Christophe Lenaerts : « Sarkozy nous traite avec mépris »

par Béatrice Millésime 5 novembre 2009

Le plan d’urgence pour l’agriculture ne passe pas auprès des Jeunes Agriculteurs qui, sans trop y croire, espéraient mieux du Chef de l’Etat. Eux qui demandent une année blanche fiscale, une exonération des charges sociales et une politique du juste prix, n’ont pas accepté de se voir attribuer une enveloppe présentée comme un ensemble d’aides mirifiques, alors que, selon eux, il n’en est rien. D’autres manifestations, à l’image de celle organisée début novembre à Auch pourraient voir le jour dans les prochaines semaines. Interview de Christophe Lenaerts, président des JA du Gers.

Comptez-vous organiser de nouvelles manifestations comme celles des 2 et 3 novembre dans un avenir proche ? Des actions interdépartementales sont-elles envisagées ?
Christophe Lenaerts : Je n’ai pas envie de dire trop tôt ce que nous allons faire, et pour l’heure, nous n’avons rien prévu de précis, ni au niveau départemental ni au niveau régional. Nous nous réunissons régulièrement, voyons les avancées gouvernementales et restons vigilants. Mais nous ne resterons pas sans rien faire si les choses n’évoluent pas au niveau national.

Le plan gouvernemental se scinde en deux : des prêts bonifiés d’un côté, des aides de l’autre. Les premiers induisent un recours à l’emprunt dont les JA ne veulent pas, mais que reprochez-vous aux secondes ?
Nous sommes conscients que les 650 ME dont a parlé l’Etat représentent une somme et que notre mécontentement peut paraître choquant aux yeux de certaines personnes. Mais ce qu’il faut que les gens sachent, c’est que l’enveloppe est percée. On nous parle notamment d’exonération au titre de la taxe carbone que nous allons payer l’an prochain, c’est incroyable. Nous avons des besoins urgents et l’on nous donne une réponse pour l’année à venir, sur une taxe que nous ne payons pas encore. D’un côté nous voyons que les entreprises sont aidées avec la suppression de la taxe professionnelle, de l’autre ce sont les restaurateurs qui voient leurs charges sociales diminuer alors que la répercussion sur les prix est loin d’être généralisée. Nous avons, malgré nous, baisser les prix, et nous n’avons rien en retour. On nous parle également d’un remboursement partiel de la TIPP, mais cela fait déjà trois ans que c’est mis en place.

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Avez-vous évalué ce que représentera la taxe carbone au niveau départemental ?
Non, nous savons qu’elle représente 40 ME au niveau national, en comptant les exonérations. Nous reprochons le fait que cette taxe ne touche que les carburants et qu’elle touche donc gravement les agriculteurs, alors que l’on sait que les plantes stockent le carbone.

Le plan d’aide de l’Etat n’en est donc pas un à vos yeux.
Ce ne sont que des mesurettes. Il n’y a pas grand chose là-dedans et on fait croire à l’opinion publique que l’agriculteur va toucher le jackpot. Nous sommes mécontents du manque d’égards du président de la République à notre encontre. Il nous traite avec mépris. Quand on voit en plus qu’il a utilisé le même discours qu’il y a quelques mois, c’est dingue.

Vous disiez récemment, lors de la crise du lait, vouloir une année blanche fiscale et une exonération des charges sociales. Qu’attendez-vous de l’Europe ?
Nous ne voulons pas nous rabattre sur l’Europe, au contraire. Nous estimons que les problèmes actuels peuvent être réglés sur le plan national. Le chef de l’Etat nous parle de conjoncture alors que nous souhaitons que soient réglés des problèmes structurels, franco-français. La taxe carbone, par exemple, va impacter très durement l’agriculteur. Ce que nous souhaitons, c’est une politique des prix juste, avec des marges justement répartis, et la France n’a pas besoin de l’Europe pour régler ce problème. Les prix des matières premières ont diminué alors que les consommateurs ne voient aucun retour sur leur pouvoir d’achat. Nous nous sommes battus pour réclamer un Observatoire sur les marges et sur les prix, il a fallu des années pour l’obtenir. Dernièrement, Leclerc a été condamné à restituer 23 millions d’euros à des fournisseurs car il exerçait trop de pression. Les choses peuvent changer.

Le Département propose la tenue d’Etats généraux de l’agriculture. Qu’en pensez-vous ?
Ce serait une bonne chose que tous les acteurs du monde agricole se retrouvent. Il faut mettre en place un projet d’agriculture départemental et avoir une lisibilité dans le temps. Il faut qu’il y ait une synergie de tous les acteurs du monde agricole.

On ne peut pas dire que les semaines passées ont montré une synergie des syndicats agricoles.
Comme je l’ai déjà dit, la guerre que nous devons mener est une guerre syndicale et non une guerre des syndicats. Les désaccords récents que nous avons eu concernaient la crise du lait, parce que nous ne souhaitions pas appeler les producteurs à jeter leur lait. Mais même s’il y a des divergences, nous avons tous le même objectif : faire en sorte que les agriculteurs aient un avenir.



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