"Kolyma" nous laisse sur notre faim

par B.M 15 juin 2010

"Enfant 44" était à la fois un polar et un livre d’histoire brillamment romancé. "Kolyma" n’est ni l’un ni l’autre, tout juste un roman d’action sans grand intérêt.

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"Kolyma" débute en 1956, trois ans après la mort de Staline et la fin d’"Enfant 44". Léo Demidov essaie de refaire sa vie professionnelle comme responsable d’une brigade des homicides, et construire une nouvelle famille avec sa femme et ses deux filles adoptives, dont les parents sont morts par sa faute. Sauf que Léo vit dans le remords. Ses anciennes victimes le hantent, les actions commises alors qu’il était officier du KGB ne le quittent pas, et il ressent chaque jour, aidé par le regard haineux de la plus grande de ses filles adoptives, un dégoût profond pour ce qu’il a été. Et ce n’est pas le XXe Congrès du Parti communiste soviétique, au lendemain duquel se déroule l’action, qui vient apaiser ses souffrances. Khrouchtchev y a condamné les crimes de Staline et transformé du même coup en parias ceux qui les ont commis.

Léo et sa fille ne sont pas les seuls à ne pouvoir tourner la page. D’anciens officiers se suicident, d’anciennes victimes organisent leur vengeance. L’une d’entre elles s’est d’ailleurs jurée de mener la vie rude à Léo. C’est elle qui provoquera son départ vers le goulag de Kolyma, où Léo devra affronter la colère de ceux qu’il a fait déporter, et vers la Hongrie où il assistera aux soulèvements de 56.

Les scènes, qui devraient être empreintes de suspense, se suivent sans captiver. La crédibilité de certaines d’entre elles laisse même à désirer, telle l’insurrection de Budapest. Léo n’est plus le personnage attachant d’"Enfant 44". Omniprésents, ses remords finissent par agacer. En voulant faire de "Kolyma" un livre de réflexion sur la culpabilité et la rédemption, Tom Rob Smith en fait trop et nous déçoit.

"Kolyma", Tom Rob Smith, Belfond, 22 euros.