Gérard Bézerra : « Je ne sais pas si le monde rural a bien perçu l’enjeu à venir »

par Béatrice Millésime 25 mai 2009

« Les gens ne ressentent pas le besoin urgent de s’intéresser aux élections européennes. » Alors que les derniers sondages fixent à 54 % le taux d’abstention aux élections européennes, Gérard Bézerra rencontre souvent des Gersois « qui ne se sentent pas concernés » par ce qui se passe à Bruxelles. Pour autant, le secrétaire départemental de l’UMP ne pense pas que cela ait un lien avec le référendum sur la Constitution européenne et le vote au Parlement qui a suivi l’élection de Nicolas Sarkozy. « L’Europe, c’est loin, tout simplement. » Gérard Bézerra lui-même n’est pas toujours en phase avec les décisions prises au niveau européen voire au niveau national. Exemple avec les problèmes agricoles.

Des viticulteurs laissés à l’abandon

« Les viticulteurs souffrent. Depuis que le produit qu’ils utilisaient (l’arsénite de sodium, ndlr) a été interdit à la commercialisation, aucune solution de rechange ne leur a été proposée. Aucune réponse scientifique ne leur a été donnée pour savoir comment combattre la maladie du bois. » Gérard Bézerra a beau être membre de la majorité, il ne comprend pas que les viticulteurs soient laissés à l’abandon par l’Etat. « Ils se demandent ce qu’ils vont devenir dans cinq ou six ans. On interdit un produit alors que pendant des années on a traité à ciel ouvert, et on ne propose rien d’autres. Il faut voir le désespoir que cela engendre. » Pour l’élu d’un canton fortement viticole, la France et l’Europe doivent prendre le problème à bras le corps « et proposer un moratoire en attendant que les recherches aboutissent. Les viticulteurs ont fait de gros efforts pour avoir de bons cépages, ils sont souvent jeunes et fortement endettés. » Et si certains se sont diversifiés en cultivant des céréales, « ce n’est pas suffisant pour subvenir à leurs besoins. »

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Gérard Bézerra

Gérard Bézerra le reconnaît : il est parfois difficile de mettre en adéquation ses convictions d’élu de terrain et les décisions prises au niveau national. Mais il dit ne pas avoir d’état d’âmes. « Je me sens plus proche des viticulteurs que des décisions nationales. » Concernant l’agriculture en général, le secrétaire départemental de l’UMP souhaite que la réforme de la PAC permette « aux agriculteurs de continuer à exister ». Et pour que l’agriculture s’inscrive dans le futur, le monde agricole devrait pouvoir vivre de ses produits. « C’est bien que les subventions soient réparties entre les professions, au bénéfice notamment de l’élevage qui est en perdition depuis longtemps, pour autant, les aides de l’Europe sont comme une piqûre de morphine, il y a un phénomène d’accoutumance. Il faut que l’on arrive à ce que les agriculteurs vivent dignement de leur travail. »

Autre sujet délicat que devront s’approprier les députés européens : les OGM. S’il dit être « ni pour ni contre », Gérard Bézerra est partisan de calmer le jeu. « La peur est la plus mauvaise des conseillères. Et ceux qui font peur avec les OGM auront des comptes à rendre. » L’élu souhaite que l’Europe déploie à l’avenir toute son énergie « pour démontrer que les OGM ne sont pas nocifs. La recherche s’impose d’elle-même. » Et selon les résultats scientifiques, il faudra faire marche arrière ou pas. « Les OGM sont peut-être la solution pour faire vivre la planète dans les années à venir. Il faut aborder le sujet sans passion. Pour ma part, je n’ai pas d’idée préconçue, je suis ni pour ni contre. Ce que je sais, c’est que pour l’instant, on manque de concret, de recul. Si ça se trouve, je serai le premier demain à demander leur suppression. »

RN 124 : des annonces début juillet

Le premier, l’élu UMP dit l’avoir été lorsqu’il a fallu s’élever contre le départ de certains services publics. « Je me suis opposé à la dispersion des gendarmeries et à leur regroupement dans les communautés de communes. » Par contre, concernant la Poste, « il faut bien reconnaître qu’avec Internet, les documents nous arrivent par d’autres voies. Et puis la population a baissé, certains services ne se justifient plus. Pour l’instant, nous avons encore une perception dans le canton. Elle est ouverte deux jours par semaine. Mais pour combien de temps ? Tout se fait en ligne maintenant. »

La question de la ruralité a, selon Gérard Bézerra, « encore une signification dans un cadre européen ». « Je ne sais pas si le monde rural a bien perçu l’enjeu à venir. » Contraintes environnementales, prix, « la partie n’est pas gagnée pour les agriculteurs, notamment les jeunes qui s’installent depuis une dizaine d’années. » Quant aux élus, « ils doivent reprendre le pouvoir de l’Administration. Quoiqu’on dise, on a de très bons fonctionnaires. Et si les choses n’avancent pas, c’est souvent de notre faute, à nous, les élus. » L’une des fautes commises par les élus gersois concerne, selon Gérard Bézerra, le développement de l’Isle-Jourdain et ses alentours. « Personne n’a anticipé, on n’a fait que subir et on a perdu vingt ans pour le développement économique de ce secteur gersois. » Résultat : « On se retrouve avec une cité dortoir ou tout comme. »

Selon l’élu, le préfet de région devrait dévoiler le PDMI (programme de développement et de modernisation d’itinéraire) fin juin début juillet. « L’Etat financera au moins 50 % sinon plus des travaux de la RN 124. Si la Région apporte de son côté 30 %, le conseil général pourra supporter le reste. »



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