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Il a beaucoup été question d’aides aux agriculteurs ces derniers jours. Michel Barnier a présenté un plan de relance de 250 millions d’euros, les ministres de l’Agriculture européens se sont entendus sur une révision de la Politique agricole commune, et les négociations, suite à ce dernier accord, vont être lancées avec les responsables syndicaux français (1).
A l’heure où les producteurs laitiers doivent faire face à des problèmes immédiats de fins de mois, où les autres secteurs (céréales, élevage) ne se satisfont pas non plus de la PAC, c’est une réforme structurelle que les professionnels appellent de leur vœu.
En trouvant, le 20 novembre, un accord sur le bilan de santé de la PAC, les ministres européens de l’Agriculture ont mis un terme à un an de négociations. L’heure est désormais aux discussions pays par pays. Alors que l’Europe s’oriente vers une nouvelle politique agricole à l’horizon 2013, les agriculteurs manifestent leur impatience. Selon eux, aucun secteur agricole ne pourra faire l’économie d’évolutions en profondeur. Une révolution ne serait d’ailleurs pas de refus dans certains cas.
Tour d’horizon des attentes des quatre syndicats agricoles gersois, secteur par secteur… à l’exception de la viticulture sur laquelle nous reviendrons ultérieurement.
La colère des producteurs laitiers est considérée comme légitime par les syndicats agricoles gersois. Si les producteurs indépendants ont décidé de mener leur mouvement de protestation en dehors des syndicats, ces derniers les soutiennent à l’unanimité.
« C’est une aberration, constate André Belvèze , président du Modef. D’un côté, on baisse les prix d’achat aux producteurs et de l’autre, on augmente les prix de vente à la consommation. » Le coût de production pour 1000 litres de lait est d’environ 330 euros. Le prix d’achat des entreprises industrielles est de 280 euros. La situation n’est pas tenable. « Ils sont en train de crever » s’énerve Jean-Claude Chatillon, le porte-parole de la Confédération paysanne. La faute à qui ? « Au libéralisme », indique Henri-Bernard Cartier, président de la Chambre d’agriculture du Gers (2). « On a donné les pleins pouvoirs aux entreprises de distribution. Ce sont elles qui baissent les prix d’achat aux producteurs. Sans un retour d’ailleurs pour les consommateurs. Ce n’est pas logique. » Pour le leader syndical, « les producteurs sont à bout. C’est le désespoir qui les pousse à jeter leur lait ».
Les ministres européens de l’Agriculture ont décidé, la semaine dernière, de revoir à la hausse les quotas laitiers. Et à l’horizon 2013, il est question de les supprimer. Cela pose-t-il les bases d’une évolution favorable de la production laitière ? « Cela ne changera rien au prix, considère André Belvèze. « Ce qu’il faudrait, c’est avoir des prix différenciés selon les régions. Produire du lait ici ou en Bretagne n’est pas la même chose. »

Un sentiment partagé par les autres syndicats. « Ce que nous disons c’est qu’il faut adapter l’offre et la demande, explique Henri-Bernard Cartier. Cela ne sert à rien de faire des stocks à outrance. Il faut ajuster la production à la consommation. Réguler, répartir sur le territoire national. Que chaque agriculteur ait une quantité à produire. »
Le risque sinon est d’assister à une concentration des élevages, « comme cela s’est passé pour les céréales » explique André Belvèze.
Pour Jean-Claude Chatillon, cela est en partie de la faute des producteurs laitiers regroupés au sein de la Fédération du même nom. « C’est la FNPL qui a encouragé la hausse de la production alors que la consommation baissait. »
Alors, non, les mesures récentes de l’Europe ne sont pas faites pour rassurer. Pas plus que le plan Barnier d’il y a quinze jours. « Une coquille de noix vide » décrit, radical, Michel Laura, président de la Coordination rurale. « Un effet d’annonce. Il va falloir moraliser le circuit de distribution. »
De son côté, le président de la Chambre d’agriculture souhaite que « l’Etat mette en place un médiateur pour amener, autour de la table des négociations, des entreprises comme Nestlé ou Danone, ainsi que la grande distribution. »
La production laitière n’est pas la seule à vivre des moments difficiles. Les éleveurs connaissent également une situation très tendue, et les exploitations céréalières ne sont pas au mieux de leur forme.
Les éleveurs ovins subissent le contre-coup de la fièvre catarrhale, qui « les empêche de vendre leur production », explique Henri-Bernard Cartier. Les coûts de vaccination sont élevés. « Entre ça, l’augmentation des carburants, la hausse passée du prix des céréales, les éleveurs ont du mal », témoigne André Belvèze. Pour le Modef, « la FCO va avoir des répercussions encore plus désastreuses que l’ESB (3) ». Il demande donc à l’Etat d’être aussi réactif que pour les banques. « Aucun éleveur ne doit disparaître à cause de la FCO. »
De leur côté, les céréaliers ont quitté une année 2007 excellente pour une année 2008 morose. « Après une embellie l’an dernier, les prix correspondent à ceux de 2006, alors que les charges ont augmenté de plus de 200 % pour les engrais. Sans compter les prix des produits phytosanitaires » se plaint Henri-Bernard Cartier. Là aussi, les syndicats condamnent l’aberration de leur situation.
« En 2007, il y a eu une production mondiale faible, les céréales ont été achetées à prix élevés. En 2008 : la production mondiale a été bonne mais les prix ont baissé, et les stocks sont à un niveau très bas. Partout dans le monde, on a essayé de freiner la production agricole. Résultats : les stocks mondiaux couvrent les besoins de 60 jours alors que la FAO (4)estime qu’il faudrait six mois de stocks. »
« La politique déflationniste au niveau des stocks mondiaux » n’est pas non plus du goût de Michel Laura. Selon le président de la Coordination rurale, la situation est pire aujourd’hui qu’elle n’était avant 1992. « Si nous vivons une deuxième année comme celle que l’on vient de vivre, il y aura des faillites ».

Sans compter que « les meilleures terres agricoles ne cessent de disparaître » regrette Henri-Bernard Cartier. Entre les expropriations et les exploitations qui ne trouvent pas repreneur, ce sont « 70 000 hectares qui partent à l’urbain chaque année en France. »
Dans le Gers, ce sont 120 installations qui se créaient chaque année dans les années 80, elles étaient 39 l’an dernier, indique Michel Laura. « On nous a assigné un rôle de jardinier de l’environnement. Notre fonction n’était plus productrice mais environnementale. » Pour Jean-Claude Chatillon, la situation va de mal en pis. « S’installer aujourd’hui comme agriculteur est impossible sans cadre familial. Les investissements sont trop lourds. »
La PAC telle qu’elle a été conçue en 1992 et telle qu’elle est devenue en 2003 ne satisfait aucun leader syndical. Chacun pour des raisons différentes.
« Avant 1992, il y avait une politique de régulation des prix, explique Michel Laura. Quand les prix baissaient trop, l’Europe intervenait en rachetant des produits. » Avec la mise en place des aides compensatoires de 1992, « le manque à gagner n’a jamais été compensé. »
« Nous préfèrerions un système basé sur les prix plutôt qu’un système basé sur les aides » renchérit Henri-Bernard Cartier. « Vivre d’aides, ce n’est valorisant pour personne. C’est un problème de dignité. Il faut qu’il y ait négociations sur les aides. Personne n’y coupera. »
Pour Jean-Claude Chatillon, le système est vicié depuis le début. « On a payé des aides compensatoires sans plafonnement pour les céréaliers, ce qui n’était pas le cas des éleveurs ou des producteurs de lait. » Et les choses se sont empirées en 2003 avec l’instauration des droits à paiement unique. Basées sur les années de référence 2000, 2001, 2002, ces aides sont versées annuellement « que l’on produise ou pas » explique Jean-Claude Chatillon. « On a pris le total et on a divisé par le nombre d’hectares » précise André Belvèze. « Si on ne sème pas, on touche 70 % des aides, à condition de mettre un couvert végétal ».
Cela a créé des disparités énormes entre les agriculteurs. « Certains touchent 1 000 euros quand d’autres en touchent 50. » Et André Belvèze d’ajouter : « Maintenant, l’agriculteur n’est plus tenu à faire de la jachère. Cela était vrai pour la campagne 2008 et cela le sera également en 2009. Nous sommes gérés par des gens qui n’y connaissent rien. Le métier d’agriculteur ce n’est pas ça. C’est nourrir les hommes. »
« On a figé les situations, privilégié l’agriculture intensive », ajoute Jean-Claude Chatillon. La Confédération paysanne est favorable à une agriculture administrée. Elle demande le plafonnement des aides. « La profession s’est auto-mutilée depuis des années. Et c’est comme ça que 70 % des primes vont à 30 % des paysans. » Le syndicat demande la maîtrise de la production avec une répartition entre producteurs. « C’est obligatoire, on doit y aller sinon on est mort. »
Le Modef, pour sa part, souhaite des prix rémunérateurs. « On l’a toujours demandé. Nous avons toujours été contre la Pac, dès 1992. Il faut la réorienter. »
La coordination rurale demande, quant à elle, « un maintien des aides compensatoires et leur réévaluation, ainsi que des filets de protection aux frontières. » Et Henri-Bernard Cartier avertit : « Au-delà de 2013, le problème du budget va se poser. Je ne crois pas que l’on s’oriente vers la fin de la PAC. Nous ne le souhaitons d’ailleurs pas. »
A partir d’avril 2009, toutes les primes individuelles des agriculteurs seront communiquées par l’Europe. D’après la Confédération paysanne, cela devrait contribuer à revoir les budgets agricoles à la baisse.
(1) Suite à cet accord européen, les Etats-membres ont jusqu’au 1er août 2010 pour décider des mesures à prendre. Il est prévu que Michel Barnier réunisse ce mercredi 26 novembre le « Conseil supérieur de coordination et d’orientation de l’Économie agricole et agroalimentaire », où siègent notamment les syndicats, pour lancer la concertation en vue d’arrêter des choix et un calendrier.
(2) Pour mémoire : lors des dernières élections, en 2007, la liste FDSEA conduite par Henri-Bernard Cartier a recueilli 42 % des suffrages, la Coordination rurale 34 %, le Modef 12,8 % et la Confédération paysanne 11,2%.
(3) FCO : fièvre catarrhale ovine ; ESB : encéphalopathie spongiforme bovine.
(4) FAO : Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture.
Repères : l’agriculture gersoise
(Chiffres de l’Insee d’octobre 2008 portant sur les années 2005-2006)
8 195 exploitations (contre 9 629 en 2000) : 2 309 moins de 20 ha (contre 3 106 en 2000), 2 143 de 20 à 50 ha, 2 451 de 50 à 100 ha, 1 097 de 100 à 200 ha, 195 de 200 ha et plus.
9627 chefs d’exploitations (- 13,1 % entre 2000 et 2005)
20,5 % ont moins de 40 ans, 31,5 % entre 40 et 49 ans, 30,8 % entre 50 et 59 ans, 17,2 % ont plus de 60 ans.
La surface agricole gersoise couvre 470 389 ha : 201 725 ha concernent les céréales.
Les terres agricoles non utilisées s’étendent sur 25 500 ha.
Elevage : 125 900 bovins, 46 200 porcins, 31 700 ovins, 2 440 caprins, 3 310 équidés, 2 808 gallus, 40 lapins.
Production laitière : 753 500 hectolitres de lait de vache, 2 400 hectolitres de lait de brebis et 13 400 hectolitres de lait de chèvre.
Le revenu moyen agricole gersois serait, d’un point de vue syndical, de 16 000 euros par an et par exploitation. Ce chiffre n’est confirmé par aucun service de l’Etat. Il n’existe plus de services statistiques agricoles au niveau du département. Les statistiques régionales donnent des évolutions, des tendances, mais pas de chiffres précis.