Gers Amont : objectif non atteint

par Béatrice Millésime 24 février 2011

Lancé en 2008, le PAT Gers Amont visait la réduction de 40 % des produits phytosanitaires à l’horizon 2012 dans la rivière Gers et ses affluents. Cet objectif ne sera pas atteint. Difficile à mettre en œuvre, la mesure agro-environnementale proposée aux agriculteurs pour atteindre cet objectif a été abandonnée. Le PAT (programme d’actions territoriales) est axé désormais sur des changements de pratiques culturales. L’enjeu reste néanmoins le même : améliorer la qualité de l’eau des rivières, destinée à la consommation humaine.

Sujet constant de préoccupation, la pollution sur le bassin versant du Gers fait l’objet depuis six ans de différentes actions dont la première, dite « action test », proposait aux agriculteurs de nouvelles méthodes de travail. Ayant pris fin en 2007, cette action a été suivie d’un programme ambitieux de réduction des produits phytosanitaires dans la rivière Gers et ses affluents, le Sousson, le Cédon et l’Arçon. Ce programme d’actions territoriales (PAT) avait pour objectif la réduction de 40 % des produits phytosanitaires en cinq ans. Considéré comme inaccessible, cet objectif a été abandonné l’an dernier. D’autres projets sont en cours d’élaboration.

Abandon des MAE

A l’époque de l’action test, les agriculteurs s’étaient vu proposer une dizaine de MAE (mesures agro-environnementales), intéressantes financièrement, qui tendaient à de nouvelles pratiques culturales afin de diminuer la pollution ponctuelle. Plus de 120 agriculteurs, sur un total de 700, s’étaient alors engagés à modifier leurs techniques de travail. Leurs exploitations représentaient une surface de 6500 ha sur les 37 000 ha de surfaces agricoles que couvrait l’action test.

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Avec le PAT, les acteurs que sont l’agence de l’eau, le conseil général et la chambre d’agriculture ont ciblé un territoire plus petit, de 4000 ha, à forte culture maïsicole. 170 agriculteurs étaient concernés. Une dizaine seulement ont souscrit une MAE entre 2008 et 2009.

Après 2009, la possibilité de s’engager sur une MAE n’a plus été proposée aux agriculteurs. « Les fonds qui pouvaient être dégagés dans ce cadre ont été laissés à d’autres territoires qui pouvaient en avoir besoin et qui connaissaient de meilleurs résultats » explique-t-on au conseil général.

Les MAE proposées dans le cadre du PAT étaient au nombre de trois : une MAE « Herbe » qui visait « la création et l’entretien d’un couvert herbacé » afin de protéger les zones à forte érosion et limiter les sources de contamination (montant de l’aide accordée : 386 euros/ha/an pendant 5 ans) ; une MAE « Phyto » dont l’objectif était la réduction des herbicides de 40 % en 5 ans par des techniques alternatives au désherbage chimique (montant de l’aide accordée : 88 euros/ha/an pendant 5 ans) ; une MAE « Phyto + Rotation » combinant la baisse de l’utilisation des herbicides et une rotation longue (montant de l’aide accordée : 120 euros/ha/an pendant 5 ans).

Ces mesures ont suscité peu d’engouement. Résultat : « on n’a pas vu réellement d’évolution ni de baisse notable des molécules », explique un proche du dossier. Les herbicides maïs se retrouvent toujours en grande quantité dans les rivières. Parmi eux, l’atrazine, un herbicide interdit en France en 2003 et officiellement banni de l’Union européenne depuis 2004. Vu les quantités détectées dans l’eau, la présence d’atrazine ne peut être assimilée à du relargage c’est-à-dire du stockage de molécules anciennes dans les eaux. « Il y a une utilisation illégale de l’atrazine, que l’on retrouve essentiellement dans le Sousson » explique-t-on au conseil général. « Le Sousson traverse un territoire d’environ 15 000 ha. Il est donc difficile de savoir qui l’utilise »

Du côté de la chambre d’agriculture, le discours n’est guère plus encourageant. « Pour nous, l’atrazine est un problème réglé, c’est interdit de l’utiliser, point » indique l’un des responsables du service technique. « Si quelqu’un l’utilise, alors que tout le monde sait qu’il ne faut pas le faire, ce n’est pas parce que nous multiplierons les avertissements que les choses changeront. Maintenant, il faut être vigilant et ne pas accuser les agriculteurs comme ça. Personne ne sait d’où vient l’atrazine, et la rivière en question draine un bassin versant énorme. Ce n’est peut-être même pas le fait d’un agriculteur. »

Sur les 72 prélèvements effectués en 2010 (1) sur le Gers et ses affluents par le conseil général et l’agence régionale de santé, 40 molécules ont été détectées sur 125 recherchées. 10 d’entre elles ont été considérées comme fréquentes et prioritaires. Il s’agit d’herbicides maïs essentiellement : l’acétochlore, l’atrazine, le bentazone, le métolachlore, l’ aclonifen, le diméthénamide, le mésotrione, le nicosulfuron, le glyphosate et l’AMPA, son produit de dégradation, ainsi qu’un insecticide, l’imidaclopride, utilisé depuis que le carbofuran a été retiré du marché après le Grenelle de l’environnement.

Dans la mesure où le territoire Gers Amont recense 5 captages d’eau potable et 30 000 abonnés, l’amélioration de la qualité de l’eau des rivières, utilisée pour l’alimentation en eau potable, reste un enjeu d’importance.

Vers de nouvelles techniques culturales ?

Depuis 2010, le PAT a donc changé d’orientations. Si la problématique « herbicides » est toujours d’actualité, elle est abordée désormais du point de vue des pratiques culturales et non plus de la baisse des intrants. Le programme pour 2011 est en cours de préparation.

« Nous avons toujours dit que les MAE n’étaient pas la panacée », souligne un responsable du conseil général. « Notre problématique sur le territoire est l’érosion. Nous avons essayé d’y répondre en diminuant les intrants dans les rivières, cela n’a pas marché. Les nouvelles MAE étaient peu incitatives et il a manqué de dynamisme sur le terrain. Nous espérons relancer les choses en proposant des changements de pratiques culturales. »

Les techniques alternatives en question consistent en un travail du sol sans labour, c’est-à-dire sans retournement d’une partie ou de la totalité de l’exploitation. Plusieurs options sont possibles : le travail du sol à faible profondeur, le labour ponctuel alterné avec de longues périodes de non labour, le semis direct, qui conduit à ne pas travailler la terre du tout... Le but de ces pratiques culturales est de protéger les sols contre l’érosion, augmenter la vie biologique et la matière organique, et donc renforcer la porosité des sols et limiter le ruissellement vers les rivières.

« Si ces techniques innovantes étaient utilisées en quantité, l’on arriverait à des résultats plus radicaux qu’avec les MAE », affirme-t-on au conseil général. « Nous allons essayer d’engager cette dynamique avec la chambre d’agriculture et les coopératives sur les deux prochaines années. » Et d’ajouter : « Nous ne disons pas qu’il s’agit là de méthodes miracles, mais elles ne sont pas du tout valorisées sur le terrain. Et puis, il y en a d’autres, qui consistent par exemple à localiser les traitements herbicide sur les lignes de semis seulement. »

Charge désormais aux porteurs du PAT d’informer et de convaincre. Il leur reste 2011 et 2012 pour y parvenir. Ces deux années seront également employées pour poursuivre les actions sur les zones non agricoles, puisque le PAT concerne également les particuliers et les collectivités. Si la ville d’Auch et le conseil général disent avoir fortement baissé leur utilisation de pesticides (cette baisse est de 50 % pour ce qui concerne le Département), les particuliers sont régulièrement sollicités pour faire de même, grâce à des dépliants envoyés avec les factures d’eau.

Mais sur les zones non agricoles, comme sur les zones agricoles, tout est une question de volontariat.

(1) Il existe 8 points de prélèvements : 5 sur la rivière Gers entre Chélan et Roquelaure et 1 en sortie de chaque affluent.



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