Grippe A : des chiffres oui, mais au niveau national

par Béatrice Millésime 27 novembre 2009

En matière de grippe A, qui peut le plus ne peut pas forcément le moins. Autant les chiffres sont hebdomadaires, pour ne pas dire quotidiens, sur le plan national, autant il est bien compliqué d’en obtenir quelques-uns au niveau départemental. S’il est facile de connaître le nombre de personnes qui se sont faites vacciner (elles étaient 2190 le jeudi 26 novembre), chercher des données sur le nombre de cas de grippe A avérés dans un département comme le Gers relève de la mission impossible. Pour la simple et bonne raison que les cas de grippe A ne sont plus comptabilisés depuis le mois de juillet.

Depuis cet été, en effet, ce ne sont plus les cas de grippe A qui sont comptabilisés par les services de la préfecture mais les syndromes grippaux. D’après le syndicat des médecins généralistes, il n’y aurait même jamais vraiment eu de comptabilisation de la grippe A, car il est bien difficile de la déceler en dehors de cas groupés, comme cela a été dernièrement le cas dans deux écoles à Mauvezin. Le seul moyen de savoir si un patient est atteint du virus H1N1 est de faire des prélèvements rhinopharyngés. Mais ces tests sont d’une part coûteux et ne peuvent, d’autre part, être réalisés n’importe où. Outre les centres hospitaliers, « seuls les médecins adhérents au réseau des Groupes Régionaux d’Observation de la Grippe (GROG) ont reçu un kit de prélèvement » explique-t-on au Syndicat des médecins généralistes. « Par ailleurs, ces tests ont souvent un intérêt limité dans la mesure où la grande majorité des patients ne sont pas dans un état grave. »

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A défaut de tests, les statistiques manquent, en particulier au niveau départemental. Les seuls chiffres fournis par la Cellule interrégionale d’épidémiologie (CIRE) sont régionaux. « Pour l’instant, nous n’avons pas jugé pertinents de séparer l’information par département » explique une responsable de cette cellule. Quant à le faire au niveau du Gers, « il n’y a pas assez de cas ». Mais ce que constate le syndicat des médecins généralistes, c’est une recrudescence des consultations pour des syndromes grippaux, et ce dans tous les départements y compris le Gers. Ce constat est toutefois assorti d’une précision : « On peut penser que cette augmentation est liée à une crainte chez des gens qui jusqu’ici soignaient leur grippe avec du paracétamol, sans systématiquement contacter leur médecin. » Pour le syndicat, « il est difficile de donner une image précise de la situation. » Alors, que valent les chiffrent ? « Ils rassurent, car il y a beaucoup d’incertitudes aujourd’hui, beaucoup d’inquiétudes. C’est rassurant de voir que l’on peut quantifier. »

Les dernières données régionales communiquées par la CIRE, en date du 20 novembre, font état de 219 passages dans les urgences midi-pyrénéennes dont la grande majorité (175) en Haute-Garonne. Les médecins généralistes du GROG Midi-Pyrénées (22 médecins participants) ont relevé des infections respiratoires aiguës dans 11,8 % des actes et des grippes cliniques (décelées au simple examen) dans 2,4 %. Pour les pédiatres participants (4 médecins !), ces mêmes indicateurs sont respectivement de 25,4 % et 6,4 % pour les grippes.

Restent les données nationales. Celles-ci sont les plus complètes bien qu’elles diffèrent parfois d’un réseau à l’autre. Si les GROG estiment à 2 726 000 (*) le nombre de personnes « infectées par le virus grippal pandémique » depuis le mois d’août, le réseau Sentinelles (qui regroupe 1300 médecins généralistes libéraux) évalue à 1 782 000 le nombre de consultations pour syndrome grippaux. Au 24 novembre, 357 cas graves avaient été signalés et 121 personnes se trouvaient encore hospitalisées. Sur les 4 409 prélèvements reçus au total par les Centres nationaux de référence, 1 584 se sont avérés positifs à la grippe H1N1, et sur les 68 décès liés à la grippe, 76 % concernent des personnes pour lesquelles la présence du virus A (H1N1) a été confirmée par un test virologique. Six décès sont survenus chez des enfants de moins de 15 ans et 6 chez des patients n’ayant pas de facteur de risque connu.

D’après le syndicat des médecins généralistes, les épidémies grippales se présentent toujours sous la forme de deux vagues, de 4 à 6 semaines chacune, espacées de plusieurs semaines. Nous en serions au début de la première, avec un pic attendu d’ici trois semaines. Ce constat ne pousse pourtant pas les médecins à conseiller systématiquement la vaccination. Interrogés, certains se disent même opposés. « Les médecins généralistes doivent tenir compte des priorités de santé publique mais ils gardent leur autonomie », explique leur syndicat. « Ce qu’on leur demande, c’est de donner les informations qui sont à leur disposition, sur les bénéfices/risques de la vaccination, de façon à ce que le patient soit en mesure de prendre une décision. »

(*) Les chiffres nationaux sont en date du 26 novembre.



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