Europe Ecologie : « 30 % d’agriculture bio en 2020 »

par Béatrice Millésime 12 mai 2009

Voici le premier article d’une série sur les élections européennes. En choisissant pour thèmes principaux l’aménagement du territoire et l’économie, nous avons interrogé des représentants locaux de plusieurs listes. Rendez-vous aujourd’hui avec Europe Ecologie, qui regroupe les Verts, des associations écologiques comme les Amis de la terre ou des personnalités comme Eva Joly et José Bové, tête de liste dans le Sud-Ouest.

L’avenir de la politique agricole commune et les évolutions à escompter à partir de 2013, date à laquelle cette PAC sera réformée, sont évidemment au cœur du débat engagé par la liste Europe Ecologie lors de cette campagne pour les élections européennes. C’est d’ailleurs sur ce thème qu’ont débattu José Bové, tête de liste pour le Sud-Ouest, et ses amis ce lundi 11 mai, lors d’un meeting à Auch. Plus globalement, c’est vers une redéfinition complète de la société que tendent les membres d’Europe Ecologie. Ils prônent l’instauration d’un bouclier social européen, la création d’emplois non « délocalisables » et une nouvelle façon de penser l’aménagement du territoire.

Revenir à une agriculture durable

« Il faut que nous trouvions une nouvelle voie, post-capitaliste, une nouvelle manière de relocaliser l’économie », indique Alexis Boudaud, le référent du Comité Europe Ecologie dans le Gers. En matière agricole, cette nouvelle voie passe notamment par une réforme en profondeur de la PAC. C’est sur ce thème qu’a débattu lundi soir José Bové lors de son meeting auscitain. L’une des propositions phares d’Europe Ecologie en matière agricole est la mise en place d’une PAC écologique, dont découlent une meilleure répartition des aides, une plus grande lutte contre les dérives alimentaires (bœuf aux hormones…) et des subventions accrues pour une agriculture respectueuse de l’environnement. José Bové s’est exprimé à de nombreuses reprises sur le sujet. Le système actuel est, pour lui, « injuste », puisque « 80 % des subventions européennes vont à moins de 20 % des paysans. » La publication des aides de la PAC est donc, aux yeux des écologistes, une bonne chose.

« C’est en effet une étape importante », souligne David Pomies, le porte-parole des Verts du Gers. « Cela permettra aux consommateurs de se rendre compte des disparités que le système actuel d’attribution engendre » et de constater « qu’ils ne payent généralement pas le juste prix de leur alimentation ». Pour Europe Ecologie, il s’agit de repenser le système dans son ensemble. Avec d’un côté des agriculteurs qui ne peuvent vivre de leurs récoltes sans aides européennes, et de l’autre, des productions agricoles « qui ne répondent plus aux attentes des citoyens », les membres du comité Europe Ecologie considèrent que « le système productiviste a échoué. » Et de préconiser la mise en place d’une alimentation plus saine, sans OGM, proposant davantage de produits bio, l’objectif étant pour eux que 30 % de l’agriculture soit biologique à l’horizon 2020.

« Il faut que les agriculteurs trouvent le moyen d’augmenter et de diversifier leurs revenus », poursuit David Pomies. Europe Ecologie souhaite le retour d’une agriculture « nourricière, de proximité et durable », que seule une diversification des exploitations rendra possible. Objectif : développer les exploitations pratiquant des rotations longues avec une dizaine de céréales ou légumineuses différentes, et celles pratiquant la polyculture élevage. « Il est vrai qu’un tel changement risque de poser problème à un certain nombre d’agriculteurs qui ne voudront pas modifier leurs pratiques, mais honnêtement, la grande majorité est consciente de la nécessité d’évoluer » conclut David Pomies. « D’ailleurs, beaucoup s’engagent déjà dans des PAT ou MAE (1). Mais ils n’iront pas au-delà tant que les politiques agricoles ne les y aideront pas, techniquement et financièrement. »

Dernier problème à résoudre, et pas des moindres, pour mener cette politique à bien : le foncier. Souvent très chères, les terres sont également « parfois utilisées par des promoteurs qui détournent la noblesse de l’énergie, photovoltaïque notamment ». Pour remédier à cela, les écologistes proposent que les communes et le département fassent des réserves foncières.

Privilégier les alternatives à la route

Changer d’agriculture a comme autre avantage, selon Europe Ecologie, de créer des emplois. 30 % d’agriculture biologique en 2020 équivaudrait à la création d’1,1 million d’emplois. Ajoutée à cela la création d’emplois dans le domaine des énergies renouvelables, des transports durables, du recyclage et des services à la personne, et ce sont au total 10 millions d’emplois « verts » qui seraient créés en dix ans. Sur le plan fiscal, Europe Ecologie souhaite la mise en place d’un revenu minimum d’existence et d’un seuil de rémunération, fixé à 44 000 euros mensuels, au-delà duquel les personnes seraient taxées à hauteur de 80 %.

Enfin, concernant l’aménagement du territoire, les écologistes le souhaite à la fois équilibré et privilégiant les alternatives à la route. Les Verts du Gers sont ainsi opposés à la mise à deux fois deux voies de la RN 124. « On nous dit toujours que ce projet est justifié parce que le département est enclavé, mais nous ne nous sentons pas enclavés », lance Fatma ADDA, Secrétaire des Verts. « La deux fois deux voies va entraîner davantage de départs vers Toulouse, et elle n’aura pas l’effet escompté. Les automobilistes n’iront guère plus vite. Passer de 90 à 110 km/heure ne fera gagner que cinq minutes. » Pour les écologistes, l’urgence est ailleurs. Dans le développement du rail, notamment, mais aussi du covoiturage. Ils aimeraient également que soient développées des lignes de bus régulières.

Les Verts regrettent la multiplication des mesures de l’Agenda 21 du conseil général, qui prône le développement de transports plus respectueux de l’environnement mais « sans aller au bout de la démarche. » « On nous a par exemple annoncé la création d’un site internet de covoiturage et puis nous n’avons rien vu venir », souligne Alexis Boudaud. « Il ne nous a fallu que quelques semaines avec Florence Giroir pour en créer un. » Quant à l’Agenda 21 de la ville d’Auch, les écologistes attendent pour juger. Et craignent là aussi un trop grand nombre de mesures au détriment de l’efficacité.

(1) PAT : programme d’action territoriale. MAE : mesures agro-environnementales.




Vos commentaires :

1. Envoyé par lumi32 le 12 mai 2009 :
Ils sont forts ces écologistes ! Ils ne veulent pas de panneaux solaires photovoltaïques dans les champs mais ils veulent investir dans les énergies renouvelables. C’est excellent ! Cà me rappelle les communistes des années 80 qui se disaient antimilitaristes mais qui manifestaient quand le secteur de l’armement lienciait.



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