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Eric Ancellin est éleveur de porcs à Montégut. Depuis des années, il assiste à l’appauvrissement de la filière porcine et en subit les conséquences. Président de la section porcine à la FDSEA du Gers et vice-président de la filière au sein de la FRSEA, il a récemment décidé d’exprimer son inquiétude et son mécontentement par une autre voie que la voie syndicale. Dans des communiqués diffusés notamment sur internet, il a alerté sur la crise de la filière porcine en essayant de sensibiliser sur « les drames humains qui en découlent ».
Dans le milieu des années 80, le Gers recensait 13 000 truies. « Elles ne sont plus que 3000 aujourd’hui, et encore » considère Eric Ancellin. Les exploitations sont au nombre de 20. Toutes pratiquent à la fois l’élevage et la polyculture et la moitié des éleveurs gersois fabriquent eux-mêmes les aliments pour leurs bêtes à partir des céréales cultivées. Eric Ancellin est de ceux-là. « Depuis l’an dernier, le coût des matières premières a explosé », explique-t-il, « alors que 70 % des aliments que nous donnons à nos bêtes sont faites de céréales. Nous payions 120 euros la tonne en mars 2010. C’est le double aujourd’hui. »
Eric Ancellin possède 160 truies qu’il utilise, pendant deux ans et demi, pour la reproduction. Les petits partent à 6 mois et demi à l’abattage. L’élevage se fait exclusivement à l’intérieur de bâtiments, aucune des bêtes n’est élevée en prairie. Pour autant, Eric Ancellin ne qualifie pas son élevage d’industriel. « Nous avons ici des élevages familiaux. La relation entre l’homme et l’animal est très forte. Tout est question d’histoire, de regard que l’on porte sur son élevage. »

Les abattoirs de porc ont quasiment disparu du Gers, à quelques exceptions près, comme à Samatan et Condom. « C’est le signe que tout se fragilise » souligne Eric Ancellin. « Le gros de l’abattage se fait dans l’Aveyron et les Pyrénées Atlantiques. Des territoires où il existe une grosse tradition de transformation des produits porcins. »
Les difficultés rencontrées par la filière porcine ne sont pas différentes de celles rencontrées par les autres filières agricoles. Coût élevé des matières premières, prix de vente trop bas, baisse des marges. « Le système est à dénoncer dans sa totalité », indique Eric Ancellin.
« Nous avons un problème de fond qui est la cotation » poursuit-il. « Nous ne pouvons pas répertorier sur les prix nos augmentations de charge. » Le prix du porc est fixé, au niveau national, sur le marché au cadran de Plérin, dans les Côtes d’Armor. Ce marché a lieu deux fois par semaine. « Actuellement, un éleveur touche environ 1,40 euro le kilo alors que le prix de revient est à 1,70. Alors, on peut me dire, mais 30 centimes qu’est-ce que c’est ? Et bien, si l’on perd 30 centimes par kilo, c’est a minima 25 euros par bête que l’on perd. »
Pour Eric Ancellin, la fixation des prix est le dossier prioritaire à régler. « Avec le système du cadran, le marché est faussé car il manque de transparence. Il y a une quinzaine d’années, il y avait encore une cotation régionale. La cotation fixée aujourd’hui d’un commun accord entre les acheteurs et les vendeurs à Pélrin est pour nous une cotation au rabais qui permet aux opérateurs d’avoir du porc pas trop cher. »
Au printemps dernier, les éleveurs de la région sont montés au créneau et ont manifesté en bloquant pendant un mois les abattoirs. « Mais cela n’a débouché sur rien. » Idem pour les manifestations organisées depuis le début de l’année.
Eric Ancellin condamne « la duplicité des acheteurs qui, par cette cotation de Plérin, maintiennent un prix le plus bas possible pour les producteurs ». Dans les communiqués qu’il a diffusés dès le mois de février, il dénonce « un système de production devenu pervers » basé sur une production massive, sans prise en compte de « nos coûts de production. C’est une aberration. » Il critique également les « responsables professionnels qui ne jurent que par un système de mise en marché dont chacun sait qu’il n’est pas transparent, et tronqué de la part de ses acteurs » et il en appelle à la mise en place d’un système de fixation des prix qui intègre les coûts de production. « On est au bout d’un système. Il faut, pour s’en sortir, que les pouvoirs publics prennent leurs responsabilités et imposent aux distributeurs des prix plus justes. »
Selon Eric Ancellin, personne ne « voit la détresse du monde agricole ». « Ne peut-on pas comprendre à quel point il est traumatisant de ne pouvoir vivre de son métier, surtout lorsqu’il y a une longue histoire familiale ? » interroge-t-il. « Ce sont de ces souffrances humaines qu’il faut parler aujourd’hui. »