Captage d’Estang : un « centre névralgique » gersois

par Béatrice Millésime 22 mars 2011

Le forage « Fontaine Sainte » d’Estang a été considéré, par le Grenelle de l’environnement, comme l’un des 507 captages français les plus menacés par les pollutions diffuses d’ici à 2012. Il s’agit du seul captage gersois et de l’un des 12 captages midi-pyrénéens retenus. L’objectif étant de diminuer les intrants, un programme d’actions va prochainement être arrêté et des MAE (mesures agro-environnementales) sont d’ores et déjà proposées aux agriculteurs.

Des nitrates, mais aussi des pesticides

L’aire d’alimentation du captage (AAC) d’Estang s’étend sur 271 ha. C’est sur cette zone que l’eau s’infiltre et alimente la ressource à prélever, et c’est là que des actions vont être menées pour assurer la protection de ce captage et améliorer la qualité de l’eau. 14 exploitants agricoles, dont le Domaine du Tariquet, se trouvent sur cette AAC. Ils cultivent du maïs, de la vigne et des prairies temporaires. Tous ont été impliqués dans la mise en place d’un programme d’actions pour réduire l’utilisation de produits chimiques.

Ce programme agricole a été élaboré par le SIAEP (Syndicat Intercommunal d’Alimentation en Eau Potable) d’Estang en collaboration avec le Département et l’Agence de l’eau Adour-Garonne. Il s’intègre dans un programme d’actions territoriales (PAT) qui sera finalisé en juin et qui, comme le PAT Gers Amont s’intéressera également aux pollutions non agricoles.

Le volet agricole de ce PAT est déjà sur les rails. Les agriculteurs ont jusqu’au 15 mai pour souscrire à une mesure agro-environnementale. Six MAE leur sont proposées. Elles portent sur : la réduction de 30 % des nitrates et phytosanitaires sur les grandes cultures ; la limitation de l’azote sur les prairies ; l’arrêt de la fertilisation azotée des prairies ; la baisse de 30 % des phytosanitaires sur les vignes ; la conversion à l’agriculture biologique ; et enfin la limitation des risques de ruissellement par la mise en place de haies. Chacune de ces MAE est accompagnée d’enveloppes financières.

Contrairement à d’autres secteurs, comme Gers Amont, l’engagement des agriculteurs prend ici un caractère obligatoire puisque le PAT d’Estang découle du Grenelle et donc d’une politique nationale. « Si au bout de trois ans, le programme est jugé comme pas assez volontariste et si les actions mises en œuvre sont considérées comme insuffisamment nombreuses, l’Etat pourra prendre une décision réglementaire pour l’imposer » explique le conseil général.

Les MAE portent donc à la fois sur les nitrates et sur les pesticides : les nitrates, parce que leur nombre est croissant depuis les années 80, et tournent autour de 33 mg/l, alors que la limite de qualité est fixée à 50 ; les pesticides, parce qu’ils posent un problème de fond.

« La problématique des pesticides est plus faible dans ce secteur que dans d’autres secteurs du département » explique-t-on au conseil général. « Mais l’on trouve une forte concentration du produit de dégradation de l’atrazine, le déséthylatrazine », signe d’un stockage important de molécules anciennes d’atrazine dans les eaux.

Le bilan du contrôle sanitaire réalisé sur la commune d’Estang par les services de l’Etat au cours des douze derniers mois montre en effet la présence de déséthylatrazine dans l’eau potable en septembre 2010. Mais le déséthylatrazine n’est pas la seule molécule détectée. Des traces d’arsenic et d’atrazine ont également été relevés au cours de ce même mois !

Même chose en mai 2010 où les services de l’Etat ont prélevé des traces d’atrazine (et non de déséthylatrazine) et de simazine, un autre herbicide utilisé pour le maïs. Le simasine, comme l’atrazine, sont interdits en France depuis 2003.

A chaque fois, les services de l’Etat ont indiqué que les limites de qualité pour ces pesticides n’étaient pas dépassées et que les risques sanitaires étaient inexistants.

Supprimer le captage du Houga

Bien que la pollution de l’eau brute y soit importante, ce n’est pas à Estang que l’on trouve la plus forte teneur en intrants. « L’eau y est même de bonne qualité » indique-t-on au conseil général. « La ressource est en bon état, mais comme l’on avait des concentrations importantes de nitrates, il était important d’agir avant que ne surviennent des problèmes. »

Il était également important que les choses bougent au niveau du captage d’Estang pour que l’un des objectifs du schéma départemental d’eau potable de 2004 devienne réalité. Ce schéma prévoit en effet le regroupement de certaines stations de pompage et l’abandon de certains captages comme celui du Houga.

« La nappe est ici peu profonde et la ressource fragilisée » explique Pierre Guichanne, le maire du Houga. « Nous avons délibéré favorablement pour que notre commune soit raccordée au captage d’Estang. Nous aurions pu envisager un forage en eau profonde mais nous sommes dans l’impossibilité de le faire à cause de la présence de gaz. »

Le Houga est l’un des secteurs qui posent le plus de problèmes dans le Gers car la teneur en nitrates dans l’eau potable est largement supérieure aux limites de qualité. Les élus espèrent donc qu’un raccordement à Estang sera fait à l’horizon 2013. Cela nécessitera évidemment des travaux de raccordement mais aussi des travaux au niveau de la station. « Rien n’est prévu pour l’instant mais il faudra que des études soient faites à ce sujet » indique-t-on au Siaep d’Estang

A l’Agence de l’eau Adour-Garonne, on confirme effectivement que la station d’Estang devra être modernisée. « C’est incontournable. Il s’agit d’un centre névralgique sur le Gers. Estang a vocation à être un maillon important en terme de distribution d’eau. »



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