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C’est le hasard qui a conduit Aude Gabard et Cyril Pias à s’installer dans le Gers. Toulousains tous les deux, ils cherchaient un endroit où exercer leur métier de brocanteur-antiquaire. Dans le département, ils ne connaissaient que Marciac et cette brocante de Vic où ils avaient l’habitude de s’arrêter quand ils allaient au Festival de jazz. Lorsqu’un jour, ils virent qu’elle était à vendre, la décision ne se fit pas attendre. La boutique Autrefois en Gascogne a ouvert ses portes en juin 2003 sur la commune de Vic, au bord de la RN 124. Depuis, les deux conjoints-collaborateurs vivent pleinement leur passion. Ils ne s’accordent d’ailleurs que très peu de temps hors de leur boutique. Celle-ci est ouverte toute l’année.
Ce qu’ils aiment avant tout, ce sont les objets qui sortent de l’ordinaire. Derrière le mot brocante ou antiquités, on peut mettre tellement de choses ! Eux ont choisi de se spécialiser dans les curiosités. « Cela provoque souvent l’étonnement », expliquent-ils. Quels qu’ils soient, les objets ou meubles mis en vente « sortent toujours de l’ordinaire. » Soit par leur dimension, « très grande ou très petite », une table de 3m80 de long trône par exemple au milieu du magasin, soit par leur provenance.
Les objets les plus récents datent des années 30. Les plus anciens de l’époque romaine. Récemment, Aude Gabard et Cyril Pias ont acheté à un agriculteur gersois une lampe à huile romaine trouvée dans un champ. Le Gers est un territoire propice à ce genre de découvertes. « Un jour, nous sommes arrivés dans une maison, tout le sol était romain. »
Très rares sont les gens qui se déplacent pour proposer des objets à vendre, même lorsqu’ils sont de petite taille. Aude Gabard et Cyril Pias arpentent donc le Gers, et bien au-delà, pour découvrir de nouveaux objets, juger de leur intérêt et estimer leur valeur. « Il nous arrive souvent de repartir avec un tout autre objet que celui pour lequel on nous avait appelé. »
Ici un grenier à débarrasser, là une maison reçue en héritage, les raisons de faire appel à un brocanteur-antiquaire ne manquent pas. Quelle est d’ailleurs la différence entre les deux métiers ? « Nous l’ignorons » indique Cyril Pias. « Un jour, quelqu’un nous a dit il n’y a pas de brocanteur ou d’antiquaire, il y a les bons et les mauvais marchands, et je crois qu’il avait raison. » Si être brocanteur, c’est vendre des objets sans grande valeur ou sans obligation d’authenticité, Aude Gabard et Cyril Pias le sont puisqu’ils possèdent un sous-sol avec des objets d’occasion, « qui sortent tous de l’ordinaire », précisent-ils malgré tout.

Si être antiquaire, c’est vendre des objets pour leur ancienneté et leur curiosité, ils le sont également, et même davantage. Dénicher la pièce unique ou exceptionnelle est ce qui les anime. Et quand cela est nécessaire, ils entretiennent, ils restaurent. Lorsque les travaux sont trop lourds, ils les confient à un ébéniste. « Ce que nous aimons, c’est que les objets aient quelque chose à nous raconter » s’enthousiasme Aude. Ce n’est d’ailleurs pas sans fierté qu’ils mettent en vente une armoire hollandaise du XVIIe siècle, en ébène et palissandre, trouvée dans un château du Gers. La pièce la plus chère du magasin.
« Nous n’étions pas destinés à ce genre de métier, mais nous nous sommes découverts une passion mutuelle » explique Aude. Elle se destinait à l’aménagement paysager, lui à la maintenance des systèmes mécaniques automatisés. « J’ai fait des études à 80 % manuelles alors que je suis un anti-bricoleur né » s’amuse Cyril. « Et moi je n’ai pas trouvé ce que j’attendais dans l’aménagement paysager » ajoute Aude. Il fallait donc faire autre chose. « Nous nous sommes dits que la brocante nous plaisait. Nous ne sommes pas aller chercher plus loin. » Après un an de travail comme ambulants sur les vide-greniers toulousains, le Gers les a sédentarisés. « C’est ce nous voulions, être entre Toulouse et Biarritz. Et bien sûr, être en bordure de nationale nous intéressait. » La clientèle vient ainsi de partout. De Toulouse, de Bordeaux, d’Agen mais aussi, « un peu » du Gers. « Elle est à la fois de passage et régulière. Il n’y a pas de règles. »
Aude Gabard et Cyril Pias ont fait le choix de ne jamais fermer leur boutique. « Parce que nous sommes au bord de la route et qu’il y a toujours du passage. » Et quand ils s’autorisent quelques jours de vacances à Paris, c’est pour aller voir des antiquités. « Le Musée des Arts décoratifs par exemple. » Comme ils l’expliquent, « les Antiquités, c’est une façon de vivre ». Et c’est d’ailleurs un peu dépités qu’ils ont assisté, ces dernières années, à l’engouement pour les aménagements épurés. « La mode du cube vide » explique Cyril. « Moins il y a de meubles, mieux c’est. »
Etre antiquaire n’est pas chose aisée par les temps qui courent. « Il y a des mois meilleurs que d’autres » indiquent-ils. « C’est comme pour le commerce en général, l’activité est en dents de scie. » Et ça l’est encore plus lorsque le commerce en question « vend du rêve, de l’inutile ». « L’antiquité traverse une crise depuis la fin des années 90 » explique Cyril, et la crise actuelle n’arrange pas les choses. Mais l’un et l’autre l’assurent, « ils vont s’accrocher ».
Pour l’heure, Aude et Cyril sont tout à leur passion. Celle-ci leur demande beaucoup d’énergie et d’investissement. « On pourrait penser qu’un brocanteur ne fait qu’attendre le client, mais c’est tout le contraire. » Entre la manutention, le commercial, la restauration, la décoration, « les journées peuvent être très longues ».