Etre retraité dans le Gers

par Béatrice Millésime 22 octobre 2010

Combien le département compte-t-il de retraités ? Quel est le niveau moyen de leur pension ? Sont-ils nombreux à toucher le minimum vieillesse ? Quel est leur état de santé ? Etat des lieux gersois au moment où la réforme gouvernementale des retraites continue de mécontenter et que les mouvements de grève, que d’aucuns pensaient inefficaces voilà quelques années, se poursuivent.

Le Gers n’est pas seulement l’un des départements les plus ruraux de France (les trois-quarts de sa superficie sont occupés par l’agriculture et 14,2 % des emplois sont agricoles), c’est également l’un des départements les plus âgés, avec un âge moyen de 44,7 ans, et l’un des plus pauvres.

30 % de plus de 60 ans

D’après les derniers chiffres publiés par l’Insee au mois de juin dernier, chiffres qui remontent à 2007, les Gersois de plus de 60 ans représentent 30 % de la population (soit 55 123 personnes dont 30 262 femmes sur un total de 183 621), et les plus de 65 ans, 24 %. A titre de comparaison, les plus de 65 ans étaient 19,7 % en 1975 et 20,1 % en 1982. (1) Il y a proportionnellement plus de seniors dans le Gers que dans le reste de Midi-Pyrénées où la moyenne est à 20 %.

11,5 % de la population gersoise (21421 personnes) est âgé de 75 à 89 ans et 1,2 % (2 267) a plus de 90 ans.

Les retraités, tout âge confondu, sont au nombre de 54 189 soit 9 640 de plus qu’en 1999, et 81 % d’entre eux ont plus de 65 ans. Ils représentent 34,9 % de la population gersoise. 25 336 sont des hommes et 28 853 des femmes.

78 % des personnes de plus de 55 ans sont à la retraite.

Plus de 61 % des retraités gersois relèvent du régime général. La Carsat Midi-Pyrénées (Caisse d’assurance retraite et de la santé au travail, ex-Cram) en recense 34 585 (2), dont 96,5 % ont plus de 60 ans. 2 % seulement ont entre 55 et 59 ans.

Voilà pour les chiffres (5). Comment vivent les retraités ?

Une précarité financière

Le Gers se caractérise par une pauvreté concentrée principalement dans les zones rurales et qui touche en premier lieu les personnes âgées.

D’après l’Observatoire régional de la santé (ORSMIP) qui a sorti, en mars 2010, une étude intitulée « Vieillir en Midi-Pyrénées en 2010 », le Gers - comme l’Aveyron Nord et Toulouse - connaît des « situations de précarité financière particulièrement marquées ».

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A la fin 2008, il y avait 3 287 bénéficiaires du minimum vieillesse dans le Gers contre 3 484 fin 2007, représentant 7,5 % des plus de 65 ans. Avec l’Aveyron, le Gers est le département qui affiche les taux de couverture de l’AS (allocation supplémentaire du minimum vieillesse) et de l’ASPA (allocation de solidarité aux personnes âgées) les plus élevés.

Fixé à 633 euros par mois pour une personne seule et à 1 136 euros pour un couple (2), le minimum vieillesse permet aux personnes âgées de plus de 65 ans (ou de plus de 60 ans en cas d’inaptitude au travail) d’atteindre un seuil minimal de ressources. Le seuil de pauvreté en France est fixé à 949 euros par mois (2).

En moyenne, les pensions de base versées aux retraités gersois du régime général s’élèvent à 467,60 euros (520,60 pour les hommes et 424,70 pour les femmes), alors qu’elles atteignent 836 euros en moyenne en France.

D’après la Carsat, le Gers est un département où le nombre de retraités poly-pensionnés (qui ont cotisé à plusieurs régimes de base différents) est important et Midi-Pyrénées est la région où se trouvent le plus de retraités poly-pensionnés en France. Les poly-pensionnés sont reconnus comme étant désavantagés lors du calcul de leur retraites (3).

Concernant les retraités relevant du régime agricole, l’Aicra 32, l’association intercommunale des retraités agricoles du Gers, estime à 680 euros par mois le niveau moyen des pensions des anciens exploitants et à moins de 400 euros par mois celui de leurs conjoints, à majorité des femmes.

Selon Pierre Esquerré, le président de l’association qui recense environ 3500 adhérents, « la plupart des agriculteurs partent à la retraite à 60 ans, même s’ils n’ont pas le taux plein, car on entrait jeune dans la vie active. » Ce que souhaitent les retraités agricoles, c’est un changement en profondeur de leur système de cotisation. « Actuellement, plus on gagne de l’argent, moins on cotise. C’est aberrant. » L’Aicra 32 souhaite également que le régime de retraite complémentaire devienne obligatoire pour les conjoints, comme il peut l’être depuis quelques années pour les non salariés agricoles.

L’emploi des seniors

La réforme en cours des retraites préconise un allongement de la durée d’activité. Alors, comment travaille-t-on lorsque l’on approche de l’âge de la retraite ?

D’après l’Insee, 6 % des Gersois de plus de 55 ans sont sans activité professionnelle, et selon les derniers chiffres publiés par la direction du travail, c’est dans la tranche d’âge des 50 ans et + que l’on trouve la plus forte augmentation des demandeurs d’emploi. Entre les mois d’août 2009 et août 2010, leur nombre a augmenté de 19,9 % alors que, dans le même temps, la hausse des chômeurs, toute classe d’âge confondue, était de 7,2 %.

Cette tendance à l’inactivité des seniors se vérifie également au niveau régional. Toujours selon l’Insee, le taux d’emploi des 55-64 ans est très inférieur à l’objectif fixé, en 2000, par le sommet européen de Lisbonne qui visait un taux d’emploi des seniors de 50 %. En 2006, ce taux était de 38 % en Midi-Pyrénées, qui se classait alors au troisième rang des régions françaises, derrière l’Île-de-France (47 %) et Rhône-Alpes (39 %). D’où cette conclusion de l’Insee : « Favoriser le maintien et le retour à l’emploi des seniors constitue un défi pour les décideurs (…) La formation est l’un des leviers pour favoriser et maintenir l’emploi des seniors. Le faible effort de formation est l’un des freins à la réembauche. »

Un tiers des actifs devrait quitter le marché du travail en Midi-Pyrénées d’ici 2020, représentant plus de 400 000 personnes, que ce soit dans l’éducation, l’administration, la santé, l’action sociale, l’agriculture ou les services aux particuliers. Si l’âge de cessation d’activité se décale de deux ans, les actifs ne seront plus que 352 000 à se retirer en 2020.

L’espérance de vie

« Nous vivons plus longtemps, nous devons assumer de travailler plus longtemps », telle est l’une des raisons avancées par le gouvernement pour expliquer son projet de réforme. Qu’en est-il dans le département ?

L’espérance de vie a en effet considérablement augmenté au fil des années. L’âge moyen de décès est aujourd’hui de 82,5 ans (79,8 pour les hommes, 85,2 pour les femmes), alors qu’un Gersois vivait jusqu’à 72,3 ans en 1982 (1). D’après l’ORSMIP le taux de mortalité est d’ailleurs dans le Gers l’un des plus faibles pour les plus de 75 ans.

Vit-on longtemps en bonne santé ? Si à 60 ans, un homme peut espérer vivre encore vingt ans, il ne restera en bonne santé qu’une dizaine d’années. Et encore, tout dépend du travail fourni pendant sa vie active. Les « inégalités sociales de santé » existent bel et bien, souligne l’ORSMIP, qui évoque « la double peine des ouvriers : leur vie est non seulement plus courte mais ils passeront plus d’années en incapacité ».

L’augmentation de l’espérance de vie est non seulement le résultat de l’amélioration des conditions de vie mais aussi des traitements et prise en charge des malades. « L’état de santé des personnes âgées est marqué par la prédominance des maladies chroniques » constate l’ORSMIP. Près de la moitié des personnes âgées de plus de 65 ans bénéficie ainsi d’une prise en charge à 100 % au titre d’une affection de longue durée. Les principales causes d’admission en ALD sont les tumeurs, les problèmes cardiaques, l’hypertension, le diabète et la maladie d’Alzheimer. Cette dernière est en progression. 3860 gersois en étaient atteints en 2007.

Mais qui dit ALD ne dit pas forcément dépendance. Dans 83 % des cas en Midi-Pyrénées, les personnes âgées de 60 à 79 ans sont autonomes, et elles le sont dans 60 % des cas lorsqu’elles ont plus de 80 ans. Seulement 3 % des 60-79 et 13 % des plus de 80 ans sont dépendants. Une estimation à rapprocher du nombre de bénéficiaires de l’APA (allocation personnalisée d’autonomie).

Dans le Gers, le nombre dé bénéficiaires de l’APA a augmenté au cours des dernières années. La hausse a été de 4,5 % entre les mois de juin 2009 et juin 2010 (4). A cette date, les bénéficiaires de l’APA étaient au nombre de 6 694.

(1) Source : « Population, agriculture et ruralité en Gascogne gersoise de 1945 à nos jours », de Gilbert Sourbadère.
(2) Données 2008.
(3) Cf. étude du Conseil d’orientation des retraites (COR) sur le sujet. Près de 40 % des retraités français sont des polypensionnés.
(4) D’après la Drees, la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (DREES), qui dépend du ministère de la Santé.
(5) Les données transmises par la MSA font état de 42 710 retraités agricoles dans le département au 1er janvier 2010.



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