerces est également prévu sur cette dernière partie. « Avoir des galeries marchandes sur Pont-Peyrin est très ennuyeux pour nous » indique Danielle Marion. Et quand on évoque avec la présidente de l’association les projets d’aménagement prévus le long de la RN 124 (lire notre article ), celle-ci n’est pas plus optimiste. Bien qu’il ne soit question à ce stade de l’étude que de projets d’activités. « On verra. On nous avait dit aussi pour Pont-Peyrin I qu’il ne s’agirait que d’activités, et non de commerces. Et puis on a vu s’installer Gamm Vert. Alors, vous savez… »
(1) Commission nationale d’équipement commercial.
(2) Associations pour le Maintien d’une Agriculture Paysanne.
(3) Commissions départementales d’équipement commercial.