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La qualité des eaux reste une préoccupation majeure dans le Gers. C’est évidemment le cas dans les eaux brutes, en proie à une pollution importante d’origine agricole, mais c’est également vrai dans les eaux distribuées, qui contiennent parfois des taux de nitrates et de pesticides supérieurs aux limites de qualité. Tour d’horizon et explications.
Pour qu’elle soit reconnue comme potable, l’eau doit répondre à certaines normes de qualité et ne pas représenter un risque pour la santé. Ces normes ont été élaborées par une directive européenne de 1998, transposée depuis en droit français. Elles fixent les teneurs limites à ne pas dépasser, que ce soit pour le chlore, le calcaire, le plomb, les bactéries mais aussi, chose importante pour un département comme le Gers, les pesticides et les nitrates.
L’eau distribuée dans le département respecte majoritairement ces normes. Cela ne signifie pas que l’eau que nous buvons soit dépourvue de matières polluantes, mais ces matières sont trop peu nombreuses pour être considérées comme dangereuses.
Il arrive toutefois, dans certains secteurs, que les limites de qualité soient dépassées.
La qualité de l’eau distribuée est contrôlée par les services de l’Etat (ex-Ddass, aujourd’hui ARS). Dans le Gers, ce sont 1400 prélèvements qui sont effectués chaque année.
Les prélèvements se font d’abord dans les eaux brutes puis aux points de mise en distribution de l’eau potable, mais aussi au robinet du consommateur, chez les particuliers, dans les écoles, les lycées, les cafés.
Dans une ville comme Auch, des analyses sont faites tous les 15 jours, dans des communes plus petites, elles ont lieu quatre fois l’an.
Pour savoir si l’eau distribuée est conforme aux normes, les services de l’Etat analysent de nombreux paramètres. Au nombre de 160 à la sortie des usines de traitement, ils sont une quinzaine aux points de distribution. Ces paramètres, microbiologiques et physico-chimiques, répondent à des normes européennes.
Pour les pesticides, la concentration maximale admissible dans l’eau traitée a été fixée à 0,1 µg (microgramme) par litre et par substance individuelle et à 0,5 µg/l pour la totalité des pesticides présents.
Ces limites de qualité sont les mêmes quelles que soient les substances. Elles ne tiennent pas compte des différences de toxicité existant entre chacune d’entre elles.
Au cours de l’année 2009, mais aussi de l’année 2010, 7 pesticides ont été détectés dans l’eau traitée à un niveau dépassant la limite de qualité : l’Acétochlore, l’Aclonifen, l’Alachlore, l’AMPA (produit de dégradation du Glyphosate), le Bentazone, le Diméthénamide et le Métolachlore. Les teneurs se sont situées entre 0,1 et 0,7 µg/l.
Pour les services de l’Etat, ces teneurs ne représentent pas un danger pour la santé car elles sont inférieures à la valeur sanitaire maximale admissible (Vmax). Cette valeur « est basée sur des études de toxicité et épidémiologiques et résulte de calculs statistiques prenant en compte des coefficients de sécurité pour des consommations régulières d’eau sur toute la vie », explique un ingénieur de l’ARS. S’il y a risques pour la santé, « ce sont des risques à long terme pour des effets à faibles doses : le risque de cancer est d’un cas pour 1 million d’habitants. » (1)
La Vmax est par exemple fixée à 10 µg/l pour le métolachlore, 900 µg/l pour le Glyphosate AMPA et 2 µg/l pour l’atrazine, un pesticide interdit en France depuis 2003 et pourtant toujours recherché dans l’eau.
Si les doses détectées sont loin des Vmax et si « aucune situation de non-conformité n’a présenté un risque sanitaire », précise l’ARS, l’élimination des pesticides n’en reste pas moins un enjeu, et l’amélioration de leur traitement, une nécessité.
Le dernier bilan complet sur la qualité de l’eau distribuée, élaboré par les services de l’Etat, date de 2008. La Ddass indiquait alors que 22,6 % de la population gersoise avait consommé « de l’eau non conforme du fait de la présence d’au moins un pesticide dépassant la limite de qualité ».

15 des 65 unités de distribution que recense le Gers ont été concernés par une pollution aux pesticides. Sans que cela n’entraîne de « risque sanitaire », répète l’ARS.
Le pesticide le plus utilisé dans le département est le métolachlore. C’est donc lui qui est le plus souvent analysé, d’autant que sa Vmax est faible et donc sa toxicité élevée.
Pour l’instant, il est impossible de connaître de manière exhaustive les quantités de pesticides détectées réseau par réseau. Les analyses de l’eau, mises en ligne par le gouvernement sur son site www.eaupotable.sante.gouv.fr n’en font état que partiellement. Les choses devraient changer en 2012, les services de l’Etat travaillant sur une nouvelle base de données.
En cas d’anomalies en matière de pesticides, le citoyen doit être informé par les mairies et les gestionnaires de réseaux.
Les nitrates font également partie des paramètres dont on peut suivre l’évolution en ligne, au fil des prélèvements de l’ARS. Dangereux pour la santé, les nitrates (produits notamment par les engrais agricoles) ont été déclarés cancérigènes par l’Institut international du cancer, l’IARC (2), avant d’être finalement déclassés par ce même institut.
Il n’empêche que, cancérigènes ou pas, les nitrates « ont des effets néfastes sur une molécule composant l’hémoglobine pouvant conduire à une perturbation du transport de l’oxygène dans le sang » explique l’ARS. « Ses effets peuvent avoir de graves conséquences chez les nourrissons et chez les femmes enceintes. » La consommation d’eau potable à forte teneur en nitrates leur est donc déconseillée.
Dans le Gers, les réseaux touchés par une forte concentration de nitrates se trouvent essentiellement dans le Nord-Ouest.
A Campagne d’Armagnac, les derniers prélèvements en date du 24 janvier font état d’un taux de nitrate de 48,1 mg/l proche de la limite de qualité, fixée à 50 mg/l. Ce taux était de 50,4 mg/l au mois de novembre. A Fourcès, la teneur en nitrate était de 51,9 mg/l au mois de décembre. Au Houga, elle était de 64,1 mg/l mi-janvier et de 63,3 mg/l un mois plus tôt.
« Le problème des nitrates est récurrent » indique-t-on à l’ARS. « Ils ne sont absolument pas ponctuels, nous donnons des informations constantes sur le sujet. »
Dans son bilan 2008 de la qualité de l’eau, l’ancienne Ddass expliquait que « les secteurs desservis par les sources des sables fauves (les nappes de l’Armagnac, ndlr) sont les plus affectés et de manière chronique ». Elle précisait également que si « l’activité agricole intense et l’imperméabilité des sols qui accentue les lessivages, favorisent la concentration des nitrates dans la rivière », c’est par contre « la perméabilité des sables qui favorise l’infiltration dans les nappes du Nord-Ouest ».

Confrontée à la présence de pesticides et de nitrates, l’eau peut également avoir une mauvaise qualité bactériologique (présence de germes fécaux). Ceci est assez rare dans le Gers, l’ARS estimant entre 0 et 5 % les prélèvements non conformes, mais cela arrive parfois.
Ainsi à Chélan et Sarrant, les derniers prélèvements en date de la fin 2010 ont fait état d’un nombre de germes totaux élevé. A Lanne-Soubiran et Cannet, la qualité bactériologique de l’eau a été déclarée « suspecte » en novembre et décembre. A chaque fois, il a été demandé soit un renforcement de la chloration à la station de traitement soit une surveillance accrue du traitement de l’eau. Et il a été précisé que les références de qualité n’étaient pas respectées, des références qui sont des « valeurs indicatives à des fins de suivi des installations de production et de distribution d’eau ».
Car la qualité de l’eau potable est bien évidemment liée à la qualité de l’eau brute, des rivières ou des nappes, et aux difficultés de traitement qui découle d’un trop grand nombre de polluants. Entre les pesticides, qui, comme le souligne l’ARS, « ont une présence dans les eaux brutes plus forte qu’ailleurs », et les nitrates, dont le suivi « tend à montrer que la qualité de la ressource se détériore progressivement », le Gers n’est pas au bout de ses peines pour réduire les risques de contamination.
(1) Le rapport sur l’Etat de la santé de la population en France pour les années 2009-2010 indique, lui, dans son chapitre « eau » que les pesticides « même à faible dose
d’exposition, sont susceptibles d’engendrer des effets sur la santé (cancers, troubles
neurologiques et troubles de la reproduction essentiellement) ». Pour l’ARS, la notion de « faible dose » est à rapprocher de la valeur sanitaire maximale admissible (Vmax).
(2) International agency for research on cancer.