« Il nous faut rompre l’isolement des gens »

par Béatrice Millésime 7 octobre 2011

Labellisé par l’Etat, au printemps dernier, le Pôle d’excellence rurale Gers Santé Ruralité a été officiellement lancé le mardi 4 octobre. Le suivi de ce PER a été confié à l’Union départementale des centres communaux d’action sociale. Quels sont les défis à venir en matière de santé publique ? Quels moyens vont être mis en œuvre pour permettre un égal accès de la population aux soins ? Interview de Jean-François Célier, le président de l’UDCCAS 32.

Route 124 : Comment est née l’idée de ce PER ?
Jean-François Célier : Le PER est parti d’un constat alarmant, tiré par le maire d’Auch Franck Montaugé, sur la démographie médicale. La moyenne d’âge des médecins dans le Gers est de 55 ans et certains cantons comme Aignan ou Miradoux sont particulièrement touchés. Il est donc apparu qu’il y avait un risque majeur de disparition de l’offre de soins et que les personnes âgées étaient les plus touchées par ce problème. J’ai tout de suite été associé à la réflexion en tant que président des CCAS.

Le PER repose sur deux volets : la création d’un réseau de télémédecine, piloté par l’hôpital d’Auch, et le développement de la santé à domicile. Avant de les détailler, pouvez-vous nous dire comment ce PER s’imbrique avec les projets de maisons de santé pluridisciplinaires prévues par la loi Hôpital Patients Santé Territoires ?
Nous nous sommes rapprochés, voilà un an et demi, des médecins gersois qui menaient les projets de maisons de santé, avec l’idée qu’il fallait relier ces maisons entre elles et créer un pôle santé à l’attention des personnes isolées. Par ailleurs, nous savions que l’ARS, l’Agence régionale de santé, souhaitait faire de l’hôpital d’Auch un pivot et que ce dernier avait les moyens de mettre en place la télémédecine. Nous avons donc eu l’idée de passer par un PER pour financer les investissements nécessaires à la création d’un réseau de télésanté et au développement de la santé à domicile. Il nous faut rompre l’isolement des gens, jusque dans les plus petites zones.

Concrètement, en quoi consiste la télémédecine ?
Le but est de créer un dossier médical personnalisé, consultable par les médecins, les spécialistes et les usagers. Nous travaillons depuis plusieurs mois à cette question avec des professionnels régionaux, des opérateurs, des entreprises, pour trouver la solution la plus adaptée à l’usager. Nous cherchons l’outil adéquat permettant à l’usager de contacter le médecin : le téléphone, le téléviseur, l’informatique. Nous savons d’ores et déjà que nous allons passer pendant un an et demi ou deux ans par des phases d’expérimentation. La validation sera faite par le centre d’expertise e-santé du CHU. Nous cherchons un outil simple, dont l’accès sera bien évidemment sécurisé.

Il est également question de nouvelles technologies dans le volet « maintien à domicile ».
Effectivement. Nous avons un souhait, qui correspond à une préoccupation nationale, qui consiste à maintenir le plus longtemps possible les gens à domicile. Il est possible d’utiliser des nouvelles technologies pour cela. Il existe à la fois des appareils qui permettent d’analyser les déplacements de la personne et d’autres qui, installés sur la télévision, par exemple, permettent de garder le contact avec la famille ou avec le médecin. Notre préoccupation en la matière rejoint notre réflexion sur le réseau de télésanté. On peut prévoir la création d’un dossier gérontologique, qui serait le pendant du dossier médical. En matière d’autonomie, on peut également imaginer un service plus étendu, notamment le soir et le week-end. Notre volonté, à l’UDCCAS, est de créer un réseau départemental d’aides à domicile, et avoir des relations encore plus étroites avec les associations. Créer un tel réseau demande beaucoup de travail et de réflexion.

La mise en place du réseau de télésanté verra-t-il le jour en même temps que les maisons pluridisciplinaires ?
Nous nous sommes effectivement calés sur la création de ces maisons qui devraient voir le jour, au moins pour certaines d’entre elles, fin 2012. Nous allons naître en même temps. L’année 2013 sera l’année de réalisation du PER. Nous avons jusqu’à la fin 2013 pour engager les dépenses et lancer les investissements. Ces derniers devront être bouclés fin 2015. Cela paraît loin, mais tout va aller très vite. Peut-être que nous devrons négocier quelques mois supplémentaires avec l’Etat.

Pensez-vous que la création de ces maisons de santé va être suffisante pour renforcer l’offre médicale dans le Gers et attirer notamment des spécialistes ?
Le simple fait qu’il y ait une dynamique locale, une volonté de maintenir l’offre de soins, un réseau de santé et des maisons pluridisciplinaires, peut faire venir des spécialistes. Nous savons que cela est possible. Nous souhaitons d’ailleurs à terme d’autres maisons de santé. Nous souhaitons également que ces maisons se développent autour des hôpitaux locaux et que ces derniers soient maintenus.

L’Union départementale des CCAS a été chargée du suivi du PER. Comment voyez-vous l’évolution des CCAS à l’horizon 2015 ? La réforme des collectivités locales remet-elle en cause l’existence de certains d’entre eux ?
La réforme des collectivités pose effectivement question puisqu’on se demande qui aura la compétence « action sociale » demain. Nous sommes d’autant plus inquiets que le Gers est un petit département. Ce n’est qu’en nous unissant que nous pourrons peser lors des répartitions budgétaires. La création de nouvelles intercommunalités peut également avoir un côté dramatique à certains égards. Que va-t-il se passer lorsqu’une petite communauté de communes, qui a la compétence sociale, s’unira avec une communauté plus grande qui ne veut pas de cette compétence ? Par ailleurs, il existe deux autres dangers contre lesquels se battent les CCAS. La directive européenne Bolkestein sur la libéralisation des services, qui ouvre l’action sociale au marché et qui prévoit que toute action de financement par une collectivité d’un service concurrentiel avec le privé est interdite. Si la France applique cette directive, les trois-quarts des CCAS fermeront. Et nous nous inquiétons également de la baisse de l’aide alimentaire européenne qui est envisagée. Si elle est appliquée, elle entraînera la baisse de 75 % des aides distribuées par les banques alimentaires. Ce serait une catastrophe. Dans le Gers comme ailleurs, les gens qui viennent aujourd’hui chercher des colis alimentaires sont souvent des retraités ou des travailleurs pauvres.



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