Paroles d’une anti-corrida

par Béatrice Millésime 6 mars 2009

Brigitte Delom voit arriver les ferias taurines « avec consternation et beaucoup de tristesse ». Adhérente de l’Alliance Anticorrida, elle participe depuis le Gers à la collecte d’informations pouvant appuyer l’action de l’association au niveau national. Gersoise depuis trente ans, les corridas et autres novilladas jettent, à ses yeux, une ombre sur ce département qu’elle adore et qu’elle ne quitterait pour rien au monde.

« On ne peut pas dire que ce soit une communication positive pour vanter les mérites d’un département. Le Gers a tellement de belles choses à montrer. Il y a tellement d’autres façons de donner envie aux gens de venir. » Brigitte Delom est arrivée dans le département en 1978. Jeune diplômée de vingt ans, elle venait de quitter Paris pour les vallons et paysages gersois dont elle était éperdument attachée et qu’elle connaissait bien pour les avoir arpentés à maintes reprises avec ses parents lors de vacances scolaires. Sa parfaite connaissance de la langue anglaise a rythmé son parcours professionnel (Hôpital de Fleurance, association ADMR, Hôtel de France) et ses rencontres l’ont conduite à travailler pendant dix ans aux côtés d’Aymeri de Montesquiou comme assistante parlementaire. Depuis l’année dernière, elle milite contre l’organisation de spectacles taurins dans le Gers.

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« Je connaissais l’Alliance Anticorrida pour être régulièrement allée sur leur site internet. Et puis un jour, j’ai eu envie d’adhérer. De leur dire que je soutenais leur action, que je trouvais bien ce qu’ils faisaient. » Depuis son adhésion, et malgré les connaissances qu’elle avait déjà de la tauromachie, elle a énormément appris. Sur les souffrances animales notamment. Banderilles, piques, estocades, « c’est de la torture ni plus ni moins. Comment peut-on admettre que la souffrance animale soit ainsi exhibée en tant que spectacle ? » Pour Brigitte Delom, « la plupart des gens qui assistent aux corridas ne considèrent pas le taureau comme un animal. C’est un objet, du matériel. Tout cela est profondément malsain. »

Brigitte Delom ne supporte pas le discours que tiennent certains aficionados à l’égard des anti-corridas, qu’ils considèrent comme des hystériques. « Nous ne sommes pas des hurluberlus. Le principe de l’Alliance Anticorrida est de toujours réagir avec discernement et courtoisie. Nous ne faisons d’ailleurs pas d’opérations coup de poing. » Elle ne comprend pas non plus ces amateurs de corridas, qu’elle compte pour certains parmi ses amis, « qui sont dans la négation de l’être vivant. » Et elle n’admet pas que l’on défende ces spectacles en invoquant la tradition. « Car cela n’a jamais été une tradition en France. Nous l’avons importé d’Espagne sous Napoléon III. » Son souhait serait évidemment que ces spectacles n’existent plus. « J’espère que les générations futures décideront de faire la fête autrement. On ne pourra gagner que s’il y a une désaffection du public. »

Et si la suppression des corridas reste un objectif à atteindre pour l’association, d’autres combats immédiats sont à mener. En particulier à l’approche des élections européennes. « Nous souhaitons faire interdire l’accès des arènes aux mineurs. » Qu’ils soient spectateurs ou acteurs. L’association a ainsi beaucoup œuvré l’an dernier pour interdire au jeune Michelito (alors âgé de 10 ans) de toréer en France. « Nous souhaitons également qu’une prise de conscience soit faite au niveau de la consommation de la viande taurine. Celle-ci est mise en vente sans traçabilité, les gens ne savent souvent pas qu’ils mangent de la viande taurine et, de plus, la chair est tellement martyrisée qu’elle sécrète des substances néfastes pour l’organisme. Ce n’est pas moi qui le dis, c’est le généticien Albert Jacquard. »
L’association s’apprête à adresser un courrier à chaque candidat aux élections européennes pour les sensibiliser à la cause anti-taurine.