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Rencontre avec le maire de L’Isle-Jourdain et président de la communauté de communes de la Save lisloise, Alain Tourné, qui nous parle de ses attentes et convictions pour l’avenir, de la déviation de Léguevin, des projets de développement économique et urbain.
Route 124 : La pression foncière a baissé. Est-ce une bonne chose selon vous ? Comment envisagez-vous l’avenir et le développement futur de l’Isle-Jourdain ?
Alain Tourné : Je n’envisage pas l’avenir très différemment de ce que nous connaissons aujourd’hui. Il peut y avoir un coup d’arrêt, que l’on ressent d’ailleurs, encore que peut-être moins qu’ailleurs, il n’en reste pas moins que l’élément central est la déviation de Léguevin, dont on nous annonce l’ouverture le 1er juillet prochain. C’est ça qui va contrebalancer le coup d’arrêt lié à la conjoncture. Mais cette déviation pose aussi questions : quel va être l’impact de cette ouverture ? Est-ce que les gens qui viennent sur l’agglomération vont avoir une vision différente de l’Isle-Jourdain après cette ouverture ? Personne ne peut le dire pour l’instant.
Je suis raisonnablement optimiste, je considère que cette déviation doit apporter autant en terme démographique qu’en terme économique.
Le Scot d’un côté, le plan RN 124 (1) de l’autre, quel est l’objectif de tout ça ? Une urbanisation renforcée ?
A.T : Nous avons déjà pas mal de coups partis en terme d’urbanisation dans la ville. Les projets qui ont été freinés depuis six mois vont repartir avec la déviation. Exemple : le projet des Martines, ce gros projet immobilier de 400 à 450 logements, mené par le groupe Akérys. Tout est viabilisé et doit se traduire par des permis de construire d’ici trois ou quatre ans. Il s’agira de maisons individuels et de petits immeubles collectifs. Nous attendons avec ce projet entre 1200 et 1400 habitants supplémentaires. Parallèlement à cela, nous avons d’autres projets plus ou moins importants, qui doivent se traduire également par des constructions.
Le Scot prévoit une augmentation conséquente de la population d’ici à 2020, avec un objectif à 10 000 habitants. Les habitants sont-ils favorables à cela ?
A.T : Nous avons effectivement fixé dans le cadre de notre PLU (2), en février 2007, un plafond à 10 000 habitants à l’horizon 2015-2020, avec des objectifs par zonage. Je n’ai qu’une référence pour dire ce que les Lislois pensent de cela : les élections de mars 2008. J’ai été élu dès le 1er tour avec 60 % des voix, et j’avais, évidemment, clairement dit quel était notre projet pour les années à venir.
Quel peut-être l’apport du Scot pour L’Isle-Jourdain ? Le PLU sera-t-il modifié lorsque ce schéma de cohérence territoriale sera mis en place ?
A.T : Nous concernant, le Scot arrive un peu après la bataille. Notre PLU est tellement récent, on a passé trois ans à le faire, on ne le remodifiera pas en profondeur.
Pour l’instant, le Scot semble s’orienter vers la nécessité de construire 6 600 logements sur 13 ans. Combien devront être construits sur L’Isle-Jourdain ?
A.T : Nous sommes en train de faire un recensement et l’on saura exactement quel est le nombre d’habitants de L’Isle-Jourdain en 2009. Notre référence pour l’instant est 2004 où nous avions 6000 habitants. Nous avons une autre référence théorique, de juin 2006, avec 6600 habitants. Nous pensons que nous avons atteint aujourd’hui les 7200 à 7500 habitants. Aussi, pour atteindre l’objectif de 10 000 habitants, il nous faut construire entre 1 200 et 1 300 logements. Le projet des Martines répond à une bonne partie de cet objectif.
Même si le Gers n’est pas concerné par la loi SRU et le principe des 20 % de logements sociaux, quid de la mixité sociale sur L’Isle-Jourdain ?
A.T : Nous avons imposé aux promoteurs, en association avec les organismes HLM, de faire en sorte que chaque projet prévoie 10 à 20 % de logements sociaux. On l’a imposé sur tous les projets depuis 2001 car nous étions en situation de force. Les promoteurs, nous n’allions pas les chercher.
Et demain ?
A.T : Je ne peux pas répondre : allons-nous retrouver cette force de frappe ? Notre volonté politique restera la même mais pourrons-nous encore l’imposer ?
L’instauration d’un Programme local de l’habitat est-il envisageable au niveau intercommunal ?
A.T : La volonté politique affichée est de tenir compte de la mixité sociale, et qu’il y ait une répartition harmonieuse entre les différentes communes.
Objectivement, je ne crois pas trop à la mise en place d’un PLH. Avec le Scot, il y a une volonté de toutes les communes de travailler ensemble mais sur le plan de l’urbanisation, on en revient toujours à une démarche locale. On aura d’énormes difficultés à faire passer l’urbanisme au sein d’une intercommunalité.
Même chose pour un PLU intercommunal ?
A.T : Cela apporterait peut-être un plus mais on est incapable politiquement de faire ça. Il faudrait de nouvelles générations d’élus et de nouveaux comportements. L’intercommunalité est trop récente.
Le Scot devrait être approuvé mi-2010. Est-il envisageable que le Syndicat mixte des Coteaux du Savès, qui travaille à la mise en place de ce schéma, soit rejoint par d’autres communautés de communes comme Terride-Arcadèche par exemple ?
A.T : D’autres communautés de communes pourront s’intégrer sans problèmes au schéma de cohérence territoriale. Mais le Scot n’est pas la seule réponse, c’est plutôt l’intercommunalité. La gestion au quotidien, le travail en commun dans le cadre d’un projet, ce sont les communautés de communes qui mènent tout cela.
L’objectif annoncé pour les prochaines années est de maintenir le ratio actuel de 1 emploi pour 3,7 habitants. Est-ce envisageable avec les zones d’activités existantes si, effectivement, la population augmente très fortement dans les prochaines années ?
A.T : Ce qui est clair, c’est que s’il y avait uniquement la zone de Pont Peyrin, on ne répondrait pas à cet objectif. C’est pour cela que le projet de zone de Bouconne à Pujaudran est extrêmement important. Si on arrive à le mener, on répondra à cet objectif. Sachez, à ce propos, que le ratio sur L’Isle-Jourdain est de 1 emploi pour 2,7 habitants.
Que pouvez-vous nous dire sur le travail du Syndicat mixte d’études qui œuvre pour faire venir des entreprises le long de la RN 124 ? Les choses avancent-elles comme vous le souhaitez ?
A.T : L’idée de travailler sur des projets le long de la route nationale est une excellente idée. Notamment pour montrer que l’offre est diversifiée entre les quatre zones retenues. J’ai d’ailleurs adhéré dès le départ à cette idée. Nous avons commencé à travailler de façon informelle, et avec le conseil général on a réussi à créer un Syndicat mixte d’études. Mais il reste beaucoup à faire pour remplir les zones, en particulier celle de Pujaudran. Tout cela est très intéressant sur le papier mais très difficile à faire.
S’oriente-t-on vers des zones thématiques ?
A.T : Pour Pont Peyrin, nous n’avons pas de thématique. On prendra ce qui arrivera. Nous sommes très dépendants de l’agglomération toulousaine Ouest. Alors qu’à Bouconne, ce sera possible. On arrivera à faire des lots dédiés à l’industrie et à la logistique.
6 ha de commerces sont prévus sur Pont Peyrin. Quel sera l’équilibre à trouver avec le centre-ville ?
A.T : La zone commerciale est presque toute commercialisée. Carrefour Market ouvrira le 1er septembre prochain, les travaux sont très largement avancés, il occupera 3,5 des 6 ha de l’espace commercial. Bricomarché va également s’installer et il est prévu une galerie marchande avec des services et des commerces.
Il s’agit, pour les deux enseignes citées, de déménagement puisqu’elles sont pour l’heure situées en centre-ville sous les noms Champion et Logimarché. Par quoi vont-elles être remplacées ?
A.T : Les surfaces libérées en centre-ville sont pour nous une grande interrogation. Nous sommes en train de travailler avec les propriétaires. Une chose est certaine, ce ne pourra pas être du commerce alimentaire. Il se peut que s’installent des commerces, mais il faut voir quels commerces. Nous nous orientons également vers des activités de services à la personne, pourquoi pas une maison de retraite. C’est trop tôt pour savoir. Il s’agit de pistes uniquement.
Le doublement de la RN 124 n’est-il pas à double tranchant ? S’il permet de réduire l’éloignement entre le Gers et Toulouse, il facilite également l’évasion commerciale.
A.T : Même si j’ai eu quelques différends avec les commerces de centre-ville, à cause notamment de l’installation d’un Carrefour Market sur Pont Peyrin, j’ai toujours considéré que pour éviter la fuite de la population, il fallait offrir une offre commerciale sur notre territoire et muscler cette offre.
On va essayer de faire en sorte qu’il y ait une complémentarité. Que la population trouve une grande surface à Pont Peyrin, justement pour ne pas aller ailleurs, et que le centre-ville ait sa propre dynamique, son offre différenciée.
Nous avons également un projet d’installation d’un Lidl, début 2010, dans le quartier de Buconis. Là aussi, l’objectif est de diversifier l’offre, éviter l’évasion commerciale et fixer les gens.
Le centre-ville a-t-il les places de stationnement suffisantes pour fixer davantage de personnes ?
A.T : Le stationnement n’est jamais suffisant. Mais malheureusement le centre-ville n’est pas extensible. On est en train d’élaborer un PDU (3), on a fait l’état des lieux avec un cabinet d’études, qui doit nous faire des propositions. Et on débattra ensuite. Il faut voir ce que cela implique notamment au niveau du sens de circulation, au niveau des aménagements éventuels.
Ce n’est pas simple, cela peut changer les habitudes. Il s’agit de fluidifier la circulation sans la concentrer dans le centre-ville.
Le Scot devrait préconiser une meilleure prise en compte des nuisances du trafic routier dans les aménagements futurs. Comment ?
A.T : La volonté affichée des communes qui travaillent à l’élaboration du Scot est effectivement de développer le transport collectif de façon à éviter les nuisances. Cela se traduira-t-il par la mise en place d’un transport en commun sur l’Isle-Jourdain ? Faudra-t-il imaginer, comme cela a été fait sur Auch, un mini transport collectif ? Nous n’avons sans doute pas la capacité financière de lancer un tel programme, mais il semble pourtant difficile d’y échapper. C’est aux communes de proposer.
(1) Schéma de cohérence territoriale. Lire nos articles sur le sujet.
(2) Plan local d’urbanisme.
(3) Plan de déplacement urbain.