Eau potable : le cas « Estang »

par Béatrice Millésime 9 novembre 2011

Suite au Grenelle de l’environnement, un plan de réduction des nitrates et des pesticides a été arrêté autour du captage d’Estang afin d’améliorer la qualité de l’eau potable. Plusieurs mesures ont été décidées. Elles concernent quatorze exploitants agricoles, répartis sur une surface de 271 ha. Bon gré, mal gré, ces agriculteurs devront s’engager sur une ou plusieurs mesures agro-environnementales. Ils ont trois ans pour le faire volontairement, avant qu’on ne les y contraigne.

Les sols d’Estang ne sont pas les plus pollués de l’Ouest gersois et l’eau potable y est de meilleure qualité qu’ailleurs même si les taux de nitrates restent élevés. Néanmoins, le forage « Fontaine Sainte » est le seul du département à avoir été désigné par le Grenelle de l’environnement comme l’un des 507 captages français les plus menacés par les pollutions diffuses.

Cette décision s’explique notamment par le fait que l’un des objectifs du conseil général et de l’Agence de l’eau est de fermer, à terme, le captage du Houga, où la pollution des sols est très importante et la qualité de l’eau potable souvent moyenne, et de relier cette commune au captage d’Estang.

Des mesures incitatives…

Les 14 exploitants agricoles installés sur les 271 ha que couvre l’aire d’alimentation du captage d’Estang (AAC) vont donc devoir améliorer leur pratique agricole et diminuer les intrants. Cette zone est composée à 30 % de vignes, 30 % de grandes cultures (dont la moitié par du maïs), 15 % de prairies, et de zones boisées.

Un programme d’actions territorialisées (PAT), assorti d’un ensemble de mesures agro-environnementales (MAE), a été arrêté et les agriculteurs vont devoir se décider pour l’une ou l’autre. Beaucoup d’agriculteurs ont mis du temps à comprendre le choix du Grenelle de l’Environnement, qu’il trouvait injuste vu qu’Estang n’est pas le secteur le plus pollué du département. La coopérative Vivadour, en charge de l’animation du PAT a multiplié les réunions pour les sensibiliser. Apparemment, tous sont désormais décidés à « jouer le jeu ».

Un arrêté préfectoral devrait être signé début 2012 afin d’évaluer ce PAT. Il fixera les objectifs de protection de qualité de l’eau à atteindre d’ici 2015, date à laquelle prendra fin le PAT.

Six MAE ont été initiées en 2010 et finalisées en 2011. Elles devront démarrer dans les trois ans. L’engagement contractuel de l’agriculteur sera alors de cinq ans. Avec le PAT, la démarche reste volontaire, mais les agriculteurs pourraient être contraints, après 2015, si les résultats ne sont pas à la hauteur des attentes. Le PAT se transformerait alors en zone soumise à contraintes environnementales (ZSCE).

Les MAE retenues sont les suivantes :
- réduction de l’azote sur les prairies et les grandes cultures
- création de prairies sans fertilisation et transformation des grandes cultures en prairies
- maintien ou conversion à l’agriculture biologique
- réduction de 30 à 40 % des herbicides sur les grandes cultures
- réduction identique des herbicides sur les vignes
- entretien des haies

Pour l’instant, seule la MAE concernant la couverture et le maintien en prairies a été engagée. D’après Vivadour (1), chacun des 14 exploitants choisira une ou deux mesures. La volonté affichée de la coopérative est de lancer, dès 2012, les premières actions de réduction des phytosanitaires.

Les aides financières varient selon les mesures. Elles s’échelonnent entre 100 E/an/ha pendant cinq ans pour la réduction de l’utilisation d’azote sur les prairies et 300 E/an/ha pour un maintien ou une conversion en bio.

Christophe Rande est le seul agriculteur bio du secteur. Il devrait d’ailleurs le rester, aucun des 13 autres exploitants n’ayant manifesté le souhait de se convertir. Ceci n’a d’ailleurs, selon lui, rien d’étonnant. « Lorsque je me suis converti en bio au début des années 2000, nous pouvions profiter des CTE, les contrats territoriaux d’exploitation, qui étaient plus que conséquents. Les CTE nous ont permis de gommer les pertes de chiffre d’affaires. Les CTE n’existent plus et rien ne les a remplacés. Or, la baisse du chiffre d’affaires, lorsque l’on passe au bio, est réel. Les MAE ne sont pas des aides à la culture mais des aides à des outils spécifiques. » Et d’expliquer également : « La pyramide des âges est par ailleurs élevée sur notre secteur. Pour passer au bio, il faut être prêt intellectuellement. On n’a pas forcément envie de se lancer dans le bio à 65 ans. »

Christophe Rande cultive du soja, du blé et du tournesol sur 30 ha. La MAE « bio » devrait lui permettre de créer un atelier de stockage, investir dans un moulin à farine ou un presse à huile, et donc transformer ses cultures.

… mais aussi contraignantes

L’agriculteur qui s’engage à réduire l’utilisation d’herbicides touchera 146 E/an/ha pendant cinq ans s’il s’agit de grandes cultures, 110 euros s’il s’agit de vignes. Il devra avoir réduit de 30 % les herbicides la cinquième année. Si cette réduction atteint les 40 %, les enveloppes monteront à 178 et 141 euros.

Pour réduire les herbicides, il est proposé à l’agriculteur de changer son système de culture, d’opter pour des rotations de cultures, d’utiliser des techniques alternatives comme les désherbineuses qui permettent de localiser les pulvérisations. Les 14 exploitants ont décidé de créer une coopérative d’utilisation de matériel agricole (cuma) pour acheter en commun le matériel. Ils seront aidés pour cela par l’Agence de l’eau. Ils ont également en projet de créer une aire commune de lavage et de remplissage des pulvérisateurs.

Chacun reconnaît que les méthodes pour diminuer les intrants sont contraignantes : elles augmentent le temps de travail, entraînent une baisse de rendement et une perte de revenus. Selon Vivadour, la baisse des revenus est difficilement évaluable et n’est pas prise en compte par le PAT.

Alors, comment protéger une aire de captage tout en minimisant les pertes de revenus des agriculteurs ? La question reste en suspens. De son côté, Vivadour croit en sa capacité de persuasion. « Nous sommes peut-être les plus à-mêmes de faire accepter des mesures contraignantes. »

L’objectif de la coopérative est d’engager la totalité des surfaces de la zone AAC. De cet engagement dépendra la réussite de l’opération, qui se traduira par une baisse significative des molécules phytosanitaires et des nitrates dans l’eau potable.

(1) Comme celui de Gers Amont, le PAT d’Estang s’adresse également aux particuliers. Ce volet « non agricole » a été confié au conseil général.



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